Bachir Mustapha Seyed

La direction du Polisario tente de contenir tout débordement de la contestation des Sahraouis des camps au-delà des réseaux sociaux. C’est la mission confiée à Bachir Mustapha Sayed.

En plus de la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus, la direction du Polisario doit faire face à un autre risque d'épidémie : la contestation sociale et politique. Les voix qui pointent la détérioration des conditions de vie de la population des camps de Tindouf sont en effet de plus en plus nombreuses. Et en guise de réponse, les hommes de Brahim Ghali ont choisi la menace. 

 

Sur un ton martial, Bachir Mustapha Sayed a appelé «à imposer l’ordre général». «Les dirigeants doivent être capables de consolider les principes du Front populaire et de dompter les mentalités afin de sacraliser la loi et respecter le système ou de présenter leurs démissions», écrit «le ministre conseiller à la présidence» dans un article repris par le site Futuro Sahara.

 

Le frère du fondateur du Polisario constate que la pandémie du Covid-19 a causé l’apparition de «manifestations honteuses» dans les camps. «Un défi» qui nécessite une réponse forte pour le mouvement de Brahim Ghali. M. Sayed préconise en conséquence soit de «restreindre ces impacts négatifs, ou déclarer l'échec et l'impuissance» de la direction du mouvement séparatiste.

 

Limiter la contestation aux réseaux sociaux

 

Aux Sahraouis réclamant de l’eau et des produits alimentaires, Bachir Mustapha Sayed opte pour la fuite en avant, assénant que «la proclamation de l’Etat sahraoui est un serment qui n’accepte le parjure et un engagement qui résiste à la révision. C’est un serment sacré». Et d’exiger en conséquence de faire face avec fermeté aux voix contestataires qui, selon lui, «portent préjudice à la crédibilité et au projet» du Polisario.  

 

La sortie de l’homme fort au sein de la direction du Front est destiné à circonscrire les expressions de colère uniquement dans le cadre des réseaux sociaux et éviter qu’elles ne débordent sur la place publique par des sit-in ou de marches de protestation. Le souvenir de la manifestation du 27 février en pleine cérémonie marquant la commémoration du 44e anniversaire de la «RASD» est encore frais dans les mémoires de Brahim Ghali et les siens.

 

Dans son article, Bachir Mustapha Sayed a fait l’impasse sur les restrictions de circulation imposées aux Sahraouis des camps de Tindouf par l’Algérie. Et il en est de même pour le groupe qui profite de la crise sanitaire pour vendre au prix fort une eau de mauvaise qualité et des produits alimentaires à la population.

 

La semaine dernière, dans une lettre ouverte adressée au président algérien, Abdelmajid Tebboune, un jeune sahraoui qui vit en Suède lui a demandé de «revoir le soutien alloué aux réfugiés sahraouis», proposant «de réfléchir à son développement sous forme de subventions financières accordées directement aux réfugiés pour acheter ce dont ils ont besoin». Une manière de pointer les détournements et la corruption de la direction du mouvement séparatiste.

 

22/04/2020