Les temps changent et les choses commencent à bouger. C’est, sans doute, le constat préliminaire que l’on peut faire au moment où M. Mariano Rajoy, accompagné de plus de la moitié des membres de son gouvernement, participe à Rabat, aux côtés de M. Abdelilah Benkirane et de son équipe, à la réunion de la Haute Commission mixte maroco-espagnole. Une réunion officielle et solennelle donc, mais qui sera enrichie de plusieurs rencontres sectorielles et d’une séance avec les patronats des deux pays, CGEM et CEOE.

Cela donne une idée claire des ambitions, désormais partagées des deux côtés, de hausser à un niveau supérieur la relation bilatérale hispano-marocaine et de la traduire par un renforcement conséquent de sa dimension économique et entrepreneuriale.

Ainsi, pour l’écrire plus simplement, l’Espagne de M. Rajoy, président du gouvernement et chef du PP, parti aux commandes, est aujourd’hui pleinement désireuse de rehausser son partenariat multiforme avec le Maroc, ce qui représente, pour le moins une évolution majeure de la Droite espagnole, voir un bouleversement radical de la politique suivie depuis plusieurs décennies par ce parti.

 

Virage à 180°

On notera, pour appuyer ce constat, que l’arrivée de M. Rajoy à Rabat a été précédée, ce qui n’est point fortuit, d’une déclaration non équivoque du ministre espagnol des Affaires étrangères, M. José Manuel Garcia-Margallo, qui a déclaré lors d’une conférence sur “La politique étrangère de l’Espagne dans la Méditerranée”, tenue le 19 octobre au siège de l’Union pour la Méditerranée (UPM) à Barcelone, que “le Maroc s’est engagé sur la voie de la réforme”.

Cette appréciation, qui en a ravi plus d’un à Rabat, a été  complétée par un « constat » qui, jusque-là, n’avait jamais été formulé en ces termes par un responsable de la diplomatie de Madrid :

« Le plus grand défi pour le Maroc sera probablement la mise en œuvre de l’autonomie des territoires du sud ». Une grande première qui doit être saluée comme telle, puisque jusqu’à ce 19 octobre 2012, l’Espagne, ancienne puissante occupante, évoquait toujours nos provinces du Sud sous le vocable de « Sahara occidental » et évitait soigneusement de se déclarer aussi abruptement en faveur de la proposition de Rabat sur le plan d’autonomie des provinces sahariennes.

Il y a donc eu un virage à 180 ° de la part du gouvernement central espagnol qui, ainsi, vient s’ajouter aux puissances qui soutiennent la proposition de Rabat faite à l’ONU en 2007.

Et si l’on pouvait compter jusque-là sur l’appui non équivoque de Paris et de Washington, la tiédeur de Madrid, son louvoiement permanent sur la question du Sahara Occidental Marocain, à la fois pour des raisons intérieures et pour ménager la susceptibilité des Algériens et de leurs vassaux du F. Polisario, constituaient pratiquement depuis 1975, l’un des gros points noirs empêchant toute réelle avancé sur la question.

Mariano Rajoy a fait sauter ce verrou et l’on saluera avec une satisfaction évidente cette évolution majeure qui marque enfin la perception par l’Espagne de la position  « ne varietur » du Royaume du Maroc  depuis plusieurs dizaines d’années, conforme à la légalité internationale, à l’Histoire et à la réalité sur le terrain.

L’Espagne a donc, par ce biais si important, manifesté sa volonté de faire du Maroc, son partenaire stratégique et privilégié dans la région, à la fois pour des objectifs qui répondent à des impératifs intérieurs incontournables, mais également du fait d’un environnement régional plutôt « chargé ».

En effet, à quinze kilomètres à peine des côtes espagnoles, se trouve le Maroc, un pays qui connaît un développement économique conséquent depuis plus de dix ans, qui a engagé des chantiers d’infrastructures énormes, qui désenclave son Nord, construit des autoroutes, des milliers de logements sociaux, développe son industrie touristique, s’équipe en installations portuaires performantes et concurrentielles, exprime des besoins de plus en plus forts pour satisfaire les attentes de sa classe moyenne, aux aspirations consuméristes évidentes,  mais aussi dispose d’une main d’oeuvre abondante, de zones off shore, de parcs industriels, etc.

Ce pays, de surcroît, connaît une croissance de son PIB qui n’a jamais été inférieure à 5% depuis plus de sept ans et qui, alors que l’Europe voisine s’enfonce dans la récession, table sur un PIB de 2,5% pour 2012.

De la Realpolitik et de ses conséquences

Rajoy, ses conseillers et économistes, ses milieux d’affaires, son patronat, ont fini par comprendre que l’avenir de l’Espagne, puissance économique régionale, mais très fortement affectée par la crise et ses effets sociaux, se déclinait au Sud, sur l’autre rive de la Méditerranée, non vers le Nord, vers cette Europe vieillissante, affaiblie, minée par les dettes abyssales, contrainte à l’austérité et aux réductions budgétaires drastiques !

C’est la première et très valable raison de l’application positive par Madrid des principes de la realpolitik au «cas marocain »…

Quant à la seconde, elle est géostratégique et avait été annoncée il y a plusieurs semaines de cela, au grand dépit des lobbies pro-algériens qui sévissent encore dans la presse et la société civile espagnoles. Il s’agissait du retrait de tous les volontaires envoyés par des ONG pour travailler dans les camps du F. Polisario, en raison des menaces d’enlèvement par les bandes armées d’Aqmi, présentes désormais dans les cantonnements des mercenaires séparatistes et rendues encore plus puissantes grâce à leur maîtrise d’ une grande partie de la zone saharo-sahélienne.

Volens, nolens donc, pour Madrid, comme pour toutes les grandes capitales du monde, le Maroc estL’ÉLEMENT stabilisateur de la région, alors que la Mauritanie est fragile à l’extrême, que le Mali est occupé sur plus de la moitié de sa superficie, que le Niger et le Burkina Faso ne pourraient s’opposer militairement aux rezzous dévastateurs des katibas islamistes, que le Sénégal craint déjà pour sa stabilité. Quant à l’Algérie, dirigée par une « équipe finissante », oligarchique et prédatrice, elle joue un rôle pour le moins équivoque dans une zone qu’elle considère comme son arrière-cour !

Rabat est donc le seul interlocuteur valable, un facteur et un acteur de stabilité à la fois, bien droit dans ses bottes de capitale d’un Etat où la démocratie avance et se conforte, où le jeu politique est crédible et ouvert, où l’économie tourne malgré les effets de la crise importée, où le printemps ne s’est pas transformé en glaciation islamo-salafiste !

Les stratèges tout comme les politiques de Madrid ont compris et perçu cela.

Et M. Rajoy est venu à Rabat pour concrétiser la nouvelle perception géostratégique et géopo

04/10/2012