Transport, liaisons aériennes, maritimes, routières, plateformes logistiques, zone franche commerciale: telles sont les principales recommandations pour faire des troirs régions du sud un hub commercial et logistique entre le Maghreb, le Maroc et l'Afrique de l'Ouest.

Parmi les recommandations du Nouveau modèle de développement pour les provinces du Sud (NMDPS) préconisées par le Conseil économique, social et environnemental (CESE)  figure celles de faire des provinces du Sud un hub africain ainsi qu'une plateforme d'échanges sahariens.

Un regard sur la carte permet très vite de constater que la zone qui s'étend de Tan Tan à Dakhla et Lagouira, plus de 59% du territoire marocain, est située entre le Maghreb et la zone du Sahara et du Sahel qui commence dès le sud d'Agadir pour se poursuivre jusqu'au sud de la Mauritanie. La région dispose par ailleurs d'une très vaste façade maritime atlantique.

Dans son rapport de 120 pages, plusieurs développements sont consacrés à ce choix. Le CESE parle de "porte d'entrée vers l'Afrique" qui peut s'appuyer sur un fort héritage de relations humaines et économiques, "une proximité culturelle et des références religieuses et spirituelles" communes.

Infrastructures et logistique

Le rapport évoque "la dimension géostratégique des provinces du Sud et la proximité culturelle avec les pays subsahariens qui sont fondamentales pour l'avenir de la région euro-africaine" pour souligner que "le développement intégré de nos provinces du Sud en fera un espace-clé, porteur de paix, de stabilité et de prospérité qui contribuera à transformer la sous-région africaine et lui permettra de dépasser les entraves de la pauvreté et de l'insécurité".

Pour concrétiser cette vocation de hub africain, le rapport souligne la nécessité d'"infrastructures de transport (portuaire, aérienne, routière, électrique) afin que ces régions soient en mesure de devenir des plateformes logistiques et qu'elles puissent mieux acheminer les produits vers les nouveaux marchés".

Aujourd'hui, les liaisons aériennes entre Casablanca, Rabat et Laayoune et Dakhla sont plus nombreuses qu'il y a quelques années mais toujours chères, plus de 3.000 DH par passager par exemple pour un billet aller et retour. L'infrastructure routière et ferroviaire notamment reste à développer. Il existe quelques liaisons aériennes entre les villes du littoral saharien et Las Palmas (Canaries) également. Le rapport préconise d'étudier la possibilité de créer une compagnie aérienne régionale.

Les distances séparant Agadir et Laâyoune, 670 km, Laâyoune et Dakhla, 540 km, et Casablanca et Laâyoune, 1100 km, donnent une idée de l'importance des infrastructures et des espaces à aménager. Une rocade autoroutière le long du littoral ainsi qu'un maillage routier plus dense sont préconisés par le rapport.

Coopérations

Des coopérations dans l'agro-alimentaire, le tourisme, les énergies renouvelables, la santé, l'enseignement et la formation permettraient selon les auteurs du rapport "de renforcer cette dimension africaine des provinces du Sud".

Si le Maroc développe, en effet, depuis plusieurs années une stratégie africaine, de nombreux autres pays font de même. Il peut se révéler fructueux de les y associer.

Mais plus que le constat du potentiel et de la mise en place d'infrastructures, aucun résultat positif ne pourra être obtenu si dans le même temps, les conditions de la création d'activités économiques importantes ne sont pas réunies, note le CESE.

Pour cela, le rapport préconise des "mesures structurantes majeures" pour développer le commerce et les services marchands : adaptation du cadre d'investissement aux spécificités régionales; assainissement de la situation de foncier; réservation du foncier pour le commerce et les activités logistiques; création de plateformes logistiques modernes à Laâyoune, Guelmim et Dakhla; création d'une filière professionnelle aux métiers de la logistique.

Le NMDPS souligne que "le développement du commerce et des services des provinces du Sud participera à soutenir la stratégie africaine du Maroc qui vise à développer des complémentarités avec les pays voisins pour leur approvisionnement en produits et marchandises".

Le CESE recommande la création d'une zone franche à Birgandouz, comme "plateforme de commerce susceptible de capter une part des échanges subsahariens".

Au sud l'Afrique, à l'ouest l'Atlantique

Sur le plan économique, les pistes de développement préconisées pour faire de Laâyoune un hub entre le Maroc et l'Afrique de l'Ouest et entre l'Europe et le continent africain, font penser, toutes proportions, à ce que Miami est aux Etats-Unis en matière de relations économiques avec le sous-continent latino-américain.

Pour cela, le rapport note qu'il faut mettre en place, outre l'infrastructure de transport, "des plateformes logistiques et qu'elles puissent mieux acheminer les produits vers les nouveaux marchés".

Incontestablement, la situation géographique des provinces est pertinente et stratégique pour un positionnement en tant que hub africain et en tant que plateforme d'échanges sahariens.

Le développement résolu d'un tourisme qualitatif, de niche et compétitif par rapport aux Iles Canaries voisines, intégrant une offre de loisirs attractive (Sports, shopping) pour des consommateurs maghrébins, africains et européens peut marquer une rupture positive et attractive de l'offre.

En matière d'ouverture vers les pays du Nord, ceux du Sahel et ceux de l'Afrique de l'Ouest, le développement de partenariats en matière de formation, de recherche et de développement en nouvelles technologies ouvert sur les professionnels et les jeunes diplômés des pays de la région peut créer une dynamique rompant avec des schémas de développement classiques.

Le développement ne se mesure pas seulement en kilomètres de routes bitumées et en mètres carrés de planchers, mais également en emplois créés directement et indirectement dans les domaines de la recherche, du savoir et de la connaissance. Dans une perspective de hub africain ou une plateforme d'échanges sahariens, la formation et la connaissance ont leur place.

L'option "africaine et saharienne" des provinces du Sud peut se révéler, si elle est poursuivie avec méthode et résolution, un facteur de développement local à haute valeur ajoutée participant "à soutenir la stratégie africaine du Maroc" comme le note le NMDPS.

"Plus largement, souligne le rapport, la dimension atlantique du Maroc en général et des provinces du Sud en particulier, lui permettrait de devenir une véritable plateforme économique entre le Nord et le Sud. Elle prendrait dès lors appui sur les accords de partenariats signés avec l'Union européenne, les Etats-Unis, le Monde arabe et les pays africains".

Sur les plan de la géographie, de l'économie internationale de ce XXIème siècle, de la logistique et du développement régional, les options de hub africain et de plateforme saharienne ne relèvent pas que de l'utopie.

12/11/2013