Face à l’indignation qui a suivi le rapport de l’OLAF, l’Algérie continue à quémander de l’aide dont elle est la seule à en décider le sort

Bruxelles – Le récent appel du croissant rouge algérien à venir à la rescousse des populations de Tindouf remet au goût du jour les dernières révélations de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) sur les détournements de l’aide européenne vendue au marché noir, notamment dans des villes algériennes au profit des dirigeants du polisario avec la bénédiction d’Alger.
Quelques jours après cet appel, qui invite la communauté internationale à visiter les camps pour s’arrêter sur la dégradation de la situation humanitaire de leurs pensionnaires, des voix se sont élevées à Bruxelles pour exiger une enquête sur ces détournements et appeler la commission européenne à agir pour mettre fin à cette situation.
Le rapport accablant de l’OLAF souligne, en effet, que des quantités diverses de l’assistance financée par la Commission européenne sont détournées de leurs destinataires finaux depuis plusieurs années. L’organe européen a précisé que l’aide a été accordée sur la base de chiffres erronés, un recensement de la population n’ayant jamais été réalisé.
Le député européen, Gilles Pargneaux, s’interroge à cet égard sur comment l’Algérie peut-elle demander des aides par le biais de son croissant rouge, alors qu’elle est complice du détournement de ces aides.
Le rapport de l’OLAF, rappelle-t-on, précise que la distribution de l’aide alimentaire est planifiée sur la base des instructions établies par une cellule de coordination qui se réunit chaque mois à Alger .
Le député européen a appelé l’Algérie à cesser de cultiver le paradoxe, à ouvrir les camps de Tindouf aux organisations internationales pour pouvoir effectuer un recensement de la population et à s’inscrire dans une position conforme à la légalité internationale.
Je demande à l’Algérie de jouer la transparence et d’oeuvrer avec son croissant rouge, non pas à demander une aide qui ne parvient visiblement pas à ses destinataires, mais à coopérer avec la communauté internationale pour connaitre exactement le nombre des personnes dans les camps de Tindouf et ouvrir la voie à la résolution politique de la question du Sahara , a affirmé le député européen dans un entretien à la MAP.
La question du détournement de l’aide humanitaire a été dévoilée au grand jour par de nombreuses organisations internationales qui ont décidé de suspendre leur aide aux camps de Tindouf, voire même d’y mettre définitivement un terme.
En 2005, le Programme alimentaire mondial (PAM) a procédé à une mission d’inspection en Algérie, dont le rapport révèle diverses irrégularités dans l’acheminement de l’aide humanitaire destinée à la population de Tindouf et a réduit sensiblement son aide qui était auparavant basée sur des estimations erronées du nombre des personnes dans les camps.
Suite aux mêmes révélations, le HCR a lui aussi réduit ses aides et demandé aux autorités algériennes de procéder à un recensement des populations de Tindouf.
Pour le directeur général de l’Observateur d’études géopolitiques de Paris, Charles Saint-Prot l’instrumentalisation par l’Algérie d’un complot séparatiste au Sahara marocain est une imposture qui dure depuis trop longtemps et qui donne lieu à de nombreux scandales dont l’affaire du détournement de l’aide internationale aux personnes des camps de Tindouf en Algérie est un exemple.
Cet expert en géopolitique estime que le rapport de l’OLAF n’est venu que confirmer les conclusions du PAM et les avertissements des instances internationales notamment le HCR.
Le circuit de ces détournements qui concerne au moins 50 pc des aides, a-t-il expliqué à la MAP, ne peut se dérouler qu’avec la complicité du régime algérien puisqu’il s’étend du port d’Oran où débarquent les aides jusqu’à Béchar où les aides détournées sont acheminées vers leurs destinataires.
Ces détournements d’une ampleur considérable servent principalement à enrichir encore plus les séparatistes du polisario et certains membres du régime algérien, notamment des militaires et des dirigeants de la sécurité militaire, a-t-il ajouté.
Si la question du détournement de l’aide humanitaire constitue aujourd’hui une source de préoccupation croissante de la part du parlement européen, à juste raison d’ailleurs parce qu’elle touche les deniers publics des citoyens de l’Union, elle devra interpeller la communauté internationale afin qu’elle agisse rapidement en faveur d’une solution au conflit artificiel autour du Sahara qui soit basée sur une large autonomie sous souveraineté marocaine.

18/08/2015