«La face cachée du conflit du Sahara» L'ouvrage pointe du doigt l'Algérie

«Si le HCR ne remplit pas son devoir vis-à-vis des Sahraouis, que ce soit de sa propre initiative ou parce qu'il en est empêché par l'Algérie, les NU doivent mettre en œuvre la «Responsabilité de protéger», ajoute El Ouali.

L'ouvrage du professeur émérite Abdelhamid El Ouali «La face cachée du conflit du Sahara : Le reniement de la protection des réfugiés face aux desseins géostratégiques de l'Algérie» constitue une tentative réussie de mettre à nu les manœuvres algériennes visant l'instrumentalisation de la question des «réfugiés» contraints de vivre contre leur gré dans les camps de Tindouf.
L'ouvrage, paru récemment dans Les Editions Maghrébines, souligne qu'à travers cette instrumentalisation, le régime d'Alger vise à servir ses desseins géostratégiques dans la région.
Ces manœuvres, souligne El Ouali, un fin connaisseur de la question du Sahara, ont été rendues possibles «grâce au blackout auquel sont soumis ces camps», faisant remarquer que ce blackout a été implicitement reconnu dans le rapport du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-Moon qui a affirmé que l'«on sait peu de choses sur la situation des droits de l'Homme dans les camps de réfugiés proches de Tindouf».
L'auteur, qui est un expert en droit des réfugiés reconnu à l'échelle mondiale, argue que si un silence épais entoure les camps de Tindouf, «c'est parce que les réfugiés qui s'y trouvent ont été, du fait de leur instrumentalisation, forcés de vivre dans une situation de non-droit qui les empêche de jouir de leurs droits en tant que réfugiés».
«Les droits des réfugiés», soutient-il, doivent être garantis par la protection internationale, qui est à la charge du pays d'accueil sous la supervision du Haut-commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR), en tant que représentant de la communauté internationale. Si, d'un côté, l'ouvrage pointe du doigt l'Algérie pour son manquement à garantir la protection internationale, il responsabilise, de l'autre, le HCR qui, selon El Ouali, «partage donc avec l'Algérie la responsabilité de cette situation, alors que sa raison d'être est d'assurer la protection des réfugiés où qu'ils se trouvent de par le monde».
Ancien haut fonctionnaire du HCR, El Ouali estime qu'afin de faire retrouver à la protection internationale la crédibilité qu'elle a perdue avec l'affaire du Sahara, le Haut-commissariat aux Réfugiés se doit d'assumer ses responsabilités comme il l'a fait ailleurs dans des situations bien plus difficiles.
«Il doit le faire en exigeant de l'Algérie l'application des règles en vigueur, celles qui requièrent, en particulier, l'établissement d'un contrôle direct par le même HCR sur les camps de Tindouf, la séparation des éléments non armés des éléments armés, l'exclusion de toute personne qui n'est pas éligible au statut de réfugié et son éloignement des camps, l'accès libre et sans entrave aux réfugiés, la liberté de ces derniers de se déplacer, et la possibilité de disposer de l'une ou l'autre des solutions durables», préconise-t-il.
Si le HCR ne remplit pas son devoir vis-à-vis «des réfugiés sahraouis», que ce soit de sa propre initiative ou parce qu'il en est empêché par l'Algérie, les Nations unies doivent en tirer la conclusion qui s'impose en mettant en œuvre la «Responsabilité de protéger», ajoute l'auteur. Il conclut que les Nations unies permettraient ainsi aux séquestrés dans les camps de Tindouf de retrouver leur liberté et dignité, et élimineraient par là même un obstacle majeur qui se dresse contre une solution juste et durable du conflit du Sahara.

12/01/2014