La France a confirmé à Alger qu’elle ne s'opposerait pas à une opération armée éclair du Maroc dans la zone tampon. Le Conseil de sécurité pourrait, lui aussi, donner son feu vert aux frappes aériennes de l’armée marocaine dans la zone.

 

La rencontre, lundi, entre le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, et son homologue algérien, Abdelkader Messahel, s’est terminée sur une note de tension. Et pour cause. La France a mis en garde Alger, par la voie de son chef de la diplomatie et dans des termes sévères, contre toute initiative de l’Algérie susceptible de provoquer un conflit armé dans la région. Selon le quotidien Assabah, qui rapporte l’information dans sa livraison du jeudi 12 avril, cette mise en garde a été d’autant plus ferme qu’elle intervient peu avant la réunion entre le chef d’Etat français et le roi Mohammed VI. Elle intervient également au moment où l’affaire du Sahara connaît des développements dangereux.

 

Suite à cette rencontre, affirme des sources diplomatiques citées par Assabah, et à peine rentré de sa visite en France, Messahel s’est empressé de réunir les chefs d’état-major de l’armée de son pays pour leur transmettre la position de la France et son soutien à une éventuelle intervention armée du Maroc dans la zone tampon, en vue de déloger les éléments du Polisario. C’est donc un avertissement clair de la France que le chef de la diplomatie algérienne a transmis aux gradés de l’armée de son pays, note le journal. «Si le Polisario ne se retire pas de la zone tampon, comme prévu par l’accord de cessez-le feu, le Maroc a tout droit de riposter avec fermeté», a notamment affirmé le chef de la diplomatie française à son homologue algérien.

 

La même source citée par le journal précise, par ailleurs, que les officiels français ont fait comprendre au ministre algérien que Paris était pour une intervention militaire du Maroc, sous forme de frappes aériennes éclairs, à Bir Lahlou, Tifariti, Guerguarat et Mijk. Or, le ministre algérien avait initialement pour mission de dissuader l’Hexagone de soutenir une éventuelle action militaire marocaine. Sa requête a été rejetée, car la France estime que cette zone du Sud de la Méditerranée pourrait facilement se transformer en poudrière et affirme ne pas tolérer les agissements d’une milice armée.  

 

La position de la France a eu pour effet de perturber l’armée algérienne qui a immédiatement décrété l'état d'alerte. Et, pour ne rien arranger, les premières heures qui ont suivi cette décision ont connu le crash, mercredi matin, d’un avion de transport et de ravitaillement militaire reliant Alger à Tindouf avec, à son bord, des dizaines de militaires. L’accident a fait 257 morts dont une trentaine de membres du Polisario, affirme Assabah. Parmi les membres du Polisario qui ont péri dans le crash, deux diplomates, trois représentants des zones militaires II et III, un responsable de la gendarmerie militaire et des membres de la brigade féminine de l’armée, précise le journal. Ce qui contredit clairement les déclarations faites, peu auparavant, par Messahel qui affirmait que l’Algérie n’était pas impliquée dans l’affaire du Sahara.

 

Pour sa part, le Polisario s’est lancé dans une course contre la montre pour éviter une colère du Conseil de sécurité qui ne manquera pas de donner son feu vert à une intervention aérienne du Maroc dans la zone tampon. C’est ainsi qu’une délégation conduite par Mhamed Khaddad, chargé des relations avec la Minurso, s’est rendue à Moscou pour informer les responsables russes du soutien du Front aux processus onusiens et, donc, de sa décision de revenir sur ses menaces de reprendre les armes.

11/04/2018