Un appel visant à mobiliser les opposants du Polisario à l’étranger vient d’être lancé, au lendemain de l’enlèvement de deux militants, Moulay Abba Bouzid et Fadel Barika.

Mardi, l’ancien inspecteur général de la police du Front Polisario, exilé en Mauritanie, Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud, a dénoncé sur sa page Facebook la campagne d’intimidation lancée par «l’aile pro-Algérien au sein du Polisario». «Ils ont kidnappé l’activiste et militant Moulay Abba Bouzid avant de le remettre aux autorités algériennes qui supervisent sa torture depuis hier», dénonce-t-il dans son appel. Celui-ci fait notamment état de la disparition de Fadel Barika et des «restrictions dont souffre l’activiste et bloggeur Mahmoud Zaydane menacé pour ne plus écrire sur la corruption du Polisario».

Un appel à manifestation devant les ambassades d’Algérie

«J’exhorte tous les peuples libres du monde à intervenir pour faire cesser la campagne lancée à l'intérieur des camps (de Tindouf, ndlr) visant les militants sahraouis et demande au Haut-commissariat aux réfugiés d’intervenir immédiatement pour protéger les réfugiés sahraouis et préserver leur droits», poursuit l’appel signé par Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud. L’occasion pour ce dernier de s’adresser aussi aux opposants du Polisario établis à l’étranger.

«J'appelle tous les opposants du Front Polisario à l'étranger à se rencontrer le plus tôt possible en Mauritanie et à se rendre dans les camps de Tindouf. Que l'Algérie nous arrête ou que la communauté internationale assume ses responsabilités pour protéger nos proches dans les camps.»

L’appel invite, enfin, les Sahraouis établis à l’étranger à «manifester devant les ambassades algériennes à l'étranger afin de faire connaître les souffrances du peuple sahraoui dans les camps aux parlements et aux gouvernements de différentes régions du monde».

Contacté par Yabiladi ce mercredi, l’ancien inspecteur général de la police du Front Polisario, exilé en Mauritanie, rappelle que plusieurs groupes politiques d’opposition existent au sein des camps de Tindouf, citant à cet égard le Rassemblement démocratique sahraoui, La Ligne du martyr et l'Initiative sahraouie pour le changement. «Cela concerne tous les sahraouis, même ceux qui vivent dans les provinces du Sud du Maroc car les Sahraouis sont comme un seul corps ; lorsqu’un membre souffre, l’ensemble du corps réagit», nous déclare-t-il.

Une «chasse aux sorcières» à Tindouf

Pour lui, «il est temps que la communauté internationale assume ses responsabilités face au sort tragique des réfugiés sahraouis qui dure depuis un demi-siècle». «Il est immoral de les laisser comme des otages chez le Polisario et l’Algérie», fustige-t-il, insistant sur le «droit des Sahraouis à vivre comme les autres peuples» et dénonçant la situation actuelle à Tindouf.

«Jusqu'à présent, les personnes qui ont été arrêtées sont en état de disparition forcée et personne n’a d’informations sur leur sort. Des rumeurs émanant des autorités indiquent que la liste est encore longue, ce qui signifie que d’autres personnes peuvent être arrêtées. Cela créé une atmosphère de peur chez les jeunes.»Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud

Hier, l’Initiative sahraouie pour le changement a dénoncé, dans un communiqué relayé par le média Futuro Sahara, l’arrestation «arbitraire» de deux de ses membres par la direction du Polisario. Le même média, qui dénonce une campagne visant à faire taire les voix de l’opposition et cite des «sources non-officielles», a indiqué que les partisans de Brahim Ghali «prévoient d’autres interpellations dans les prochaines heures ou les jours à venir d’activistes sahraouis connus pour leurs critiques sur les réseaux sociaux».

Ces interpellations ont poussé l’Initiative sahraouie pour le changement à solliciter une intervention urgente des organisations internationales des droits de l’Homme en faveur de ses membres afin que leurs droits en tant que détenus politiques soient garantis.

Les camps de Tindouf connaissent depuis des mois des manifestations d’une partie de la population contre les restrictions imposées par l’Algérie contre la libre circulation des personnes. Une colère à laquelle s’est greffée les revendications de démocratie et de transparence dans la gestion des affaires des Sahraouis des camps, après l’éclatement de plusieurs scandales de corruption et de dilapidation de dons étrangers.

20/06/2019