Christopher Ross est au Maroc depuis samedi dernier. Après des entrevues avec les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, l’émissaire spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a été reçu par le Souverain. L’audience royale a permis de recadrer le traitement du dossier du Sahara, après le retrait de la confiance du Maroc et la conversation téléphonique du patron de l’ONU avec le Souverain en août dernier. Rabat reste «engagée dans la recherche d’une issue à ce conflit artificiel, sur des bases saines et durables, dans le cadre de la proposition marocaine de large autonomie, saluée par la communauté internationale comme sérieuse et crédible». Officiellement, Ross devrait procéder à un échange de vues avec des interlocuteurs-clés afin de progresser vers une solution politique mutuellement acceptable.

Ce qui attire l’attention est que cette tournée de Christopher Ross diffère des précédentes. En effet, après des entrevues avec les officiels, Ross a cherché à rencontrer d’autres acteurs. Programmer des rendez-vous avec des personnes de la société civile et de la classe politique est une première. Hier, il devait rencontrer les chefs des partis.

Ces derniers doivent s’impliquer davantage pour montrer que la question du Sahara n’est pas seulement une affaire de l’Etat, comme chez nos voisins algériens, mais une cause de tout un peuple. Visiblement, avec cette nouvelle démarche, Ross veut tâter le terrain et prendre le pouls, avant de transmettre ses conclusions au secrétaire général et de présenter son rapport au Conseil de sécurité en novembre. En outre, cette évolution dans l’approche du dossier intervient dans un contexte particulier, avec l’entrée du terrorisme dans l’équation.  En effet, le lien entre l’Aqmi (Al Qaida au Maghreb islamique) et le polisario n’est plus à démontrer. A cela s’ajoute  l’accroissement de la menace sécuritaire dans la région du Sahel et sur laquelle se penche la communauté internationale. 

D’ailleurs, le nord du Mali est contrôlé par des terroristes équipés d’armes libyennes. Tous les politologues affirment que c’est une bombe à retardement et  les Etats-Unis commencent à réaliser l’ampleur de la menace terroriste sur leurs intérêts économiques dans la région. Hilary Clinton était le week-end dernier à Alger, avec l’objectif d’obtenir son aval pour l’opération militaire au nord du Mali. Samuel Kaplan, l’ambassadeur américain, multiplie les contacts avec les chefs des partis politiques au Maroc. Il a rencontré le nouveau patron de l’Istiqlal, Hamid Chabat, la semaine dernière. Parmi les dossiers abordés par le diplomate américain, le Sahara marocain.  Il était lundi chez le Mouvement populaire.

Ces initiatives américaines semblent avoir une relation avec le déplacement de Christopher Ross dont  la mission ne se limite plus à la promotion d’une solution politique mutuellement acceptable. Après la conversation téléphonique de Ban Ki-moon avec le Souverain en août dernier, elle s’est élargie pour s’étendre aux relations bilatérales Maroc-Algérie. Ces questions bilatérales sont évidemment liées à l’affaire du Sahara marocain.

Visiblement, l’ONU commence à prendre conscience que dans cette affaire, le couple Maroc-Algérie est décisif. Un diplomate occidental affirmait dernièrement que «le jour où le Maroc et l’Algérie s’entendront, ce problème sera résolu». En effet, la clé du problème se trouve à Alger. Le Maroc avait déjà attiré l’attention de la communauté internationale sur cette particularité.  En effet, le conflit oppose réellement les deux pays voisins. Et le polisario est un instrument entre les mains de la sécurité algérienne. D’ailleurs, l’initiative du président tunisien Moncef Marzouki pour réunir un sommet des chefs d’Etat du Maghreb cette année semble un vœu pieux: celui-ci a été reporté aux calendes grecques. Ce qui démontre que l’axe de Rabat est essentiel dans la construction maghrébine. A rappeler qu’à l’occasion de l’audience royale, le Souverain a réitéré l’attachement du Maroc à l’instauration de relations fraternelles et exemplaires avec l’Algérie, un préalable à l’édification d’un Maghreb uni.

Un habitué de la région

Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, est un vieux routier de la diplomatie. Né aux Etats-Unis en 1943, il a assumé plusieurs fonctions, notamment en tant que coordinateur de la lutte antiterroriste au sein du Département d’Etat américain.

Lors de sa nomination en remplacement de l’ex-envoyé spécial Peter Van Walsum, sa bonne connaissance du monde arabe, particulièrement la région du Maghreb, a été présentée comme un atout. D’autant plus qu’il avait passé plusieurs années dans cette région en tant qu’ambassadeur en Syrie et en Algérie. Christopher Ross parle la langue arabe.

01/11/2012