Phosphate extrait du Sahara : Continental rejette la pression de groupes pro-Polisario en Europe

Après la société néo-zélandaise Ravensdown Fertiliser, le groupe allemand Continental est désormais dans le viseur des partisans du Polisario. Une fois de plus, le phosphate extrait de la mine de Boucraa au Sahara en est la cause.

La campagne internationale menée par des réseaux pro-Polisario en Europe n’est pas parvenue pas à convaincre le géant allemand Continental à renoncer à sa coopération avec l’Office chérifien des phosphates (OCP), notamment au Sahara.

La société a réaffirmé, en réponse à une lettre de l’association «Western Sahara Ressource Watch» (WSRH), sa détermination à ne pas se retirer de la province. Mieux, le management a annoncé que sa filiale ContiTech est en cours de négociations pour le renouvellement du contrat avec l’OCP, lequel expirera le 20 juin prochain.

Anticipant cette échéance, l’ONG avait suggéré, dans une missive adressée à la direction de Continental, d’insérer dans le prochain contrat «une clause l’empêchant d’exécuter des travaux en dehors des frontières marocaines internationalement reconnues», indique WSRW dans un communiqué publié sur son site.

Continental est présente dans la région depuis 1971

Une proposition déclinée avec diplomatie par Continental. L’entreprise a expliqué qu’«elle ne pouvait pas commenter les négociations contractuelles en cours» avec ses partenaires.

La pression de l’ONG sur Continental ne date pas d’hier. Elle remonte à 2017 lorsqu’elle avait informé l’entreprise que «Laâyoune ne [faisait] pas partie du Maroc». Depuis, elle n’a pas faibli. Ainsi, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle du groupe, tenue le 26 avril 2019, une Sahraouie avait pris la parole pour demander à la société allemande si elle avait d’abord sollicité l’autorisation du Polisario pour ses investissements au Sahara occidental. Une intervention qui n’a pas réussi à entamer le pragmatisme des petits et grands actionnaires.

Le groupe allemand a des intérêts économiques au Maroc : sa filiale ContiTech a construit et assure la maintenance d’une bande transporteuse d’une longueur de 100 km qui achemine la roche phosphatée de Boucraa jusqu’au port de Laâyoune. La société connait parfaitement la mine Boucraa : elle avait livré pour la première fois en 1971 le même matériel à l’Espagne de Franco qui exploitait alors la mine. 

Continental et l’Office chérifien des phosphates ont par ailleurs lancé, le 31 août 2015 à Jorf Lasfar, à El Jadida, la construction d’une unité de fabrication de bandes transporteuses pour un investissement de 20 millions euros. Elle est opérationnelle depuis le deuxième semestre de 2016.

La nouvelle campagne des réseaux pro-Polisario en Europe contre Continental intervient presque deux mois après une opération similaire ayant visé la société néo-zélandaise Ravensdown Fertiliser qui avait commandé 51 000 tonnes de phosphate de l’OCP.

16/01/2020