Si elle souhaite se faire une crédibilité, l’Union africaine doit être composée uniquement de vrais membres que sont les Etats souverains, et relativiser les ambitions irréalistes de certains mouvements sans souveraineté, a affirmé le président fondateur du Forum de Crans-Montana, Jean-Paul Carteron.

Dans une tribune publiée sur son site à la veille du sommet de l’UA, l’expert suisse pointe du doigt le manque de visibilité qui mine l’organisation panafricaine et l’exhorte à agir pour "dépasser ses propres clivages et sensibilités pour travailler à la construction du continent". "Aujourd'hui cette union peut être considérée comme un rassemblement imprécis, paralysé par ses propres contradictions, étant un lieu où l'on brasse des fonds de cuve d'un autre temps", fait observer M. Carteron. L'UA, relève-t-il, doit s'assurer la collaboration de dirigeants respectables et de la plus haute qualité. "Ceux-ci ne manquent pas en Afrique mais actuellement certains, parmi les meilleurs, se détournent, désespérés de l'incapacité dans laquelle ils se trouveraient plongés s'ils acceptaient des responsabilités en son sein", estime l’auteur.

Pour le fondateur du prestigieux Forum de Crans-Montana, à la veille d’un énième sommet "apparemment toujours sans espoir", l’organisation n’a plus aucune visibilité sur son avenir, ni sur les défis que l'Afrique doit relever de toute urgence pour sa survie. Il se demande si dans un tel contexte l'UA a une chance de faire sa mutation, d’être une organisation internationale à part entière et respectée et d’acquérir la crédibilité et l'autorité lui permettant de peser sur les multiples interrogations qui bouleversent le continent. "A-t-elle une chance de s'affranchir du jeu de certains pays et de certains dirigeants qui l'instrumentalisent en faveur de leurs intérêts tout en hypothéquant l'intérêt général et tout espoir d'action positive ?", s’interroge-t-il. M. Carteron critique en outre un "véritable jeu de masques" qui mine durablement l’action de l’organisation panafricaine, affirmant que d'année en année, les sommets se succèdent sans qu’il ne soit jamais envisagé, ni même possible de procéder à une mutation de fond si nécessaire. "Le dernier mandat de la Présidence de l'Union africaine s'achève dans une tristesse indicible alors que l'Organisation n'a plus aucune visibilité sur son avenir ni sur les défis que l'Afrique doit relever de toute urgence pour assurer sa survie", explique l’auteur.

Il rappelle que depuis plusieurs années, l'UA s'est caractérisée par des discours sans consistance, des décisions irréalistes arrachées à la va-vite et jamais appliquées, des élections de dirigeants sur lesquels il vaut mieux jeter un voile pudique et surtout un manque de vision poignant et déconcertant qui obsède tant les observateurs attentifs. Le président du FCM met l'accent également sur l’impuissance de l’organisation panafricaine face aux situations sécuritaires les plus sensibles du continent. "Sous l'influence de certains qui ruinent la neutralité nécessaire à toute ambition opérationnelle, elle ne peut prétendre à aucune vraie légitimité ! Donc elle ne peut rien faire et ne fait rien", lance-t-il. Il est temps que l'Union africaine cesse d'être la boîte à écho de certaines positions partisanes et prenne vraiment conscience de ce qu'elle pourrait représenter, recommande M. Carteron, estimant que cela passe par une vision réaliste et constructive de la part des chefs d’État qui doivent décider d'en finir et de faire bouger les choses.

Ils doivent, selon lui, mettre fin à cette instrumentalisation de l'Union par certains et décider de lui donner les moyens de la grandeur et de l'impartialité. "Ce faisant, ils se grandiront eux-mêmes face à l'Histoire car ils auront accompli une étape décisive dans l'intégration mondiale du continent potentiellement si riche et influent", a-t-il conclu.

19/06/2016