Benkirane collectionne les dérapages verbaux. Ses détracteurs entendent en tirer profit au point d'inventer une crise diplomatique avec la Colombie. Une fausse nouvelle qui a fait le tour de nombreuses rédactions en ligne avant qu’elle ne soit démentie.

La guerre ouverte entre Benkirane et ses opposants a pris une tournure inquiétante. Elle vient cette fois-ci envahir le très sensible terrain des relations diplomatiques avec des Etats amis. Hier, de nombreux médias en ligne annonçaient, en chœur, l’éclatement d’une « grave crise » entre le Maroc et la Colombie, son principal allié en Amérique du sud qui a toujours soutenu la position du Maroc sur la question du Sahara. Un « scoop » soufflé par une « source anonyme » au ministère marocain des Affaires étrangères, selon le site Goud.ma.

Bogota, selon la même source, aurait convoqué l’ambassadeur du royaume pour lui notifier sa vive protestation suite aux propos du chef du gouvernement, tenus samedi dernier à Salé à l’occasion d’un meeting politique de son parti. Dans une diatribe contre la campagne menée par le secrétaire général du PAM, Ilyas El Omari, pour la légalisation du kif, Abdelilah Benkirane a estimé que cela fera du royaume « une nouvelle Colombie ».

Un jeu puéril

Toujours en se basant sur cette unique source, plusieurs sites d’actualité avançaient que Bogota a décidé en représailles, de « geler » ses relations avec le Maroc. Et d’ajouter que l’ambassadeur colombien accrédité à Rabat a présenté, le lundi 11 avril, une lettre de protestation au département de Mezouar contre l’offense de Benkirane.

Dans la soirée, renversement de situation. Le ministre délégué aux Affaires étrangères, Nasser Bourita, dément dans des déclarations au site Lakome2, les rumeurs sur une crise diplomatique avec la Colombie, précisant qu’ils n’ont pas reçu l’ambassadeur de ce pays, comme annoncé par de nombreux médias en ligne.

Le montage de cette affaire n’est pas sans rappeler celui qui avait suivi les dérapages verbaux du ministre de la Communication. En juin 2014 à la Chambre des représentants, Mustapha El Khalfi avait exprimé son désaccord quant à la diffusion de telenovelas doublées en darija en accusant maladroitement Al Aoula et 2M de vouloir faire du royaume « un bordel mexicain ». Là aussi, des supports de la presse écrite avaient fait état de la colère du Mexique mais sans apporter de preuves appuyant leur version.

 

12/04/2016