La commission de la pêche du Parlement européen était divisée ce jeudi au sujet du nouvel accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne, dont la ratification devrait intervenir fin novembre. Alors que les groupes majoritaires voient en cet accord une rentabilité économique pour l’UE, d’autres formations, notamment les Verts et la Gauche Unitaire, demandent qu’il soit à nouveau rejeté. Elles estiment que le protocole ne respectera pas les « droits des populations du Sahara ».

On croyait que la nouvelle mouture de l’accord de pêche Maroc-UE passerait comme une lettre à la poste, mais le sujet reste polémique. Selon Europa Press, ce jeudi, la commission européenne de la pêche a été incapable d’adopter une même position sur le sujet, se montrant complètement divisée au cours des échanges parlementaires. Alors que la ratification de cet accord devrait intervenir fin novembre, les Verts et la Gauche unitaire sont montés au créneau, brandissant la raison que le protocole ne « respectera pas les droits des populations du Sahara ». Malgré cela, les groupes majoritaires au Parlement les ont rassurés, défendant bec et ongles la rentabilité économique du protocole pour l’UE.

Lors du débat parlementaire, la députée européenne représentant du Parti populaire espagnol, Carmen Fraga Estevez, a expliqué que le nouvel accord s’est penché sur l’amélioration des conditions pour les deux parties. Mieux, « l’accord est viable sur le plan social, politique et environnemental », a-t-elle ajouté. Selon Fraga Estevez, les populations concernées tireront les bénéfices dudit accord. « Je crois que les trois éléments clefs pour voter contre cet accord ont été réparés dans le nouveau protocole », a-t-elle précisé.

De surcroît, la députée a rappelé l’existence d’une clause permettant de suspendre la convention en cas de violation des droits de l'homme. Elle a également indiqué qu’un système d'échange électronique pour un meilleur contrôle de l'activité de pêche sera effectif. « Les doutes par rapport à l'impact sur la politique sectorielle locale et sur le droit international sont résolus », a-t-elle précisé, signalant que Rabat fournira « périodiquement » des donnés sur les bénéfices et les investissements créés par l’accord et leur « répartition géographique ».

Les Verts et la Gauche unie montent encore au créneau

Pour rappel, lors du précédent débat sur l’accord de pêche, des eurodéputés avaient estimé que le protocole ne prenait pas suffisamment en compte les intérêts des populations du Sahara. Ils estimaient également que l’accord n’était pas viable sur le plan écologique et environnemental et qu'il n'apportait pas de bénéfices économiques à l'Union européenne et au secteur de la pêche marocaine. Conséquence : en 2011, l’accord n’a pas été renouvelé.

La situation risque-t-elle d’être à nouveau bloquée par la question du Sahara ? En tout cas, les Verts s’alignent encore sur les mêmes positions. Raul Romeva, membre de l’Initiative pour la Catalogne des Verts (ICV) a critiqué les « imprécisions » de l’accord sur le plan géographique. Le député a déclaré qu'il ne considère pas la situation du Sahara occidental comme réglée, car « l'exclusion de ces eaux n'est pas réelle ». Selon Romeva, le nouvel accord ne change pas les références qui existaient avant.

Dans la foulée, le député européen libéral finlandais, Nils Torvalos, a rappelé que des pays comme les États-Unis « écartent toujours de ses accords le Sahara occidental », en guise de solution aux polémiques. Torvalos a aussi appuyé la demande des Verts pour que les services juridiques se prononcent formellement sur le nouveau protocole. Pour sa part, le Portugais de la Gauche Unitaire, Joao Ferreira, a considéré que le nouveau protocole est « illégal » parce que Bruxelles « n'a pas changé ce qu'elle avait à changer ».

Ne pas se servir de la question Sahara pour rejeter l’accord de pêche

Du côté du socialiste portugais Luis Manuel Capoulas Santos,  ce serait un « cheminement erroné et tortueux » d’essayer de chercher une solution au problème du Sahara en se servant de la commission de pêche. Capoulas Santos a souligné les améliorations de l’accord concernant la rentabilité qui vont équilibrer les compensations de l’UE avec les possibilités de pêche.

A leur tour, d'autres députés socialistes espagnols comme Dolores García Hierro, le vice-président de la Commission de la pêche Struan Stevenson, des Conservateurs et Réformistes, ont choisi de soutenir l'accord. Pour eux, le secteur de la pêche européen comme marocain en tirera les frais. « La question sahraouie doit être traitée dans d'autres forums internationaux, et non par un accord commercial comme celui-ci », pensent-ils.

Mieux, Stevenson a surenchéri en expliquant que si les navires européens n’allaient pas pêcher dans les eaux marocaines, les pavillons russe et chinois le feront à leur place. Et selon lui, ces derniers « se foutent de la situation au Sahara ou des exigences environnementales et sociales ». « Et puis nous (l’Union européenne) allons importer leurs poissons », a-t-il martelé.

A ce jour, l’accord de pêche reste suspendu à l’approbation du Parlement européen et des instances marocaines pour son entrée en vigueur. Les autorités espagnoles, quant à elles, sont impatientes de voir l’accord devenir effectif. La contrepartie financière annuelle qui sera donnée à Rabat est de 40 millions d’euros.

04/10/2013