Cette stratégie algérienne vise à mieux contrôler le Nord du Mali et s'imposer aux puissances occidentales qui s'installent au Sahel, écrit, lundi, l'hebdomadaire malien Procès-verbal dans un article intitulé: "Nord Mali: le nouveau repaire des combattants du Front Polisario"

"Le Mali est victime de sa position géographique. Sa partie septentrionale fait frontière avec l'Algérie, le Niger et la Mauritanie. Or, le puissant voisin algérien se trouve, depuis 1960, dans une compétition géostratégique avec le Maroc pour la domination du Sahel et de sa périphérie", écrit Procès-verbal, ajoutant que l'Algérie a trouvé le meilleur moyen de faire mal à son voisin marocain: entretenir le Front Polisario, bras armé de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

"C’est pour mettre les combattants sahraouis à l’abri de toute attaque-surprise que l’Algérie a œuvré à leur installation progressive sur le territoire malien", croit savoir la publication, ajoutant que les soldats du Polisario ont pris leurs quartiers à Intadéni, à quelque 25 kilomètres de Kidal.

"Bien cachés dans le vaste désert, leurs armements n’apparaissent pas aux yeux d’un visiteur quelconque. Et le jour, ces bonshommes portent l’habit et le turban de paisibles bergers touaregs", ajoute la même source, notant qu'en cas de nécessité, ils forment aussitôt une armée redoutable.

« Avec AQMI et la Coordination des Mouvements de l’Azawad, les combattants du Polisario contrôlent le commerce illicite des armes et de la drogue dans le grand nord malien, sans eux, pas moyen de convoyer ces marchandises vers la Libye et l’Europe », relève l'hebdomadaire, citant une source bien informée.

D'après Procès-Verbal, c’est grâce au renfort des soldats sahraouis que la CMA est parvenue, en 2014, à chasser l’armée malienne de Kidal.

L'Algérie, à travers le bras d’armée du Polisario déployé dans le désert malien, fait d’une pierre sept coups, à savoir maintenir son emprise sur un "noman’s land" frontalier riche en ressources minérales, contrôler les axes de trafic de la région, pouvoir faire pression sur AQMI et la CMA en cas de besoin et se rendre incontournable dans tout règlement de la crise malienne.

Elle vise également à peser sur la diplomatie malienne aux dépens des intérêts du Maroc, constituer une puissante force de réserve en cas d’hostilités déclenchées par le Maroc et garder une forte marge de négociation avec les puissances occidentales, telle que la France, qui s’installent au Sahel pour de bon.

Selon la même source, les soldats du Polisario déployés au nord-Mali ne sont qu’une petite fraction de l’Armée populaire de libération sahraouie (APLS), qui compte une force de 7.000 militaires répartis entre 7 régions militaires, en l'occurrence celles de Zoug, de Tifariti, de Mijek, de Meres, de Bir Lahlou, de Tindouf et de Sellaourich.

Chaque région militaire se compose de 6 bataillons comptant chacun 5 unités militaires. L’APLS, comme toute armée, dispose de services de communications, d’analyse tactique, de médecine, d’approvisionnement et d’intendance.

"A Tindouf, 6ème région militaire de l’APLS, siège le commandement général. L’APLS compte plusieurs casernes, d’importants stocks d’armes et de munitions, des chars, des blindés et des canons. La caserne Al-Kaïda abrite même des usines de fabrication de matériels destinés aux soldats : chaussures, treillis, casquettes, etc", fait savoir Procès-Verbal, selon lequel les hommes de l’APLS ont une solide expérience du milieu désertique et un encadrement rompu aux stratégies de guerre.

"L’essentiel de l’équipement de l’APLS est d’origine soviétique. Ses capacités révèlent la présence de 74 chars de combat composés de T-62, T-55 et T-50 russes, de véhicules blindés pour le transport de troupes, de systèmes pour la défense anti-aérienne (SA-6 et SA-9), de mortiers et de lance-roquettes de toutes sortes", conclut la même source.

31/01/2017