La conjoncture sécuritaire dans la région sahélo-saharienne, à l’aune de la crise malienne, nécessite une solution urgente au conflit artificiel concernant le Sahara marocain. Dans cet entretien accordé au Soir échos, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Saâd Dine El Otmani, revient sur les questions d’actualité liées au dossier du Sahara marocain.

L’envoyé personnel de Ban Ki-moon pour le Sahara occidental, Christopher Ross, a récemment terminé sa tournée dans la région. Comment interprétez-vous les résultats de sa médiation sur ce dossier ?

L’envoyé spécial Christopher Ross est actuellement dans une logique de compromis pour trouver une solution urgente au différend régional sur le Sahara au regard des défis sécuritaires de l’ensemble de la région Sahelo-saharienne. Il est convaincu, plus que jamais, que l’esprit de compromis doit prévaloir et que toutes les parties impliquées dans ce différend doivent sincèrement rechercher une solution politique mutuellement acceptable.

Quels sont les défis, aujourd’hui, liés au dossier du Sahara marocain ?

Les défis liés au dossier du Sahara sont de trois ordres. Il s’agit tout d’abord d’un défi humain et humanitaire. La situation de nos concitoyens dans les camps de Tindouf est inacceptable. L’opacité la plus totale règne quant à la gestion de ces camps. La conduite par le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) d’un recensement et d’un enregistrement, le cas échéant, des populations dites réfugiées aux camps de Tindouf doit être une priorité pour la communauté internationale. Il s’agit à la fois d’une question de légalité internationale, du respect de la convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés, ainsi que du statut du HCR, mais également d’une question éminemment humanitaire. D’autre part, l’autre grand défi est de nature sécuritaire. Dans le contexte actuel, la prolifération de factions armées dans le Sahel présente un sérieux problème pour la stabilité de toute la région. Là encore, le recensement des populations des camps de Tindouf constitue une priorité. Cela permettrait de faire la distinction entre les populations dites réfugiées et les éléments armés qui ne peuvent pas prétendre à la qualité de réfugiés au regard du droit international humanitaire.  Le dernier défi majeur est d’ordre politique. Le Sahara constitue une partie du territoire marocain qui a fait l’objet de convoitises tout au long de l’histoire du royaume – depuis le XVe siècle et les tentatives d’installation de comptoirs anglais dans la région de Boujdour, jusqu’à la colonisation espagnole. Aujourd’hui encore, si la dimension géopolitique de la question est beaucoup moins présente, il n’en demeure pas moins que certains pays trouvent un intérêt stratégique à affaiblir le Maroc en l’empêchant de recouvrer définitivement l’intégralité de son territoire.

Lors de sa visite, le président français François Hollande, a réitéré le soutien de son pays au plan d’autonomie. Avez-vous demandé à la France d’utiliser son influence sur l’Algérie pour assouplir sa position quant à ce sujet ?

La position de la France a toujours été constante sur la question du Sahara et elle a toujours appuyé, sans faille, l’initiative marocaine d’autonomie. Au Conseil de sécurité, la France en tant que membre permanent a toujours souligné clairement la crédibilité et le sérieux de la proposition soumise le 11 avril 2007 par le Maroc pour trouver une solution consensuelle sur la base des paramètres clairement définis par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Quant aux relations avec nos frères algériens, en principe, nous n’avons pas besoin d’une partie tierce pour les améliorer. D’ailleurs, un grand effort a été fait de part et d’autre. Mais aussi, le secrétaire général des Nations-Unies a chargé l’envoyé personnel de s’occuper de cette question.

Vous avez pris part au dernier sommet de la Ligue arabe à Doha.

Quelle est la position de l’organisation sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc et, n’est-il pas temps de demander à la Ligue arabe de jouer un rôle de médiation entre le Maroc et l’Algérie pour rapprocher les deux pays ?

Comme vous devez déjà le savoir, tous les pays arabes, à l’exception d’un seul, soutiennent l’initiative marocaine pour un statut d’autonomie dans les provinces du Sahara.

Le dossier est actuellement sous la responsabilité des Nations-Unies afin de trouver une solution politique mutuellement acceptable sur la base de l’esprit de réalisme et du compromis. La Ligue arabe concentre actuellement beaucoup plus d’efforts pour trouver une solution aux questions syrienne et palestinienne.

Quelles sont, selon vous, les raisons qui expliquent le statu quo dans ce dossier, malgré le plan d’autonomie du Sahara proposé par le Maroc et jugé très crédible par de nombreux pays ?

Pour le Maroc, la question du Sahara est, en premier lieu, une question de souveraineté, et il doit être compris clairement et sans ambigüité que le Maroc n’abandonnera jamais une partie de sa population et de son territoire. Le Maroc est pourtant disposé à tout effort et compromis se situant dans le périmètre de son unité nationale et son intégrité territoriale. Pour le front des séparatistes, malheureusement, la seule option envisageable est la sécession. Le Maroc a voulu faire en sorte de prendre l’initiative pour trouver une solution juste et mutuellement acceptable à ce différend régional et, selon Erik Jensen, ancien chef de la MINURSO (1993-1998, ndlr), en 1996 déjà, les séparatistes avaient accepté de négocier sur la base de la solution de l’autonomie.

Le Maroc n’est certainement pas celui qui bénéficie du statut quo. Les pays de la région, y compris le Maroc, perdent annuellement 2 points de leur PIB à cause de ce conflit. Le processus d’intégration du Maghreb aussi est devenu otage de ce conflit artificiel.

Parlez-nous des chantiers de votre département en vue de faire avancer le dossier dans les mois à venir ?

Le Maroc est impliqué corps et âme, peuple et institutions, dans la quête d’une solution politique réaliste dans le cadre de son intégrité territoriale.  La tradition diplomatique ancestrale marocaine a toujours privilégié le dialogue et le consensus. Néanmoins, nous sommes déterminés à ménager tous les efforts pour défendre notre cause nationale. Nos concitoyens des camps de Tindouf ne sont certainement pas oubliés et nous appellerons qui de droit à prendre toutes leurs responsabilités dans le dossier et, cela dans la mesure de leurs rôles réels.

De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer le manque de communication de la part du gouvernement sur ce dossier.Que leur répondez-vous ?

Il n’y a pas un manque de communication. Bien au contraire. Le site de notre ministère contient des pages dédiées pour expliquer et informer toute personne intéressée par ce conflit. Aussi, et à travers les commissions des affaires étrangères du Parlement, j’expose à chaque fois toutes les actions qui ont été entreprises pour notre cause nationale. Je donne aussi régulièrement des interviews où je réponds toujours aux questions liées à ce sujet.

Pourquoi le Maroc est-il revenu sur sa décision après avoir retiré sa confiance à l’envoyé spécial de l’ONU, Christopher Ross ?

Le Maroc traite avec les Nations-Unies. Quand nous avons formulé notre démarche de retrait de confiance, il s’agissait d’une démarche concernant l’ensemble du processus onusien qui était arrivé dans une impasse intenable pour le Maroc et pour ses citoyens, y compris et surtout à Tindouf. Nous sommes arrivés à une conclusion définitive : nous devions prendre des mesures fortes afin de recadrer les démarches de l’envoyé personnel et le rôle de la MINURSO. Les Nations-Unies ont redressé ce qu’il y avait à redresser, Monsieur Ross a démontré lors de ma dernière rencontre avec lui qu’il est convaincu que le Maroc est sincère dans sa décision de trouver une solution juste et durable à ce conflit et, il a reconnu que les négociations sont dans une impasse.

17/04/2013