Lorsque les négociations d’achat des Rafale par le Maroc ont échoué avec la France, les Etats-Unis ont profité de la confusion parisienne pour arracher le marché. Récit d'un fiasco.

 

Avril 2006. Le roi Mohammed VI envisage d’acheter une vingtaine de Rafale de la France, assurant que ce type d’avion correspondait parfaitement aux besoins du Maroc. L’espoir revient aux Français qui tablaient sur un succès du Rafale à l’instar de son prédécesseur, Mirage. Ce ne fut pas le cas…Et c'est l'émission Spécial Investigation de Canal+ qui a dévoilé les dessous d'un cuisant échec de la diplomatie économique française. Avec le Maroc, la vente semble être gagnée d’avance pour la France étant donné qu’elle est le premier partenaire commercial du royaume. L’opération se complique lorsque le Maroc se retrouve face à deux interlocuteurs pour négocier l’achat.

 

  D’un côté, Dassault Aviation, le constructeur de l’avion, et d’un autre le gouvernement français, représenté par le ministère de la défense. Le désaccord se confirme au niveau des prix. Le ministère de la défense propose ainsi 18 avions au Maroc aux prix de 1,8 milliard d’euros. Quelques jours après, le constructeur gonfle le prix et propose, lui, 18 avions à 2,5 milliards d’euros. Lorsque les Marocains expriment leur incompréhension, Michelle Alliot-Marie, ministre de la défense à l’époque, prend immédiatement contact avec Dassault, lui demandant de baisser le prix. Après une série de discussions et de négociations, la réponse du constructeur est un non catégorique. "Les avions étaient chers parce que le Maroc nous a demandé d’y rajouter quelques options qui nécessitent des coûts supplémentaires. On n’a jamais été gourmand et ne peut jamais vendre à perte. Nous gérons nos négociations d’une certaine manière. C’est simple", se défend Eric Trappier, directeur général de Dassault aviation, 5 ans après l’échec de l’opération avec le Maroc. Il souligne également qu’il refuse que son entreprise en soit tenue responsable. 

 

L’échec

Début 2007. Le gouvernement français et le constructeur parviennent à harmoniser leurs prix à 2,1 milliards d’euros. Cette fois, c’est le mode de financement qui pose problème. Si le ministère de la défense propose un crédit aux Marocains, le ministère de l’économie, en la personne de Thierry Breton, exige un payement cash. A l’époque, le Maroc devait déjà 800 millions d’euros à la France. "On s’est heurté à deux logiques totalement différentes. Celle du déséquilibre financier qui nous mène à la considération de la dette et qui nous à pousser à hésiter pour ouvrir une ligne de crédit supplémentaire à un pays fortement endetté. En même temps, on avait besoin d’un pays qui allait déclencher l’achat du Rafale au niveau international et ainsi redorer l’image de l’industrie aéronautique militaire française", explique la ministre de la défense de l'époque, ajoutant qu’elle était prête à fournir un effort et à prendre ce risque. A ce moment-là, l’Elysée, en pleins élections présidentielles, refuse de trancher entre les deux parties. 

 

Les Américains plus forts

 

Les Etats-Unis profitent ainsi de la confusion qui règne à Paris pour faire une offre plus intéressante aux Marocains. Au lieu des 18 Rafale, Ils proposent 24 chasseurs F16 à 1,6 milliard d’euros (seulement) et accordent aux Marocains un crédit presque gratuit en plus d’une aide au développement en guise de bonus. L’opération se déroule comme sur des roulettes et en 2011, le Maroc annonce fièrement la livraison des premiers F16 américains. Contrairement à la France, les Etats-Unis négocient en tant que pays, sans passer par une entreprise.

 

Après avoir raté la cible marocaine, la France reconnait qu’elle n’a plus le pouvoir de vendre "n’importe quoi" comme il y a 40 ans. Surtout qu’après l’échec marocain, d’autres désillusions ont suivi. C'était la fin des colonies, conclue le reportage.

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26/04/2016