Alors que le Maroc est en passe de récupérer son siège au sein de l’Union africaine, les positions des autorités algériennes et mauritaniennes s’accordent désormais à affirmer que l’adhésion du royaume à l’UA est un fait, mais que «le siège de la ‘RASD’» reste une ligne rouge. Comment interpréter ce changement de discours ? Décryptage.

 

Le débat sur l’adhésion du Maroc à l’Union africaine - l’un des sujets qui seront au menu de la réunion des chefs d’Etat africains en marge du 28e Sommet de l’UA qui s’est ouvert à Addis-Abeba le 22 janvier - prend une nouvelle tournure. Alors que le débat était jusque-là focalisé sur la demande du royaume de réintégrer l’organisation panafricaine, qu’il a quittée en 1984, Alger et Nouakchott changent de ton. Désormais, l’attention est portée sur le siège de la «République arabe sahraouie démocratique». Une position nouvelle qui intervient au moment où le Maroc semble assuré de reprendre son fauteuil au sein de l’instance continentale.

 

Mercredi, le ministre algérien chargé de l’Afrique et de la Ligue arabe, Abdelkader Messahel, a affirmé dans une brève déclaration accordée à la chaîne algérienne Echourouk TV que le Maroc «ne réussira pas à exclure la ‘RASD’ de l’Union africaine». Abdelkader Messahel a même rappelé que le royaume n’a pas réussi, «par le passé», à évincer le Polisario de l’UA, se gardant bien de commenter la demande d’adhésion présentée officiellement par le Maroc. En marge du sommet Afrique-France, qui s’est déroulé mi-janvier à Bamako au Mali, le chef du gouvernement algérien Abdelmalek Sellal avait confié à la presse de son pays que «le Maroc est assuré de son adhésion à l’Union africaine, et ce, avant même la tenue du sommet d’Addis-Abeba».

 

Maintenir le Polisario au sein de l’UA semble être le nouveau défi de l’Algérie, mais également de la Mauritanie. En effet, l’agence de presse mauritanienne Al Akhbar a rapporté mercredi, citant des sources diplomatiques, que Nouakchott vient d’éditer un mémorandum dans lequel la Mauritanie joue la carte de la diplomatie. «La Mauritanie a décidé de voter pour l’adhésion du Maroc à l’Union africaine», indique l’agence tout en avançant que Nouakchott refuse néanmoins que cette adhésion «porte atteinte à la place du Sahara occidental» au sein de l’organisation panafricaine.

 

Nachtaoui : Alger a toujours peur du retour du Maroc, Noukchott tente de se démarquer

 

Comment interpréter ce changement de discours de la part des voisins du Maroc quant à son retour au sein de l'instance continentale ? Pour Mohammed Nachtaoui, professeur de relations internationales à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, la position de l’Algérie n’est pas nouvelle. Celle de la Mauritanie, en revanche, vise à servir ses propres intérêts. «L’Algérie a toujours eu peur que le Maroc récupère son siège au sein de l’UA puisque ce retour se fera au détriment du Polisario», nous explique-t-il ce jeudi.

 

«Alger a toujours mobilisé plusieurs pays pour dévier le débat afin qu’il se concentre sur la capacité de ces Etats à soutenir la RASD. Ce n’est donc qu’une tentative pour confondre la position du Maroc, qui souhaite reprendre sa place naturelle au sein de l’UA. Quant à la Mauritanie, elle essaye de se démarquer des autres positions puisqu’elle est concernée par le conflit et tente, par conséquent, de se désengager de ce fait historique.»

 

La position de la Mauritanie est «dictée par des considérations politiques et stratégiques», poursuit le professeur, selon qui Nouakchott n’a jamais été neutre dans ce conflit. «Dans la politique, il n’y a pas de neutralité», fait-il remarquer avant de rappeler les tensions qu’ont connues les relations diplomatiques entre le Maroc et son voisin du sud. «Les Mauritaniens défendent tantôt l’intégrité territoriale du Maroc, tantôt les positions des séparatistes. Il y a donc un changement permanent de leurs positions, qui tend cependant vers l’affirmation de la souveraineté mauritanienne», argumente le professeur.

El Belamachi : Le Maroc doit comprendre la position de son voisin du sud, «ne serait-ce que pour l’instant»

 

De son côté, Abdelfattah El Belamachi, professeur de relations internationales à l’Université Mohamed V Rabat - Agdal, préfère tempérer. «On voit bien qu’à travers son mémorandum, la Mauritanie soutient le retour du Maroc à l’UA, puisque Nouakchott votera pour l’adhésion du royaume.»

 

«Toutefois, cette position dépend d’une autre condition ; celle de ne pas toucher à la place du Polisario au sein de l’UA. D’abord, il ne s’agit pas d’une convention internationale pour poser des conditions au préalable ou exprimer ses réserves. Cette position est donc d’ordre politique puisque la Mauritanie cherche à garder de bonnes relations avec les deux parties.»

 

Par ailleurs, l’universitaire souligne que la position mauritanienne signifie que les tensions diplomatiques entre Rabat et Nouakchott se dissipent progressivement, «mais qu’il faut travailler davantage pour renforcer ces liens stratégiques entre les deux pays». Pour lui, le Maroc doit comprendre la position de son voisin du sud, «ne serait-ce que pour l’instant, vu qu’actuellement, le but du Maroc est de retourner au sein de l’UA avant de parler d’autre chose».

Le Maroc revient-il à l’UA pour couper l’herbe sous les pieds des séparatistes ? Pour Mohammed Nachtaoui, «tout le monde sait que le retour du Maroc au sein de l’UA entraînera l’expulsion, par la suite, du Polisario puisque la ‘RASD’ ne remplit pas les conditions d’un Etat membre».

 

Quant à Abdelfattah El Belamachi, ce dernier veut croire que le royaume retourne au sein de l’UA dans le but de «créer l’équilibre entre les deux positions ; celle marquée par une dimension purement politique et celle qui ambitionne de développer et redynamiser les instances de l’UA». «Le retour permettra au Maroc de donner sa version sur sa cause nationale», conclut-il.

26/01/2017