En février 2012, Chakib Benmoussa, l’ancien président du Conseil économique, social et environnemental, annonçait devant le roi Mohammed VI, la fin du modèle de développement au Sahara mené depuis plus de 37 ans. Une politique qui est la cible de vives critiques de la part de Bachir Dkhil, un des fondateurs du Polisario rentré au Maroc en 1992.

Le dernier changement des walis et gouverneurs au Sahara n’a pas suffit pour atténuer les critiques vis à vis de la politique menée par l’Etat dans la province. Le mécontentement n’est pas seulement exprimé par les partisans de Mohamed Abdelaziz mais est également partagé par les pro-Maroc. Bachir Dkhil, en fait partie.
L’homme qui est un des fondateurs du Polisario, rallie le royaume en 1992, une année après la signature du cessez-le-feu. Contrairement à ses autres camarades ralliés et qui ont occupé des postes au sein de l’administration territoriale, lui a tenu à garder une distance vis-à-vis du pouvoir. Ce qui confère à ses déclarations une certaine légitimité.

Les Sahraouis ont besoin d’emploi et de dignité

Intervenant samedi à Rabat à l’occasion d’une conférence organisée par le "Centre Mohamed Bensaid Aït Idder des études et recherches", du nom d'une des figures de proue de l’armée de libération dans le sud, Bachir Dkhil n’a pas fait dans la dentelle. « Les sahraouis n’ont pas besoin de fontaines et de routes goudronnées mais d’emploi et de dignité », a-t-il lancé à l’assistance. Et d’enchainer en soulignant que « les mauvaises pratiques continuent d’être la norme, jusqu’à aujourd’hui, à Laâyoune, Smara et Dakhla ».
Ses griefs ont porté, également, sur la gestion du dossier par Rabat, appelant à sa révision en vue d’une intégration de l’élément local lors de l’élaboration de cette politique. Dkhil a souhaité une « saharisation » du débat. Le conférencier a souligné que cette mise à l’écart des Sahraouis a nettement contribué à la prolongation du conflit.

Le Maroc ne vaut rien sans le Sahara

C’est sa manière, toutefois modérée, de critiquer l’absence de Sahraouis dans le processus de négociation avec le Polisario. Des pourparlers menés essentiellement par les hommes du Palais, en l’occurrence Yassine Mansouri, le patron de la DGED. La présence du n°2 du CORCAS, également un ancien du Polisario, aux réunions avec les représentants du Front n’est que symbolique.
Bachir Dkhil qui jouit d’un respect certain au Sahara -son appartenance à la puissante tribu des Rguibates lui accorde, de facto, la position de notable dans la région-, a estimé que le « Maroc ne vaut rien sans le Sahara ». Il a appelé ainsi à une réelle réconciliation nationale bannissant toute forme de distinction entre les citoyens marocains.

03/02/2014