La crise au Sahara est avant tout une «crise de confiance», estime le chercheur espagnol Bernabe Garcia Lopez, qui a participé à une conférence à Rabat autour du thème "Le Sahara et les relations maroco-espagnoles".

En 2001, Nabil Benabdellah, alors ministre marocain de la Communication déclarait : «Sa Majesté Mohammed VI, est seul habilité à parler de la question du Sahara. Il est seul compétent pour proposer des solutions à ce sujet». Pour Benabe Garcia Lopez, une telle prise de position montre que la gestion de la question du Sahara se décide loin de l'opinion publique nationale.

La semaine dernière, le chercheur espagnol participait à une conférence sur le thème: «Le Sahara et les relations maroco-espagnoles». Lors de cette rencontre organisée par le Centre des Études Sahraouies de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat- Agdal, Bernabe Lopez a rappelé que l'opinion publique marocaine n’aurait jamais eu connaissance de certains détails importants relatifs à la question du Sahara si certains journalistes marocains n’avaient pas pris le risque de franchir les lignes rouges sur cette question épineuse en opérant des visites dans les camps de Tindouf pour rapporter des informations jusque-là ignorées par l'opinion publique. À tel point d’ailleurs, que cette démarche a «agacé le pouvoir en place».

Ayant notamment vécu à Fès, Bernabe Lopez connait le Maroc. En 1975, il remarqua l'enthousiasme nationaliste qui animait les gens de l’époque suite à l’espoir politique et démocratique qu’avait suscité la Marche Verte. C’est selon lui, ce qui a permis de développer chez les Marocains un véritable sentiment patriotique en ces temps marqués par la dictature franquiste qui prévalait chez le voisin espagnol.

Bernabe Lopez a ensuite évoqué le projet américain de résolution visant à élargir le mandat de la MINURSO à la question des droits de l’Homme. Il estime que ce projet, vivement critiqué par les autorités marocaines, est venu leur rappeler l’urgence de mettre en œuvre le plan d’autonomie au Sahara proposé depuis 2007.

Il a ajouté que le Maroc, n’a pas prévu suffisamment de garanties dans son plan d’autonomie en termes de démocratie et de droits de l’Homme. Selon lui, les six dernières années ont été marquées par une certaines «inertie» aussi bien sur le plan politique que sur la question des droit de l’homme. Il remarque en revanche, que la répression des manifestations sahraouies a été plus virulente et que l’immixtion du ministère de l’Intérieur dans le tissu associatif local est évidente.

Lors de son intervention, Bernabe Lopez a décrit la crise du Sahara au Maroc comme une «crise de confiance». Il a notamment insisté sur le fait que Rabat pouvait garder la main en recueillant davantage de soutien à l’international sur la question de sa pleine souveraineté sur le Sahara. Selon lui, ce scénario est encore possible si le Maroc accepte de faire son autocritique, de rompre avec les politiques erronées et d’adopter un système démocratique étendu à l’ensemble du pays, y compris dans les provinces du sud.

19/06/2013