Trois soirs de suite, plusieurs quartiers de la ville de Ghardaïa, à 600 kilomètres au sud d’Alger, ont été le théâtre d’affrontements entre des membres de la communauté berbère mozabite et des membres de la communauté arabe. Plusieurs commerces tenus par des Berbères ont été vandalisés. Des incidents qui révèlent les tensions entre les deux communautés. 

 

Les premiers affrontements sporadiques entre jeunes des deux communautés ont commencé au début du mois d'avril. Mais c’est dimanche soir que la tension est montée d’un cran, des témoins évoquant de véritables batailles rangées dans la zone de Ksar Melika, près de Ghardaïa. Plusieurs magasins ont été pillés et incendiés en marge des affrontements.  Des deux côtés, les jeunes ont fait usage de pierres et de cocktails Molotov avant d’enflammer des pneus pour bloquer la circulation. Selon des sources hospitalières, une dizaine de personnes, dont des policiers, ont été légèrement blessées dans les échauffourées.

Les versions divergent quand à l’élément déclencheur de cette vague de violences. Plusieurs sources locales évoquent toutefois un conflit foncier concernant la construction illégale d’un mur qui bloquerait l’accès à un des plus anciens cimetières de la ville.

 

Le gouverneur de la wilaya de Ghardaïa, Ahmed Adli, a ordonné l'ouverture d'une enquête sur les incidents. Quatorze personnes présumées impliquées dans les violences, dont sept mineurs, ont été placées sous contrôle judiciaire mardi soir. Et les autorités algériennes ont dépêché des renforts à Ghardaïa comme à Berriane afin d’empêcher de nouveaux débordements.

 

Des émeutes meurtrières avaient déjà éclatées entre les deux communautés en 2008 à Berriane, une localité située à 40 kilomètres de Ghardaïa. 

"Les raisons profondes de ces confrontations à répétition sont avant tout sociétales et économiques"

Lagha Chegrouche, d’origine algérienne, est professeur de géopolitique et spécialiste du Maghreb à l’université Paris I.

Les raisons profondes de ces confrontations à répétition sont avant tout sociétales et économiques. Il faut savoir que les Mozabites vivent pour l’essentiel en huis clos. Beaucoup parlent uniquement berbère. Et dans la plupart des grandes villes de la région, ils dominent le secteur du commerce. C’est le cas à Ghardaïa.

 

Tandis qu’à la périphérie des villes, l’équivalent de nos banlieues, vivent des populations arabes défavorisées qui parlent elles uniquement arabe. Certaines franges de ces communautés vivent donc dans deux mondes distincts. Et la précarité de cette région abandonnée économiquement par le pouvoir central contribue à l’animosité entre les deux communautés.

 

 

D’un autre côté, les populations mozabites subissent une arabisation forcée menée par l’État algérien depuis l’indépendance. La fonction publique excluait et exclue toujours, à quelques exceptions près, les non-Arabes. Les responsables dans les mairies et les gouvernorats ne sont en général pas Mozabites, et cela peut entraîner des discriminations notamment sur des questions foncières.

 

Par ailleurs, les tensions grandissantes entre Mozabites et Arabes ne sont  pas à dissocier des évènements qui secouent actuellement le monde arabe. Elles s’inscrivent dans la confrontation confessionnelle entre musulmans, les Mozabites étant des ibadites, un rite musulman spécifique [L'ibadisme se distingue du sunnisme et du chiisme]. Enfin, la montée en puissance du salafisme parmi les populations arabes depuis le début des années 1990, elle aussi contribue au climat de tension

09/05/2013