Selon Khadija Rouissi, la question du Sahara occidental est instrumentalisée pour affaiblir le royaume.

La vice-présidente de la Chambre des représentants du Maroc, Khadija Rouissi, a rencontré Flavia Pansieri, la haut-commissaire adjointe aux droits de l’homme. Membre fondateur du Forum marocain pour la vérité et la justice, Khadija Rouissi est une militante des droits de l’homme de longue date.

 

Pourquoi ce déplacement à Genève?

 

Je souhaitais avoir un échange avec Flavia Pansieri, la haut-commissaire adjointe aux droits de l’homme pour parler de la situation au Sahara occidental. J’estime que nous sommes l’objet d’attaques injustes. Nous avons été soumis deux fois au mécanisme de contrôle de l’Examen périodique universel devant le Conseil des droits de l’homme. Nous nous y soumettons de bonne grâce mais nous souhaitons aussi être écoutés.

 

Mais vous ne niez pas qu’il y a un problème?

 

Effectivement, et nous voulons accélérer le processus du règlement du conflit au Sahara. Le Maroc a fait une proposition jugée sérieuse, crédible et réaliste par de nombreux Etats, celle du Plan d’autonomie, qui est une forme d’autodétermination. Pourtant, nous sommes pris dans un tourbillon de rapports et de résolutions de l’Union européenne et de l’ONU.

 

Qui a intérêt à politiser la question du Sahara occidental?

 

Nos voisins supportent mal d’avoir à leur porte un pays qui pratique le pluralisme et la diversité dans un esprit de tolérance. Ils essaient de faire diversion en diffusant de fausses informations. En attendant, les négociations traînent et on ferme les yeux sur l’esclavagisme pratiqué dans le camp de Tindouf et rien n’est fait pour les victimes du Polisario.

 

La question de la réparation vous tient à cœur?

 

Oui. Le Maroc a fait un énorme travail pour faire face à son passé. Mon propre frère Abdelhak a disparu en 1964. Son corps n’a jamais été retrouvé mais j’ai participé à l’exhumation de tombes de plusieurs disparus(e)s. C’est un travail de fourmi considérable qui a été mené avec «l’Instance Equité Réconciliation» en collaboration avec le CICR, le groupe de travail sur les disparitions forcées et des ONG. On l’occulte pour mettre en cause notre bonne foi mais qui d’autre parmi nos voisins a eu le courage de se livrer à ce devoir de vérité et de mémoire?

 

Le Maroc est-il un modèle gênant?

 

Il faut replacer tout cela dans le contexte des Printemps arabes et de la montée des extrémismes. Notre pays a une tradition de diversité. Il y a, en outre, une volonté de la monarchie et des forces vives de la nation d’aligner notre pays sur les standards les plus hauts en matière de démocratie et de droits de l’homme. En 2011, une nouvelle Constitution a été adoptée. Le principe d’égalité homme/femme y est énoncé ainsi que le pluralisme politique, la diversité culturelle avec les composantes arabe, amazigh (ber bère) et hébraïque ainsi que le choix de la régionalisation et de la décentralisation. Dans son préambule est inscrite la primauté des con ventions internationales ratifiées par le Maroc sur le droit interne. Deux cent huit parlementaires sont contre la peine de mort, qui fait l’objet d’un moratoire de fait, l’adoption du 2e protocole additionnel de l’ONU sur les droits civiques est en discussion, la protection des droits des migrants venus de pays africains frères fait l’objet d’une approche globale…

 

Comment réagissez-vous aux menaces proférées par Al-Qaida contre le roi?

 

Al-Qaida préconise un modèle de société obscurantiste. Le roi et le peuple marocain, main dans la main, feront face à cette menace. Nous sommes vaccinés contre le risque de dérive extrémiste parce que nous sommes pluriels et ouverts sur le monde.

(TDG)

26/09/2013