Des experts sécuritaires mettent en garde contre les foyers de séparatisme et sa collusion avec le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne

Marrakech - Des experts et spécialistes des questions sécuritaires ont mis en grade, vendredi à Marrakech, contre les foyers du séparatisme et de rébellion dans de nombreuses zones en Afrique, particulièrement dans la zone sahélo-saharienne, et ses collusions avérées avec la criminalité transfrontalières et les réseaux terroristes.

Les participants à une plénière du Forum Africa-Sec 2015 sur le thème "Les foyers de séparatisme et de rébellion : des zones grises dans un espace sahélo-saharien instable", ont convenu que les foyers de séparatisme, qui transforment de vastes étendues en zones de non-droit, constituent un espace fertile pour le développement du terrorisme et de la criminalité transfrontalière dans de le cadre de relations complexes et des intérêts ambigus.

Les groupes armés séparatistes dans de nombreuses zones de conflits à travers l'Afrique, et particulièrement dans la vaste bande sahélo-saharienne, ont tendance, avec preuves récurrentes à l'appui selon les intervenants, ont toujours tendance à développer des relations d'intérêt mutuel avec le crime organisé et les réseaux terroristes dans le cadre de trafic d'armes, trafic d'êtres humains et pillage des ressources naturelles.

Ces relations dangereuses entre les deux parties sont motivées par des objectifs divergents dans l'intérêt immédiat (financement pour les séparatistes et instabilité favorable à la prospérité des réseaux terroristes et le crime organisé) mais avec des conséquences communes, telles la fragilisation des Etats et l'instabilité qui peut affecter les pays du voisinage et toute la région.

Zakaria Ousman, président du centre pour la paix et le développement durable, a évoqué le drame soudanais qui illustre parfaitement ce péril avec des conséquences tragiques pour les populations et les Etats.

Quatre ans après l'indépendance du Sud-Soudan et loin de parvenir à une quelconque paix, le Sud-Soudan est désormais un espace de non droit où sévit conflits communautaires (seigneurs de guerre, religieux, groupes armés répondant la terreur) avec tous les ingrédients d'une situation explosive aux répercussions néfastes sur les pays du voisinage, a-t-il dit.

Au lieu de s'engager sur la voie de la paix et de la stabilité, le territoire indépendant se trouve dans un état de faillite générale, sous la coupe de groupes armés et des tiraillements autour du pouvoir et des richesses du pays sur fonds de dangereuses rivalités ethniques, a-t-il expliqué.

Le vide sécuritaire, un Etat nation déstructuré, la corruption généralisée, une armée qui s'apparente à des milices, le pays s'est transformé en "triangle des Bermudes" avec des populations abandonnées qui ont décidé de se prendre en charge et créer des Etats dans l'Etat dans une situation de chaos total, a-t-il révélé, précisant que le Sud Soudan est devenu ainsi un véritable champs de bataille pour divers conflits des pays voisins.

La balkanisation du Soudan et l'échec de l'aide des Nations Unies et de l'Union Africaine à stabiliser le Sud-Soudan a donné lieu à une zone de non droit et le pire est à venir dans cette région déjà fragilisée par une multitude de conflits, a-t-il affirmé.

Zannou André Corneille Sehou, président-adjoint de l'Institut de recherche pour la paix et la sécurité internationale, a traité, quant à lui, de la collusion entre les foyers de séparatisme, la criminalité transfrontalière et les groupes terroristes.

Il est évident que dans de ces "zones grises", les mouvements séparatistes trouvent un allié logique en les groupes du crime organisé et les réseaux terroristes qui lui assurent financement, alors que ces dernier trouvent leur compte dans l'affaiblissement des Etats et l'émergence de zones de non-droit favorables à la prospérité de leurs activités criminelles.

Avec la fragilité des Etats et le repli de son rôle de sécurité et de développement sur de vastes régions, une spirale infernale s'installe avec des populations réduites à la pauvreté extrême qui alimentent en recrutement les rangs des organisations terroristes et des réseaux criminels, a-t-il expliqué.

Pour sa part, Deida Jedna, directeur de publication du "Quotidien de Nouakchott", a estimé que les sources de conflits qui dégénèrent un peu partout dans les pays de la zone sahélo-saharienne trouvent leur origine dans les effets pervers du découpage colonial.

Dans un contexte marqué par la pauvreté, la mauvaise répartition des richesses et un développement à l'arrêt, les mouvements séparatistes, vestiges de rivalités géopolitiques du passé, trouvent leur salut actuellement dans la collusion avec les groupes terroristes et le crime organisé pour financer leur prétendues causes, a-t-il dit, citant à titre d'exemple le "polisario" dont des membres ont été pris en flagrante collaboration avec des groupes terroristes et des narcotrafiquants de la région du Sahel.

Il a formulé, à cette occasion, le vœu de voir les pays du Maghreb transcender les clivages politiques et les divergences pour faire face aux véritables défis sécuritaires de la région, concrétiser l'intégration régionale vectrice de développement et véritable rempart contre la menace terroriste.

D'autres intervenants à cette plénière ont traité de la situation de divers conflits dans les pays de la bande sahélo-saharienne et en Afrique de l'Ouest. Des Shebab en Somalie et de la tentaculaire AQMI au Sahel, au groupe Boko Haram qui défraye souvent la chronique par ses actes particulièrement violents et cruels, les experts de cette rencontre ont convenu que le séparatisme et le terrorisme font bel et bien bon ménage et menacent la sécurité et la stabilité de toute une région.

En guise de solution, ils ont plaidé une coopération sécuritaire sincère entre les pays de la région, la reconnaissance constitutionnelle des droits des minorités en vue de parer aux frustrations sources de velléités séparatistes, un développement équilibré et soucieux d'une répartition équitable des richesses, la promotion de la démocratie, la bonne gouvernance et le respect des libertés individuelles et collectives.

Plus de 300 hauts responsables civils, militaires, sécuritaires, experts et représentants d'organisations internationales participent à la 6-ème édition de "Marrakech Security Forum" (Africa Sec-2015) qui se déroule les 13 et 14 février courant à Marrakech.

La rencontre, placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI sous le thème "L'Afrique face aux menaces transnationales et asymétriques", aborde une multitude de sujets d'actualité relatifs à la sécurité sur le continent dont "Les fragilités sécuritaires en Afrique du Nord et la progression des menaces transnationales asymétriques", "Le Sahel-Sahara: des conflits mal éteints ou le risque d'un nouveau cycle de violences", "Les foyers de séparatisme et de rébellion: des zones grises dans un espace sahélo-saharien instable".

Les participants à cette rencontre de haut niveau abordent aussi des thèmes portant sur les "défis de la sécurité maritime en Méditerranée, dans la Corne d'Afrique et en Atlantique Sud (piraterie, terrorisme)", les "Pandémies (Ebola...): menaces sur la sécurité sanitaire en Afrique", "les menaces émergeantes: enjeux multiples, évolutifs et complexes (risques, menaces de terrorisme chimique et biologique)".

Au programme de ce conclave figurent également "les combattants terroristes étrangers: une nouvelle menace à la sécurité internationale", "l'Afrique face à la cybercriminalité et au cyber-terrorisme" et "La Libye: quelles perspectives".

16/02/2015