176 300 ou 90 000 Sahraouis dans les camps de Tindouf ? Le flou sur les chiffres restera entier tant que l'Algérie, pays hôte du Polisario, refusera le recensement réclamé par les instances onusiennes.

Le débat général de la 71e session du Comité exécutif du Programme du Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, qui se tient du 5 au 9 octobre à Genève, n’a pas échappé aux traditionnelles passes d’armes entre le Maroc et l’Algérie.

 

Si lors de son intervention au nom du groupe africain, marquée par son ton très diplomate, le représentant algérien s'est gardé d’aborder la population des camps de Tindouf, il s’est rattrapé à l’occasion de sa prise de parole du mercredi 7 octobre au nom de son pays. Le diplomate, Mehdi Litim, a rejetté toutes les requêtes, y compris les résolutions du Conseil de sécurité, appelant les autorités algériennes à recenser les Sahraouis des camps.

 

«La solution durable» à cette question «passe par le retour librement consenti des réfugiés sahraouis, dans le cadre de l’application intégrale du Plan de paix des Nations unies pour le Sahara occidental, qui garantit au peuple sahraoui le droit de déterminer librement son avenir», a-t-il estimé. Et de préciser que «le recensement des réfugiés sahraouis est une opération faisant partie intégrante de ce Plan, ce qui la distingue de l’enregistrement préconisé dans d’autres situations de réfugiés».

 

Malgré ce refus, l’orateur a exhorté «instamment le HCR à tenir officiellement compte des conclusions de l’étude commune inter-agences de mars 2018, dont le rapport final intitulé "Les Réfugiés Sahraouis à Tindouf, Algérie: Population Totale des Camps" arrête le chiffre de 173.600 réfugiés sahraouis». Un chiffre, supérieur aux 90.000 que l’Union européenne prend en considération à l’heure de calculer le volume des aides humanitaires destinées aux habitants des camps de Tindouf.

 

Le Maroc pointe la militarisation des camps

 

Pour sa part, l’ambassadeur marocain Omar Zniber a exprimé la préoccupation de sa délégation concernant «la situation dans les camps de Tindouf et la persistance du pays hôte à s’opposer au consensus international sur la nécessité de dissocier les questions humanitaires des considérations politiques».

 

Le diplomate a pointé «la dévolution par le pays hôte de ses compétences à un acteur non étatique et séparatiste sur son territoire», dénonçant «la militarisation des camps de Tindouf, en violation des conclusions de ce Comité stipulant que les Etats hôtes assument la responsabilité de veiller au caractère civil et humanitaire de l’asile».

 

Contrairement aux débats de la 44e édition du CDH de l’ONU, tenue du 30 juin au 17 juillet, marquées par de vifs échanges entre les deux pays sur les sujets des droits de l’Homme et les ressources naturelles au Sahara occidental,  sur le problème des réfugiés, le duel est resté à fleurets mouchetés. Les deux diplomates se contentant de faire passer leurs messages en usant du style indirect.

 

09/10/2020