Le Polisario est très remonté contre les autorités mauritaniennes, coupables d’avoir contrarié ses trafics dans le nord du pays. En guise de représailles, il s’est attaqué à des infrastructures aqueuses appartenant à des éleveurs mauritaniens de camelins dont les troupeaux paissent dans le «Tiris».

 

C’est à coups de couteaux et de rafales de mitrailleuses que des éléments du Polisario se sont acharnés sur des citernes pneumatiques remplies d’eau appartenant à des éleveurs mauritaniens de camelins.

 

Selon plusieurs sites régionaux mauritaniens, cet acte a eu lieu ces derniers jours, et a concerné plusieurs réservoirs d’eau disséminés tout le long du corridor qui sépare la frontière mauritanienne du mur de défense marocain.

 

Il faut préciser que si le désert est parfois synonyme de stérilité en matière de flore, ce n’est pas vraiment le cas pour le Tiris, ce désert du grand nord mauritanien (dit Tiris Zemmour) et de l’extrême sud marocain (Tiris El Gharbia), vers lequel convergent les troupeaux en automne-hiver à la recherche d’un couvert végétal particulièrement bénéfique pour les dromadaires. Le Tiris est également très prisé par de nombreux vacanciers qui s’y rendent en villégiature à la recherche des prétendues vertus bénéfiques de son climat sur la santé. 

 

Ce qui explique que l’élite mauritanienne, qui a l’habitude d’«investir» dans la constitution d’importants cheptels, en matière d’élevage camelin surtout, a choisi cette zone comme destination de prédilection pour ses vacances annuelles ou même hebdomadaires.

 

Pour ce faire, leurs troupeaux sont confiés à des bergers salariés, souvent dotés de voitures tout-terrain avec provisions alimentaires, téléphone satellitaire parfois, et citernes pneumatiques pour transporter et emmagasiner l’eau, denrée très rare dans le désert.

 

Or justement, ces bergers ont l’habitude de remplir ces citernes pneumatiques à partir des eaux superficielles non permanentes occasionnées par les quelques pluies qui tombent invariablement dans le Tiris. L’eau de ces citernes est généralement stockée, et laissée sur place pour le reste de l’année afin de désaltérer le bétail, et n’est donc utilisée qu’après tarissement total, et généralement rapide, des eaux superficielles.

 

Mais si le Polisario vient de procéder, est-on tenté de dire, à un versement de l’eau dans le sable, ces «représailles» risquent aussi de jeter de l’huile sur le feu, car elles ont été très mal digérées par les nombreux habitués du Tiris, dont certainement le primus inter pares, le président mauritanien.

 

Pour rappel, lorsque le roi Mohammed VI avait dépêché, le 28 décembre 2016, Abdelilah Benkirane et Nasser Bourita en Mauritanie, pour dissiper rapidement le malentendu que risquait de créer la bourde de Hamid Chabat, qui avait mis en cause la souveraineté mauritanienne, Mohamed Ould Abdelaziz avait écourté momentanément ses vacances quelque part dans le Tiris, pour accueillir, à Zouérate, les messagers royaux.

 

C’est également lors d’une virée dans le Tiris, où il était parti rejoindre son troupeau à Mijik, que l’ancien président mauritanien, Ely Ould Mohamed Vall, a trouvé la mort le 5 mai 2017, officiellement d’une crise cardiaque.

 

Il faut aussi rappeler que ces exactions attribuées au Polisario interviennent au moment où les autorités mauritaniennes viennent d’instaurer des droits de douanes sur tous les produits entrant à partir de l’Algérie. Une mesure qui a donné un brusque coup de frein au vaste trafic de l’aide alimentaire détournée par les dirigeants du Polisario, qui en faisaient un juteux fonds de commerce, depuis des décennies, dans le nord mauritanien.

 

 

Par Mohammed Ould Boah

 

28/10/2018