L’ancien Représentant de l’ONU pour le Sahara, Erik Jensen est revenu récemment à la charge pour dévoiler le non-dit des négociations entre le Maroc et le Polisario sur l’avenir du Sahara Occidental. Très connu pour son franc-parler, l’ancien responsable onusien vient de révéler dans un entretien accordé à un journal arabe paraissant à Londres, que dans les années 90, la direction du Polisario était prédisposée à discuter avec la délégation marocaine, l’option de l’autonomie. Mais les autorités d’Alger, a-t-il assuré, ont tout fait pour inciter les négociateurs du Polisario à s’accrocher à l’option du référendum pour l’indépendance. Une option qu’Erik Jensen avait qualifiée d’irréalisable avant d’être forcé de démissionner de son poste, sous la pression de la diplomatie algérienne.

Erik Jensen, auteur d'un nouveau livre sur le conflit du Sahara, a révélé que l’option de l'autonomie avait été soulevée lors d'une rencontre secrète qu'il avait organisée en août 1996 à Genève, entre des responsables marocains et des représentants du Polisario.
Le Polisario, a-t-il assuré, était disposé à discuter une solution politique fondée sur l'autonomie, mais il "ne pouvait prendre aucune décision qui allait à l'encontre des intérêts de l'Algérie".

Même l'ancien envoyé personnel du S.G de l'ONU pour le Sahara, James Baker, avec qui il a collaboré pendant une année, était convaincu lui aussi que l'autonomie constitue la seule solution réaliste.
"Nous sommes parvenus à une étape me permettant d'affirmer que le conflit du Sahara doit être appréhendé dans un cadre global", a souligné Erik Jensen, précisant que l'Algérie, qui abrite sur son sol les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf, est directement concernée par ce différend.
L’ancien responsable onusien est revenu sur le retrait par le Maroc de la confiance à l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU pour le Sahara, Christopher Ross, rappelant que ce n'est pas un fait nouveau. Ses prédécesseurs  le pakistanais Yacoub Khan et le néerlandais Van Walsum, ont tous deux abandonné leur poste, après avoir été récusés par l'Algérie et le Polisario.
Dans un entretien au journal londonien "Acharq Al Awsât", Jensen a estimé à cet égard que "la confiance des parties constitue, dans la gestion de ce dossier (Sahara), l'usage, la règle et la condition sine qua non pour tout responsable onusien, dont l'unique rôle est celui de facilitateur. Le référentiel étant les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité".
Dans son entretien, l’ancien représentant onusien pour le Sahara a évoqué également les derniers développements en Afrique du Nord et dans le Sahel et les menaces terroristes pesant sur les Etats de la région. A ce titre, Jensen a mis en garde contre la stratégie des groupes terroristes qui tissent des alliances et recrutent de nouveaux combattants dans les camps de Tindouf en Algérie, non loin du nord du Mali. Il s’est en outre attardé sur le grand désespoir des populations dans les camps de Tindouf qui ne voient aucun changement se concrétiser sur le terrain. Leur avenir est cerné d'incertitude, a-t-il noté, au moment où les dirigeants du Polisario ne déploient aucun effort pur trouver une issue au conflit.

03/10/2012