Rabat - Une conférence intitulée "la diplomatie marocaine et les défis de la nouvelle ère" a été organisée par le Cercle de la presse de l'Agence Maghreb arabe Presse (MAP), à Rabat, en présence d'académiciens spécialisés dans la chose diplomatique et les relations internationales.

Cette conférence, renommée "Session du regretté Mansour Madani" en hommage à un journaliste de la MAP décédé récemment, a permis de dresser une état des lieux des défis de la politique étrangère marocaine et ses perspectives d'avenir. 

 

Intervenant en cette occasion, l'académicien Tajeddine El Houssaini a mis en exergue les principaux défis auxquels doit faire face la diplomatie marocaine, lesquels se répartissent, en défis à caractère stratégique et politique, d'autres d'ordre économique, outre les défis de la communication et de la révolution informatique. 

 

Les défis stratégiques et politiques sont liés à la notion d'équilibre des rapports de force dans leur signification globale et régionale, a expliqué ce professeur des relations internationales à l'université Mohammed V de Rabat, soulignant, à cet égard dans ce sens, que le monde était bipolaire après la seconde guerre mondiale, ensuite il est devenu unipolaire pour passer enfin à un état multipolaire régi par les intérêts des alliés. 

 

Le Maroc, a-t-il poursuivi, a rejeté depuis son indépendance les systèmes du parti unique et de l'économie dirigiste, optant pour le multipartisme et l'économie libérale, ce qui a permis au bloc de l'ouest de l'avoir comme base forte pour lutter contre la propagation du communisme. 

 

Ces défis sont liés, selon lui, aux transformations profondes que connaît la scène internationale, notamment l'effritement de la notion traditionnelle de souveraineté et le recul de son rôle en raison de l'empiètement du droit international sur la compétence interne des Etats, qui sont dans l'obligation de rendre leurs lois internes conformes à celles en vigueur au niveau international, notamment dans le domaine des droits de l'Homme. 

 

El Housseini a en outre évoqué le principe de conditionnalité qui réduit le rôle de l'Etat, ainsi que les contraintes du système de marché et le développement effarant de la dominance d'un ordre économique mondial, estimant que la mondialisation, considérée comme étant l'idéologie du nouvel ordre mondial, ne s'est pas centrée sur le développement en tant que concept global et durable fondé sur le transfert de la technologie. 

 

"A l'aune de la transparence et de la diffusion des informations en raison du développement des moyens de communication et de la révolution informatique, le rôle de la diplomatie ne pouvait que se modifier dans cet espace changeant", a-t-il soutenu. 

 

Au volet des défis à caractère humain et démocratique, le conférencier a estimé que la démocratie ne se résume pas uniquement à des élections mais qu'elle doit être conçue comme un système qui inclut la majorité et l'opposition et tient en compte des équilibres qu'encadrent les partis, les instances politiques et la société civile. 

 

Il incombe à la diplomatie de faire rayonner l'image du Maroc, faire face aux contraintes, notamment à l'ère de la mondialisation du terrorisme, et de se muer en une diplomatie préventive, plus offensive, sans laquelle les résultats escomptés ne peuvent être atteints, a estimé l'expert en droit, en plaidant pour une diplomatie sereine et équilibrée et pour une approche plus réaliste et plus au fait des défis à relever. 

 

Et d'ajouter que cette diplomatie doit aussi être capable de mettre en avant la crédibilité du Maroc afin de gagner de nouveaux alliés et se rendre à l'évidence que l'affrontement vise uniquement à gagner de nouveaux marchés, d'investir à l'international, d'exceller dans le domaine sportif, de réaliser l'intégration régionale, de consacrer la coopération mutuelle, d'être à la quête d'autres moyens pour consolider ses assises et de placer la défense de la cause du Sahara marocain en tête des priorités dans la mesure où c'est une ligne rouge à ne pas dépasser. 

 

De son côté, le professeur des relations internationales à l'Université Mohammed V, Hassan Boukantar, a affirmé que la politique étrangère marocaine occupe une place importante sur le plan de la réflexion politique, arguant, dans ce sens, que la constitution marocaine figure parmi les rares constitutions ayant accordé un rôle important au domaine extérieur. 

 

Selon lui, le Maroc est présent dans de nombreux pays et gère plusieurs dossiers, ce qui pose des problèmes au niveau des acteurs, de la relation entre politiques interne et étrangère et à l'échelle des ajustements qu'il faut entreprendre pour affronter les manouvres des adversaires. 

 

Au volet de la conception large de la diplomatie qui doit englober aussi bien le côté officiel défini par la constitution, que partisan et civil, M. Boukantar a évoqué les messages adressés par SM le Roi Mohammed VI au forum diplomatique à Rabat et lors de l'ouverture de la session parlementaire. 

 

Il a également appelé au renforcement des pouvoirs législatif et exécutif dans le rayonnement de la diplomatie marocaine et à prendre l'initiative plutôt que de réagir à la publication de rapports internationaux comme ceux du parlement européen par exemple. 

 

Dans ce contexte, le chercheur a plaidé pour une diplomatie parlementaire et partisane effective, en indiquant que les adversaires du Maroc recourent à des moyens invraisemblables pour le contrarier en dépit du grand chantier des réformes entrepris par le Royaume, et en s'adonnent à la course aux armements, ce qui oblige le Maroc à renouveler son arsenal et renforcer son front interne pour poursuivre la série de victoires qu'il a remportées. 

 

L'universitaire marocain s'est dit en faveur de poursuivre les grandes réformes structurelles, celle de l'enseignement et des équilibres macro-économiques, d'assurer une croissance durable pour faire face aux problèmes de l'emploi et de réformer les caisses de compensations et des retraites. 

 

Il a en outre souligné que les politiques étrangère et interne sont liées et qu'il demeure opportun de garantir les ressources diplomatiques, tenir compte des droits de l'Homme, réviser les relations avec de grands pays d'Afrique et d'Asie, et de bannir la politique de la chaise vide parce qu'elle affecte les intérêts du Maroc. 

 

Le directeur du Centre de la diplomatie parallèle et du dialogue des civilisations, M. Abdelfettah El-Belamachi, s'est penché, quant à lui, sur les obstacles qui entravent l'opération de prise de décision en matière de politique étrangère marocaine, estimant que la nouvelle constitution offre une occasion de participer et de porter le gouvernement à mettre en œuvre une stratégie à sa politique externe. 

 

M. El Belamachi a jugé nécessaire d'institutionnaliser la diplomatie parallèle sous forme d'instance ou de regroupement qui implique tous les acteurs, et de mettre en place une stratégie durable, sans occulter le rôle que peut remplir la communauté marocaine résidant à l'étranger, en estimant que l'adhésion du Maroc au plan de lutte contre le terrorisme et son ouverture économique sont des indicateurs de sa réussite. 

 

Le chercheur a appelé à intensifier les rencontres et le dialogue sur le plan national, en mettant en avant la dimension de rayonnement que peut remplir la diplomatie culturelle dans son espace africain, en particulier. 

 

Cette conférence, organisée à la salle Mostapha Khoudi et animée par le journaliste Mohamed Cherki, a été marqué par une récitation de versets du Saint Coran en recueillement pour le repos de l'âme du journaliste de la MAP Mansour Madani qui s'est éteint il y a quelques jours à l'âge de 59 ans.ER---TRANH/AR MAP 290543 GMT nov 2013

29/11/2013