Le candidat déclaré aux primaires pour l’élection présidentielle du parti « Les Républicains » est en visite préélectorale au Maroc. L’occasion de parler de sa relation avec le royaume et de ce qu’il fera pour la développer s’il devenait président.

 Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi 23 mai à Casablanca, c’est un Alain Juppé très souriant qui s’est prêté aux questions des journalistes.

 

De retour d’Algérie et de Tunisie, l’actuel maire de Bordeaux est au Maroc pour une visite de trois jours qui lui permettra de rencontrer des officiels (Benkirane, Mezouar, CNDH, CGEM ...) et de convaincre les 50.000 Français résidants au Royaume de voter pour lui.

 

Interrogé par Médias 24 sur son positionnement marocain en tant qu’éventuel président, l’ancien 1er ministre a assuré qu’il s’inscrirait dans la continuité française mais qu’il renforcerait le lien politique en évitant soigneusement les couacs, allusion faite à l’affaire Hammouchi sous le mandat Hollande.

 

«Je veux donner une forte impulsion à un partenariat nord-africain, où le Maroc occupe une grande place, car en ces temps agités, nous nous devons de promouvoir l’islam à la marocaine, qui est unique».

 

Louant l’esprit de tolérance du rite malékite «compatible» avec les valeurs de la France, il s’est dit déterminé à combattre la radicalisation notamment grâce à l’expertise marocaine qui exporte ses imams.

 

Sur le dossier du Sahara, Juppé a répété plusieurs fois qu’élu président, il continuera à faire preuve du même soutien à Rabat, en France mais aussi à l'international au Conseil de sécurité de l’ONU, pour défendre le plan d’autonomie proposé par le Maroc depuis 2007.

 

«Pour arriver à une solution juste et durable, je pense fermement que la proposition marocaine constitue une base solide, qui permettra de résoudre ce conflit qui dure depuis 40 ans».

 

A la question de savoir si ses récentes rencontres avec des officiels en Algérie pouvaient laisser entrevoir un espoir de décrispation à l’égard du Maroc, l’ancien diplomate a avoué que malgré ses plaidoiries pour une meilleure entente, il n’avait senti aucune volonté algérienne de détente.

 

Plus prudent que Sarkozy, et ne voulant sans doute pas froisser le voisin de l’est du Maroc, Juppé a déclaré que malgré les relations passionnelles entre la France et l'Algérie, ce pays restait un partenaire essentiel de l'Hexagone. 

 

Concernant l’escalade diplomatique Maroc-USA, consécutive au rapport critique du département d’Etat sur les droits de l’homme au Royaume, l’ancien ministre a refusé de prendre parti tout en assurant que les Américains devaient faire preuve de bon sens avant de porter des jugements à l’emporte-pièce.

 

Il a de plus souligné les efforts «extraordinaires» accomplis par le Maroc en 15 ans et mis cet «incident» sur le compte d’une incompréhension plutôt que d’une violation caractérisée des droits de l’homme.

 

Selon lui, la stabilité et le dynamisme international du pays sont une chance pour la France, qui ne doit pas rater «le coche». Condamnant le protectionnisme prôné par certains (FN), Juppé affirme que son pays doit profiter de ses bonnes relations avec le Maroc pour y développer ses intérêts économiques.

 

Félicitant son pays- hôte pour l’organisation de la COP22, il a souligné qu’élu président, il faciliterait les échanges commerciaux avec un programme sans réglementation décourageant les investisseurs.

 

«C’est surtout aux entreprises françaises de développer leurs relations économiques avec le Maroc, pour profiter de ses potentialités et de son réseau africain, qui constitue un tremplin sans équivalent, mais nous devons aussi assouplir les réglementations pesantes comme la fiscalité à l’étranger».

 

Concluant sur la question de l’immigration, enjeu majeur de la future campagne présidentielle, le candidat a résumé sa position par la citation de Michel Rocard : la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

 

Favorable à une immigration économique «maîtrisée», il a exclu toute suppression des visas Schengen pour les Marocains, en arguant que la population française n’était pas prête à l’accepter. 

23/05/2016