Youssef Amrani. 35 ans d’une riche carrière aux affaires étrangères marocaines. Plusieurs fois membre de cabinet, consul général à Barcelone, ambassadeur en Amérique Latine à plusieurs reprises, directeur d’un grand département avant de remplir les fonctions de secrétaire général du ministère. Il croyait préparer sa retraite en tant  que secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée mais se retrouve au gré des vagues de la vie politique ministre délégué aux affaires étrangères. En principe sur le départ – (ce qui n’est pas entièrement certain pour ce commis de l’Etat et diplomate professionnel) – il fait dans une longue interview accordée à Farida Moha pour le journal Le Matin du 31 juillet 2013, le tour de la diplomatie marocaine. Nous en avons choisi trois extraits.

INITIATIVE D’AUTONOMIE AU SAHARA

 

Je voudrais retenir un mot clé dans votre question, c’est le projet de société. Effectivement Sa Majesté le Roi a initié, depuis son accession au Trône, les fondements d’un projet moderne et démocratique à travers des réformes sans précédent et des initiatives crédibles. C’est ce projet de société, défini et impulsé par Sa Majesté le Roi, qui nous a permis de défendre sereinement nos intérêts et de nous positionner aussi bien sur la scène régionale qu’internationale en tant que partenaire actif, respecté, écouté et pleinement attaché à la paix et à la sécurité internationale.

Pour revenir à votre question, il est essentiel de préciser que les deux initiatives mentionnées ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont une émanation logique de ce projet de société initié par  Sa Majesté le Roi, privilégiant les valeurs de modernité, d’ouverture, de pondération et de compromis.

Concernant l’initiative d’autonomie, force est de constater que depuis sa présentation en 2007, non seulement la gestion du dossier a connu une dynamique après une longue période d’enlisement et d’absence de perspectives claires, mais notre position a été confortée à travers des acquis tangibles au niveau régional, international et à travers une réceptivité des grandes puissances à l’égard de l’approche marocaine.

N’oublions pas que les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et les différents rapports du Secrétaire Général reconnaissent explicitement et sans équivoque la pertinence et la prééminence de l’initiative marocaine d’autonomie.

Ces acquis sont intimement liés aux atouts de l’initiative d’autonomie dont notamment son contenu substantiel, le processus de consultation qui a présidé à son élaboration ainsi que sa conformité avec la légalité internationale. Atouts qui ont amené les Nations Unies et la communauté internationale à qualifier ce projet de  sérieux, crédible et réaliste, compte tenu de sa capacité à assurer le progrès et le bien-être des populations et la gestion démocratique de leurs affaires locales.

En un mot, cette initiative audacieuse constitue une base solide pour parvenir à une solution politique définitive à ce différend loin des positions rigides et des approches dépassées.

 

LE RÔLE DETERMINANT DU ROI

 

Je dirai que les actions, les démarches et les contacts entrepris par Sa Majesté le Roi ont joué un rôle capital pour l’évolution positive du dossier. Pour illustrer mes propos, je citerai deux exemples,  le premier remonte au 25 aout dernier, date de l’entretien entre Sa Majesté le Roi et M. Ban Ki Moon,  Secrétaire Général des Nations Unies. Cette conversation téléphonique  a crée une nouvelle dynamique et a permis de clarifier les choses particulièrement en ce qui concerne le mandat de la MINURSO, le respect des paramètres du processus politique,  la nature de la mission de l’Envoyé Personnel et également l’importance des relations bilatérales avec l’Algérie.

Le deuxième exemple du leadership et de l’engagement du Souverain est l’échéance d’avril 2013 avec l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2099, résolution qui a conforté la position marocaine grâce justement à  l’impulsion décisive de Sa Majesté le Roi et suite à ses contacts personnels auprès des acteurs influents de la Communauté Internationale.

Par ailleurs, je voudrais saisir l’occasion pour répondre à ceux qui n’hésitent pas à instrumentaliser les nobles principes des droits de l’homme dans les provinces du Sud en leur rappelant que cette résolution se félicite et reconnaît explicitement la portée et l’importance des réformes et décisions entreprises par le Maroc sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi  pour la promotion et la protection des Droits de l’Homme, notamment le renforcement de l’action du CNDH à Dakhla et Laâyoune ainsi que l’interaction du Royaume avec les procédures spéciales du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies.

 

CRISE DU SAHEL ET DU MALI ET INCIDENCS SUR LE SAHARA

 

Certes, la situation dans la région du Sahel a conduit à une prise de conscience réelle quant aux dangers liés à la recrudescence des menaces et défis sécuritaires, après de nombreuses années où certaines parties faisaient la sourde oreille ou, dans les meilleurs scénarios, privilégiaient une approche étriquée.

Cette situation a engendré une nouvelle donne avec une carte géopolitique et géostratégique qui rend de plus en plus urgent le règlement du différend autour du Sahara marocain. En un mot, tout le monde est d’avis aujourd’hui que le statu quo est intenable et que désormais une nouvelle approche  est nécessaire pour traiter le dossier du Sahara, conformément aux paramètres définis par le Conseil de Sécurité.

Il s’agit là d’un constat  souligné par M. Ross lors de son briefing devant le Conseil de sécurité le 28 novembre 2012.

Il s’agit également d’une démarche partagée par le Conseil de sécurité qui considère, dans sa résolution 2099, que la persistance du statu quo est inacceptable. cela constitue une invitation claire aux autres parties pour faciliter et accélérer le règlement de  la question du Sahara en agissant de bonne foi et sans plus tarder au bénéfice de la stabilité et de l’intégration maghrébine, en faisant preuve de responsabilité et en mettant un terme à leurs tentatives de déviation du processus politique mené par l’ONU.

 

ALGERIE ET NOUVEL ORDRE MAGHREBIN

 

Concernant plus particulièrement les relations avec l’Algérie, il y a lieu de rappeler que le Maroc a toujours plaidé en faveur d’une normalisation des relations bilatérales dans le cadre du bon voisinage et du respect mutuel. Nous plaidons aussi en faveur d’un nouvel ordre maghrébin, qui serait, comme l’a décliné SM le Roi Mohammed VI, dans le discours Royal du 6 novembre 2012, un facteur de stabilisation et de sécurisation de la zone sahélo-saharienne, et un acteur structurant de l’intégration africaine.

L’Algérie est appelée à s’engager de bonne foi dans les efforts consentis pour parvenir à une solution politique définitive de la question su Sahara marocain. Il ne s’agit pas d’un simple vœu mais d’une véritable demande exprimée par le Conseil de Sécurité dont la résolution 2099 demande, explicitement, aux Etats voisins de coopérer davantage avec les Nations Unies et les uns avec les autres. Le même texte onusien  met l’accent sur l’importance de la coopération entre les pays de l’UMA et encourage l’Algérie à maintenir son dialogue avec le HCR au sujet du recensement des populations dans les camps de Tindouf.

 

RELATION AVEC LES ETATS UNIS

 

Nos relations bilatérales avec les Etats-Unis se sont, contrairement à ce que vous semblez croire, approfondies davantage ces deux dernières années sous l’impulsion conjuguée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et du leadership américain. Le lancement, en 2012, du dialogue stratégique avec les Etats-Unis et l’invitation adressée à Sa Majesté par le Président Obama pour effectuer une visite officielle à Washington d’ici la fin de l’année traduisent cette évolution constante de nos relations depuis maintenant plus de deux siècles. Nos deux pays sont également liés par la géographie, car nous appartenons tous deux à l’espace atlantique, par un socle de valeur partagées et par les défis que nous devons relever ensemble. La grande convergence de vues entre le Maroc et les Etats-Unis sur les questions régionales et internationales, notamment en matière de préservation et de consolidation de la paix au niveau international et régional, dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats ajoute à cette grande proximité forgée dans cet alliage d’amitié, de confiance mutuelle et de respect des intérêts vitaux respectifs. La profondeur et la force de notre partenariat stratégique provient de ce creuset riche et inoxydable, de ces liens qui transcendent les considérations idéologiques et partisanes et qui confèrent à cette relation un caractère unique, privilégié et pérenne.

Le lancement du Dialogue stratégique le 13 Septembre 2012 a permis de renforcer le cadre institutionnel de notre coopération à travers la mise en place de nouveaux instruments de coopération novateurs. La deuxième session du dialogue stratégique, qui a réuni à Rabat les groupes de travail politique et sécuritaire, lors de la récente visite au Maroc de Mme Wendy Sherman, Secrétaire d’Etat adjoint chargé des Affaires Politique, a permis d’identifier de nouveaux axes de coopération prometteurs, à la hauteur de nos ambitions partagées et de notre engagement à sans cesse repousser les limites de notre partenariat stratégique. Par ailleurs, il convient de préciser que le récent entretien téléphonique intervenu le 9 mai 2013 entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président Barack Obama, au cours duquel les deux chefs d’Etat ont convenu d’intensifier la concertation politique entre les deux pays en optimisant le Dialogue stratégique, a consacré cette relation singulière entre nos deux pays, marquées du sceau de l’excellence.

Bien entendu ce partenariat ambitieux se veut multidimensionnel et, parallèlement à ce volet politique, nous partageons également de fructueuses relations économiques avec nos amis américains. Le Maroc et les Etats Unis ont conclu un grand nombre d’accords et de cadres de coopérations bilatérales afin de promouvoir le développement humain et économique de notre pays, conformément à la volonté de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

En tant que partenaires nous sommes déterminés à travailler conjointement pour promouvoir les conditions d’un développement harmonieux au service d’une prospérité partagée. Dans ce cadre nous allons optimiser les retombées de l’accord de libre échange et mettre en œuvre un agenda de coopération évolutif de soutien aux réformes menées par le Royaume à travers des mécanismes d’accompagnement ambitieux à l’instar du programme Millenium Challenge Coopération et dans le cadre du dialogue stratégique. La tenue de la prochaine session de la Business Conférence, prévue le 4 Novembre 2013 à Rabat, sera l’occasion de concrétiser cette volonté.

01/08/2013