Un document déclassifié révèle la furie de Boumediene

Médias 24 rapporte que Boumediene menaçait de mettre le feu au Maghreb et au Moyen-Orient après l’annonce de la marche verte.

 

Alors que des archives ont été déclassifiés par le département d’Etat Américain, de nouvelles pièces s’ajoutent au puzzle du Sahara marocain et des relations algéro-marocaines. Après avoir pris connaissance de ces documents, le Quid.ma reproduit cette pièce historique que nos confrères de Médias24 ont révélée. Les documents dévoilent l’implication de l’Algérie dans la pérennisation du conflit du Sahara sans rapport avec aucune considération de principes.

La traduction des archives déclassifiés par le département d’Etat Américain, met au grand jour l’étonnement de Kurt Waldheim alors S.G de l’ONU devant la colère de Boumediene. S’en inquiétant il en informe Kissinger, à l’époque secrétaire d’Etat américain.

Kurt Waldheim: « La réaction du président Boumediene est sérieuse. Je ne l’ai jamais vu aussi furieux et hors de contrôle qu’en cette occasion. »

Octobre 1975: Kurt Waldheim de retour à New York après une visite à Rabat, Nouakchott, Alger et Madrid appelle Henry Kissinger au téléphone.

En 1975, le bras de fer entre le Maroc, l’Espagne et l’Algérie est tendu autour du dossier de la décolonisation du Sahara. En septembre 1974, lors d’une conférence de presse Hassan II avait affirmé que «l’année 1975 serait celle de la récupération du Sahara». Il aura tenu parole.

A partir du 16 octobre 1975, Rabat est fort d’une résolution de la Cour internationale de justice de La Haye qui reconnaît l’existence de «liens juridiques d’allégeance entre les populations du Sahara occidental et la monarchie marocaine».  Face aux blocages espagnol et algérien, Hassan II envisage d’organiser la Marche Verte. A Madrid, Francisco Franco est mourant.

Le 25 octobre 1975, le secrétaire général de l’ONU Kurt Waldheim s’envole pour Rabat. Il ira ensuite à Nouakchott, puis Alger et Madrid. Le 29 octobre, il a le chef de la diplomatie américaine Henry Kissinger au bout du fil. Kissinger a servi sous les administrations Nixon et Ford de 1973 à 1977.

KW: «Henry, je voulais vous transmettre mes impressions sur le Sahara. L’émotion au Maroc est vive et rend difficile de discuter sereinement de la situation. L’émotion est vive, y compris chez le Roi. Il veut organiser la Marche, et n’est prêt à y renoncer que si l’Espagne accepte de lui céder le Sahara à lui et à la Mauritanie».

«La réaction du président Boumediene est sérieuse. Je ne l’ai jamais vu aussi furieux et hors de contrôle qu’en cette occasion».

HK: «Il est toujours très maître de lui.»

KW: «Il a fait une référence rapide à la résistance du Polisario, mais il a dit que cela ne serait pas le pire. Que si cela arrive, cela aurait des répercussions non seulement sur les pays voisins mais aussi au Moyen-Orient. (…) Je veux insister sur l’état d’esprit de Boumediene qui est très déterminé et qui semble décidé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer toute solution décidée entre le Maroc et l’Espagne».

«A Madrid, nous avons discuté d’une solution de compromis avec une administration intérimaire composée des Marocains, des Mauritaniens et de représentants des populations du Sahara espagnol».

HK: «Comment voulez-vous qu’on procède?»

KW: «Je pense qu’il est important d’envoyer un message au Roi pour arrêter la Marche car le vrai danger s’il franchit la frontière est que la résistance ne viendra pas des Espagnols. Les Espagnols, je crois, ne sont pas prêts à se battre.  J’ai été frappé par la manière dure et émotionnelle avec laquelle Boumediene a réagi. Il a dit que si cette solution venait à être appliquée, la région prendrait feu. Il a traité le président Ould Daddah [Mokhtar Ould Daddah, président de la Mauritanie] d’hypocrite».

Le secrétaire général des Nations-Unies revient longuement sur  la position d’Alger, les conséquences négatives d’un accord maroco-espagnol selon Boumedienne.

HK: «D’accord, bien, je garde cela en tête. Je vous dirai ce que nous envisageons de faire».

Une fois la Marche Verte annoncée, le 2 novembre, Juan Carlos, chef d’Etat espagnol par intérim à l’époque et futur roi s’est rendu à Laâyoune. Alors que le roi Hassan II était à Agadir il a ordonné à Osman de lancer la Marche verte. Suite à quoi l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie ont signé un accord tripartite sur le Sahara mettant fin à la colonisation Espagnole au Sahara le 26 février 1976. Depuis, Alger n’a pas renoncé à sa revanche, n’arrivant toujours pas à digérer sa défaite lors de la guerre des sables.

09/10/2014