Le secrétaire général de l’ONU a tenu des «déclarations partielles» favorables à Alger Et a omis de rappeler à l’Algérie la nécessité d’organiser un recensement à Tindouf Il a remis sur la table l’option, inapplicable, du référendum.

«Les membres de la Minurso sont prêts à organiser un référendum s’il y a un accord entre les parties». La déclaration du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, est aussi surprenante qu’inattendue. Sa visite dans la région, l’ayant conduit en Mauritanie, en Algérie et dans les camps de Tindouf, avait pour objectif de «faire reprendre les pourparlers entre le Maroc et le Polisario». Or, en remettant sur la table l’option du référendum, inapplicable de l’avis même des Nations unies, le secrétaire général fait preuve de tergiversations sur ce dossier. «Les déclarations de Ban Ki-moon lors de cette tournée montrent sa faible connaissance du dossier. Il semble ne pas disposer de tous les éléments pour comprendre la situation», a estimé le politologue Abderrahim Manar Slimi. En faisant allusion au référendum, le SG de l’ONU risque de faire perdurer le statu quo. Surtout que pour le Maroc la proposition d’autonomie, considérée comme «solution crédible et réaliste», est la limite de ce qu’il peut offrir.

Sahara: Les dérapages de Ban Ki-moon

Globalement, la visite de Ban Ki-moon, dont le mandat prend fin cette année, a été marquée par une série de dérapages. «Lors de sa visite dans la région de Bir Lahlou, il était accompagné d’un responsable du Polisario. Or, cela est contraire à l’impartialité qui doit marquer son action. Surtout qu’il s’agit d’une zone tampon», selon Manar Slimi. Cette partialité s’est confirmée en Algérie où le SG de l’ONU «a eu des déclarations soutenant les thèses de l’Algérie», a-t-il ajouté. Une sortie de route qui confirme les soupçons de Rabat, qui avait déjà retiré sa confiance à l’envoyé spécial, Christopher Ross, en 2012. Pourtant, c’est Ross qui a été à nouveau chargé de «reprendre ses tournées dans la région pour tenter de relancer les pourparlers».

 

Aujourd’hui, «la diplomatie marocaine est appelée à mettre en place une stratégie pour protester contre ce parti pris de Ban Ki-moon», a souligné ce politologue. Ceci est d’autant plus important que cette visite intervient à quelques semaines de la présentation du rapport annuel sur ce conflit devant le Conseil de sécurité. Plusieurs observateurs ont aussi pointé la partialité du SG de l’ONU, surtout lors de son étape algéroise. Il a omis de faire pression sur les autorités algériennes pour se conformer à certains appels du Conseil de sécurité. En tête, l’importance d’organiser un recensement des populations de Tindouf. Lors de son passage dans ces camps, il a dit «comprendre la colère qui montre que les Sahraouis sont oubliés de la communauté internationale». Une déclaration qui «prouve que ce dossier ne constitue pas une priorité internationale», selon Manar Slimi. Or, la non-résolution de ce conflit artificiel risque d’augmenter les menaces dans une région déjà fragilisée par la floraison de mouvements terroristes et de trafiquants de tous bords. «C’est une carte qui doit être bien exploitée par la diplomatie marocaine», a estimé ce politologue. Surtout que Rabat constitue un allié sûr dans la région, marqué par sa stabilité institutionnelle et politique, et dont le rôle est incontournable dans les efforts de lutte contre le terrorisme. C’est l’un des reproches faits à Ban Ki-moon. Si lors de sa visite en Mauritanie, il a évoqué le dossier du Sahara dans une approche globale portant sur la sécurité dans toute la région, cela n’a pas été le cas lors de l’étape d’Alger. Or, il a lui-même reconnu que «si les choses ne progressent pas sur le plan politique, la crise humanitaire, à savoir les atteintes à la sécurité, y compris les attaques de Daech, se multiplieront et gagneront du terrain». Sa visite aux camps de Tindouf lui ont permis de constater, in situ, l’état catastrophique des populations locales, privées des aides alimentaires internationales, détournées par des responsables du Polisario, selon plusieurs rapports internationaux. Sans pointer du doigt ce problème, Ban Ki-moon s’est contenté d’annoncer la tenue d’une réunion humanitaire à Genève, pour renforcer l’aide apportée dans les camps.

 

«Il s’agit d’une grande réunion dont l’un des points porte sur cette question, contrairement aux rumeurs véhiculées sur la consécration de cette rencontre pour mobiliser les fonds au profit de ces populations», a précisé Manar Slimi.

 

Blocage

 

La visite de Ban Ki-moon dans la région, la dernière dans son mandat, n’a pas concerné le Maroc, car sa date ne convenait pas à l’agenda du Souverain, en visite à l’étranger. Au moment où les observateurs s’attendaient à ce que Alger soit bousculée pour mieux s’impliquer dans la résolution de ce conflit artificiel, les autorités algériennes en ont profité, «via des interprétations fallacieuses, pour faire croire à une crise entre Rabat et l’ONU», selon Nezha El Ouafi, député PJD. Durant cette tournée, le SG de l’ONU a «déploré qu’aucun progrès réel n’a été fait dans les négociations». Or, «c’est l’Algérie qui est la principale cause du blocage, dans la mesure où elle n’a mené aucune initiative pour dépasser le statu quo», a-t-elle ajouté.

 

08/03/2016