Bilan du mandat du Maroc en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité, la candidature du Royaume au conseil des droits de l’Homme de l’ONU, bilan de l’action diplomatique marocaine lors de la 68e Assemblée générale des Nations unies, affaire du Sahara… Tels sont les principaux axes de l’entretien que le ministre des Affaires étrangères et de la coopération a bien voulu accorder au «Matin» et que nous vous proposons en exclusivité.

Le Matin : Le mandat du Maroc en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité tire à sa fin. Quel bilan en faites-vous ? 

Saad-Eddine El Othmani : En tant que membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU, le Maroc a œuvré pour la promotion de la paix et la stabilité dans le monde. Mais plus spécifiquement, il a joué un rôle important dans la défense des intérêts et des causes du continent africain. Il ne faut pas oublier que son élection en octobre 2011 était intervenue dans le cadre du groupe Afrique. De même, en tant qu’unique membre arabe de ce Conseil, le Maroc s’est attelé bien entendu à faire entendre la voix des pays arabe et à défendre leurs causes.

«En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité, le Maroc a réalisé un travail important»

 

S’agissant des affaires africaines, je peux dire que le Royaume a eu l’honneur de présider le Conseil de sécurité (CS) à une période critique de l’évolution de l’affaire malienne. Ainsi, il a présidé une réunion de haut niveau à laquelle ont assisté les ministres des Affaires étrangères des pays membres du Conseil de sécurité. Cette réunion a été consacrée à la problématique sahélo-saharienne et aux défis y afférents. C’est ainsi qu’une déclaration présidentielle a été publiée à ce sujet. C’était la première déclaration de ce genre sur la question du Sahel et du Sahara émanant du CS. Je tiens à souligner aussi que la décision historique autorisant une force africaine au Mali a été prise sous la présidence marocaine du CS. Et il faut dire que cette décision a marqué le début du règlement de la question malienne et l’organisation par la suite d’élections présidentielles libres. Outre le Mali, le Maroc a focalisé ses efforts sur d’autres zones en Afrique, notamment le Congo. À cet égard, le Royaume a joué un rôle de premier plan dans la défense de l’intégrité territoriale de ce pays et dans la préservation de son unité et de sa stabilité. Par ailleurs, le Maroc s’est particulièrement intéressé à la situation en République centrafricaine et en Guinée Bissau. Mais de manière plus globale, le Royaume s’est attelé à défendre les causes de l’Afrique et à militer pour son développement humain.

 

Qu’en est-il du monde arabe ? 

Sur le plan arabe, deux questions ont été au cœur de l’action du Maroc en tant que membre non permanent du conseil de sécurité : la question syrienne et la question palestinienne. Concernant cette dernière, je tiens à souligner que le Royaume est resté fidèle aux principes qu’il a toujours défendus, à savoir le droit des Palestiniens d’avoir un État souverain et indépendant avec Al Qods Asharif comme capitale. Nous avons ainsi veillé à faire connaître et à promouvoir les efforts fournis par S.M. le Roi Mohammed VI afin de préserver la Ville Sainte et pour contrer les violations israéliennes qui, malheureusement, ne suscitent aucune réaction ferme de la part de la communauté internationale. Pour ce qui est de la question syrienne, le Maroc veillait en permanence à transmettre la voix de la Ligue arabe au Conseil de sécurité. De même, notre pays a pris part aux concertations et aux discussions relatives à ce dossier. D'ailleurs, la dernière discussion a permis d’élaborer une résolution du CS relative au contrôle et à la destruction de l’arsenal chimique syrien. Je signale à cette occasion que j’ai pris part au vote relatif à cette résolution qui parle également de la nécessité de bien préparer Genève II. S’agissant des questions de la paix et de la stabilité dans le monde, le Maroc a fourni des efforts louables dans ce sens, et contribué efficacement aux actions visant le renforcement du redéveloppement et du progrès, la résolution des conflits et la protection de l’environnement. Pour toutes ces raisons, j’estime que le bilan du mandat du Maroc est honorable puisqu’il a contribué à d’importantes résolutions prises par le Conseil de sécurité. Les bons rapports que le Royaume entretient avec les membres du CS ainsi que la politique sage et modérée que le Maroc adopte sur le plan international nous ont aidés.

 

En marge de la 68e Assemblée générale de l’ONU, vous avez rencontré l’envoyé spécial de l’ONU, Christopher Ross. De quoi avez-vous parlé ? 

La rencontre avec Christopher Ross fait partie des rencontres que j’ai eues ici et qui concernent l’affaire du Sahara, la priorité de la diplomatie marocaine. Ainsi, cette question a été présente lors de toutes les rencontres bilatérales que j’ai eues avec les responsables onusiens ou de plusieurs pays. La réunion avec M. Ross a porté sur l’évaluation de la mission dont il est investi par le Secrétaire général de l’ONU pour trouver un règlement politique à ce conflit. Cette réunion était pour nous une occasion pour rappeler les paramètres globaux fixés par le Conseil de sécurité et pour exprimer le soutien du Maroc à la nouvelle approche consistant à faire des «navettes diplomatiques» entre les différentes parties de ce conflit. Par ailleurs, j’ai rencontré le Secrétaire général de l’ONU et on a abordé plusieurs questions : la Syrie, le Mali ainsi que la question du Sahara et bien entendu la mission de M. Ross. J’ai profité de cette occasion pour transmettre à Ban Ki Moon les salutations de S.M. le Roi et de son côté il m’a chargé de transmettre à S.M. le Roi ses salutations et l’expression de son admiration. 

Mais, qu’il s’agisse du SG de l’ONU ou de son envoyé spécial M. Ross, notre idée était toujours de dire que le Maroc est disposé à soutenir les efforts des Nations unies et d’œuvrer pour faciliter la mission de son envoyé spécial, bien sûr dans le cadre du respect des paramètres fixés par les résolutions du CS pour le règlement politique. Il s’agit des mêmes paramètres qui ont été réaffirmés par le Maroc lors de l’entretien téléphonique que S.M. le Roi a eu avec Ban Ki-moon.

 

Avez-vous évoqué une date pour la reprise des négociations ? 

M. Ross n’a pas parlé de négociations, mais de navettes diplomatiques à effectuer dans les pays concernés pour essayer de rapprocher les points de vue.

 

L’incident d’avril dernier a-t-il été évoqué lors de vos entretiens avec des responsables américains ?

Lors de toutes les rencontres qu’on a eues avec les responsables américains, on a insisté sur l’importance de renforcer le dialogue et la concertation pour éviter de revivre l’épisode de tension d’avril dernier. 

Nous sommes deux pays unis par une amitié de longue date et il ne faut pas permettre à ce genre d’incident d’assombrir le climat des relations bilatérales notamment quand il s’agit de questions vitales. 

Nous avons souligné ce point lors de notre rencontre avec le secrétaire d’État et le sous-secrétaire d’État américains. Mais nous avons également rappelé que les États-Unis soutiennent la proposition marocaine d’autonomie dans les provinces du Sud comme c’est mentionné dans la déclaration conjointe issue de la première session du dialogue stratégique entre les deux pays.

 

Le Maroc a présenté officiellement sa candidature au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Quelles sont les chances du Royaume à votre avis ?

En matière de promotion des droits humains, le Maroc a fait des efforts énormes qui sont reconnus sur le plan international. Que ce soit au niveau institutionnel, juridique ou pratique, le Royaume est pionnier dans ce domaine parmi les pays du sud de la méditerranée. Certes, il y a des insuffisances à corriger et des choses à améliorer, mais l’essentiel est que la volonté soit là et il y a des réalisations qu’on ne peut nier. La communauté internationale apprécie les efforts du Maroc en particulier l’initiative de S.M. le Roi consistant à lancer une nouvelle politique publique en matière d’immigration et d’asile qui a d’ailleurs suscité des réactions positives partout. Je pense que la communauté internationale est consciente de nos efforts et reconnait notre prééminence sur le plan régional. D’aucuns vont pointer du doigt certaines lacunes, mais cela ne nous découragera pas. Car le Maroc est un pays ouvert, et il est toujours plus facile de pointer du doigt les imperfections d’un pays ouvert. Or, dans un pays fermé, on ne voit rien, car tout est verrouillé. Donc, je reste confiant quant aux chances du Maroc d’avoir un siège au conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

 

Quel est, d’après vous, le bilan de l’action diplomatique du Maroc lors de la 68e Assemblée générale de l’ONU ?

Comme chacun le sait, l’Assemblée générale de l’ONU est une occasion propice pour tous les pays pour défendre leurs intérêts d’une part et leur vision de la politique étrangère d’autre part. Ainsi, l’affaire du Sahara a été présente dans toutes nos rencontres et démarches. Nous avons également présenté et défendu l’approche du Royaume en matière de coopération régionale et internationale ainsi qu’en matière de développement et de promotion de la paix et de la stabilité dans le monde et en particulier en Afrique. Les affaires arabes et islamiques ont été également au centre de nos priorités. Tout cela bien entendu selon les directives de S.M. le Roi Mohammed VI. Je voudrais avant de terminer remercier la délégation marocaine qui a participé à cette 68e session avec beaucoup de volonté et de dévouement.

09/10/2013