Tahar Ben Jelloun fait l’objet d’une attaque ignoble d’un site algérien suite à une tribune publiée dans le site de l’hebdo Le Point. Si l'homme est connu pour être l’une des personnalités africaines les plus respectées, il dérange, aussi, quand il dénonce les violences faites aux peuples arabes.

Tahar Ben Jelloun fait partie des 50 personnalités les plus influentes en Afrique, nous apprend Jeune Afrique dans le numéro du 27 avril au 10 mai 2014. Le grand écrivain marocain, qui fait partie des plus prestigieux représentants de la littérature de langue française, est aussi l’écrivain maghrébin le plus traduit de par le monde. Mais si l'homme est assez admiré et respecté, il dérange, aussi, surtout quand il dénonce les violences faites aux peuples par certains régimes. Car si Tahar Ben Jelloun est un écrivain qui continue d’interpeller, n’a jamais lassé, a encore bouleversé avec son dernier récit, il est aussi un penseur sollicité en permanence non seulement sur des questions culturelles et artistiques, mais aussi sur des sujets politiques et de société. Tahar Ben Jelloun est en effet engagé dans et avec son temps, contre les absurdités et les violences des temps. Preuve en est, d’ailleurs, son article qui vient de paraître dans l’hebdomadaire Le Point : "Sans honte, sans pudeur" . Un article où il se révolte contre l’humiliation infligée à des peuples par ceux qui n’ont ni honte, ni pudeur : "À peine avalées les images pathétiques et révoltantes de la réélection de Bouteflika en Algérie, voilà que Bachar el-Assad, le grand meurtrier du peuple syrien, annonce sa candidature pour un nouveau mandat présidentiel", écrit-il en effet. Tahar Ben Jelloun dénonce ainsi la violence de ces régimes imposés sous couvert de "démocratie", celle de la stratégie de Bachar El Assad pour continuer "de vider son pays de son sang", celle qui frappe l’Algérie dont la richesse est devenue malédiction car, ajoutera l’écrivain, "il y a des équilibres à maintenir et des privilèges à sauvegarder. Si ce pays était moyennement riche, il aurait été certainement plus juste et plus prospère. Mais on sait que le gaz et le pétrole sont des ingrédients qui font plus de mal que de bien". La violence, aussi, qui dévaste l’Egypte où "le pouvoir égyptien prononce des condamnations à mort contre des islamistes comme s'il annonçait la météo". Et celle, assassine, de l’indifférence du monde.

Quand le penseur dérange des scribouillards "sans honte, ni pudeur"

Mais il faut croire que certaines vérités ne sont pas bonnes à entendre, surtout lorsqu’elles émanent d’un Marocain qui parle de l’Algérie, même si c’est pour la défendre. Même si c’est pour dénoncer les infamies faites à son peuple. Et Alger de lâcher, suite à la parution de l’article de Tahar Ben Jelloun, ses pitbulls pour mettre en pièces l’écrivain. Le média algérien TSA, par la plume trempée dans la bave démente d’un pseudo journaliste enragé mais vrai mercenaire, Gauthier de Voland, dont l’article ferait crier à la diffamation si sa ridicule vacuité ne poussait à en rire, affirme ainsi : "Quand Tahar Ben Jelloun prend la plume sur les pays arabes et l’Algérie en particulier, c’est alors pour vilipender un pays qu’il connaît surtout à travers la propagande du régime marocain. Dans ces cas-là, il s’en donne à cœur joie et obéit à ses maîtres chérifiens, transformé en chien de garde d’un régime menacé". Vraiment ? Y a-t-il quoi que ce soit à vraiment retenir de ce fatras d’ordures ? Et qui fait ici figure de chien de garde ? Un esprit libre qui défend l’honneur des peuples ou un pouvoir qui paie des lobbyistes pour leurs services de mercenaires ? Oui, Tahar Ben Jelloun a eu le culot de « mettre sur le même plan Bouteflika (…) et El Assad", et cela ne passe manifestement pas à Alger. Alger présentée avec condescendance comme le « dindon de la farce onusienne" par le média algérien, lors même que l’écrivain marocain prenait parti pour le peuple algérien et sa dignité.

Et l’auteur de l’article publié sur TSA d’atteindre une bassesse abyssale en allant jusqu’à ressortir une vieille et sordide histoire, qui n’est autre qu’une histoire avérée de complot, pour tenter de souiller l’écrivain. Celle d’une petite bonne que Tahar Ben Jelloun aurait exploitée, en France, et dont il s’est avéré qu’elle avait été instrumentalisée pour mentir. De cette histoire, l’accusé est ressorti blanchi et l'accusation pour le moins embarrassée. L’avocate de l’association de la lutte contre l’esclavage moderne a d'ailleurs reconnu et clamé l’innocence de Tahar Ben Jelloun. Mais peu importe. La calomnie est l'arme des faibles. Oui, Tahar Ben Jelloun dérange. Le Maroc, traîné aussi dans la boue dans ce même article et de manière tout aussi inqualifiable, dérange. Et certains ont cru sortir là l’artillerie lourde pour abattre un de ses plus prestigieux intellectuels. Si ce n’est que, face à la vérité, la pratique aveugle de la diffamation fait figure de pauvres pâles jouets de pacotille. Les chiens s’étouffent. La caravane passe.

01/05/2014