Un responsable américain: tous les Algériens que j'ai rencontrés toute ma vie, m'ont interrogé sur l

Après sa visite officielle au Maghreb, le secrétaire adjoint américain au Bureau des affaires politico-militaires a fait part des «préoccupations de l'Algérie concernant un changement potentiel de la position américaine sur le Sahara occidental».

L'Algérie a fait part de ses préoccupations concernant d'éventuels changements de position des États-Unis sur le Sahara occidental. Lors d'une visite officielle effectuée par le secrétaire adjoint américain au Bureau des affaires politico-militaires, des responsables algériens ont été «tous déterminés à clarifier la nouvelle position de Washington sur le différend territorial».

Entre le 27 février et le 4 mars, René Clarke Cooper s'est rendu en Mauritanie, en Algérie et en Tunisie pour «étendre la coopération américaine en matière de sécurité et de défense» et renforcer «la sécurité partagée à travers l'Afrique et le Maghreb».

Lors d'une réunion spéciale tenue vendredi 6 mars, Cooper a été interrogé sur les questions qu'il avait abordées avec ses homologues au Maghreb, notamment en Algérie, lors de sa récente visite. «Les Algériens, lors de vos conversations avec eux, ont-ils exprimé des inquiétudes quant à la possible évolution de la position américaine sur le Sahara occidental?» a demandé l'un des journalistes présents au briefing.

La politique américaine, préoccupation de tous les Algériens ?

«Oui», a répondu le sous-secrétaire américain au Bureau des affaires politico-militaires. «Je dirais même dans chaque engagement bilatéral que j'ai eu (…) dans la sphère publique», précise le diplomate. Et d’ajouter : «C'est une conversation, un discours très solide sur tout le continent à propos de notre engagement».

«La conversation a eu lieu partout où j’allais. Cela n'avait pas d'importance si je prenais un café ou si j'étais dans une réunion ministérielle. C'est quelque chose que n'importe qui, qu'il s'agisse d'un serveur algérien ou d'un ministre, a évoqué.»

Cooper a expliqué que l'intérêt de l'Algérie pour la position américaine sur la question est normal. «Leur souci est qu'ils veulent s'assurer, s'ils veulent être plus proches de nous, de cet engagement», a-t-il noté, évoquant les «relations historiques d'Alger avec la Russie». Et de rappeler un refroidissement des relations entre Alger et Moscou, dû à des «perturbations qui se multiplient certainement par les récits russes» de l’engagement américain en Afrique du Nord.

Les propos de Cooper sur la question du Sahara occidental et les préoccupations de l'Algérie ont cependant été repris par les plateformes d'information pro-Polisario. Certains d'entre eux, en particulier SNN, ont préféré déformer les déclarations, affirmant que «des parties étrangères tentent de répandre des rumeurs sur des changements potentiels de la position américaine sur le Sahara occidental». Chose qui n'a pas été évoquée lors du briefing spécial organisé par le Département d'État américain.

Changements potentiels dans la position américaine sur le Sahara

La visite de Cooper en Mauritanie, en Algérie et en Tunisie, qui a exclu le Maroc, intervient quelques mois après que le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'est rendu dans le royaume pour discuter de questions d'intérêt commun. Lors de sa visite de décembre 2019 à Rabat, Pompeo a souligné la «nécessité d'une solution politique réaliste et durable» au conflit du Sahara occidental. Pompeo devait rencontrer le roi Mohammed VI au Maroc, mais cela ne s'est pas produit.

La visite de Pompeo a en effet été précédée d'un changement de position américaine sur le conflit territorial. Ce changement a été marqué par le départ du conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, John Bolton. Le président Donald Trump a limogé ce dernier en novembre.

Pendant son mandat, Bolton a montré une forte volonté de mettre fin au conflit territorial et était connu pour son soutien à la position du Polisario et de l’Algérie sur cette question. En décembre 2018, John Bolton avait déclaré au magazine The New Yorker qu'il n'y a que deux Américains qui se soucient «vraiment» du conflit du Sahara occidental, citant le nom de James Baker, l'ancien envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies dans la région (1997-2004), et lui-même.

Plus tôt cette année-là, Bolton s’était dit «frustré» que le conflit n'ait pas été résolu, ajoutant qu'il «souhaiterait que cela soit résolu si les parties peuvent s'entendre sur la voie à suivre».

Au-delà de la démission de Bolton, les préoccupations de l'Algérie pourraient également être liées aux récents rapports divulgués par les médias israéliens. Début février, des médias israéliens ont affirmé qu'Israël aurait tenté de convaincre les États-Unis d'ouvrir un consulat au Sahara pour aider à renforcer les liens entre Rabat et Tel Aviv.

09/03/2020