Dans la copie avancée de son rapport sur le Sahara occidental, soumise lundi dernier aux membres du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a énuméré plusieurs constats quant à la situation dans les camps de Tindouf. Insécurité alimentaire, violations du Front Polisario ou encore les vagues de manifestations figurent au côté d’un appel à ne plus rencontrer la MINURSO en dehors de Tindouf.

La copie avancée du rapport du secrétaire général des Nations unies sur le Sahara occidental ne contient pas seulement des sections qui épinglent le Maroc. Antonio Guterres n’a pas manqué de tirer la sonnette d’alarme quant à la situation dans les camps de Tindouf.

Ainsi, selon le document consulté par Yabiladi, le secrétaire général de l’ONU a rappelé que le 2 février dernier, «un incident grave s'est produit» à Guerguerate. Il revient ainsi sur l’immolation par le feu d’un Sahraoui, amplifié par le Front Polisario et qui s’est terminée par une «colère dirigée contre les Nations unies et la MINURSO, largement inspirée par des informations erronées selon lesquelles les observateurs militaires de la mission auraient été témoins de l’incident sans intervenir».

Le document cite aussi l’occupation, le 17 octobre, du site de la MINURSO à Mijek, par «trois mineurs d’or sahraouis travaillant à l’est du mur de défense». «Prétendant faussement qu’ils avaient été piqusé par un serpent et demandant une attention médicale urgente, ils ont révélé leur engagement dans l’exploitation minière clandestine de l’or dans une zone voisine et ont affirmé qu’ils fuyaient leur arrestation par le Front Polisario», poursuit le rapport.

Ce dernier cite aussi les manifestations ayant eu lieu dans les camps de réfugiés près de Tindouf, en Algérie, appelant à révéler la vérité sur le sort du Sahraoui Khalil Ahmed, ancien conseiller de Mohammed Abdelaziz, disparu depuis 2009 en Algérie. L’occasion aussi les manifestations contre les restrictions à l’importation de véhicules en provenance d’Europe, imposées par l’Algérie et le Polisario.

Le Polisario recadré sur ses rencontres avec la MINURSO en dehors de Tindouf

«Au cours de l’année écoulée, le Maroc a fourni à la MINURSO et au Secrétariat diverses images satellitaires d’activités de construction et d’activités militaires présumées à l’est du mur de sable qui, selon eux, pourraient constituer une violation de l’Accord militaire n°1 ou des paragraphes 7 ou 8 de la résolution 2414 (2018) du Conseil de sécurité», poursuit le rapport.

Sur ce volet, Antonio Guterres donne raison au Maroc. «Sur la base de ces images, deux nouvelles violations ont été identifiées et déclarées, concernant deux sites à Mehaires, une unité de logistique et un groupe de bâtiments encore inoccupés, visées au paragraphe 38», poursuit le secrétaire général de l’ONU.

Ce dernier rappelle qu’à «titre provisoire», une rencontre a eu lieu entre le chef de la MINURSO et le Coordonnateur du Front Polisario, M’Hamed Khaddad en dehors de la zone de la mission, le cas échéant, le 28 février. Mais Antonio Guterres appelle à un «retour à la pratique établie consistant à se réunir à Rabouni», rappelant que cette demande «n’ toujours pas été traitée».

«Je réitère fermement ma demande de reprendre les réunions avec les hauts responsables de la MINURSO à Rabouni et exhorte le Front Polisario à revenir à la pratique établie de longue date.»

Le secrétaire général de l’ONU s’est aussi dit «préoccupé par la sécurité des observateurs militaires non armés de la MINURSO au Sahara occidental, en particulier à l’est du mur, où (…) ils restent exposés aux menaces des groupes criminels et terroristes».

La situation humanitaire dans les camps de Tindouf

Le rapport d’Antonio Guterres accorde une grande partie à la situation humanitaire dans les camps de Tindouf. «La prévalence de la malnutrition et de l’anémie demeurait un problème de santé publique», dénonce-t-il. Il rappelle que «le HCR et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont continué de collaborer étroitement au traitement et à la prévention de l’anémie, du retard de croissance et de la malnutrition chez les jeunes enfants, les filles ainsi que les femmes enceintes et allaitantes».

Pour lui, l’insécurité alimentaire de la population à Tindouf reste alarmante. Citant une enquête menée par le PAM, Guterres rapporte qu’«il a été constaté que les réfugiés comptaient énormément sur l’aide alimentaire et que seulement 12% de la population des camps sahraouis vivrait dans la sécurité alimentaire». «En outre, 58% des réfugiés sont vulnérables à l’insécurité alimentaire et 30% en souffrent», poursuit-il.

Le secrétaire général de l’ONU indique également que «les dispensaires et les hôpitaux ont besoin d'une réhabilitation urgente et la distribution de kits d’hygiène aux femmes et aux filles en âge de procréer s’est révélée insuffisante pour répondre à leurs besoins». Il pointe enfin du doigt l’insuffisance de l’eau potable par personne et par jour, qui reste en déca des recommandations mondiales. Mais le document ne cite pas les manifestations d’une frange de la population des camps contre la dilapidation de l’argent des aides destinées aux Sahraouis des camps et la corruption des dirigeants du Polisario, dénoncée à maintes reprises.

08/04/2019