MANIPULATION. Le rapport du centre Robert F. Kennedy sur les droits de l’Homme au Sahara s’est avéré en partie frauduleux. Il s’ajoute à un précédent, sur l’Amazonie équatorienne, ce qui soulève des doutes sur la sincérité et la crédibilité des affirmations de Kerry Kennedy.

Les derniers événements autour du Sahara et de la question des droits de l’Homme ont porté un nom à la surface. Il s’agit de Kerry Kennedy, présidente du Centre Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l’Homme, dont le rapport était derrière la première proposition des États-Unis d’une résolution visant à élargir le mandat de la MINURSO à la supervision des droits de l’Homme.

L’activisme de Mme Kennedy semble être motivé par une réelle préoccupation pour les droits humains. Cependant, des documents révélés suite à une enquête menée par l’analyste politique marocain Samir Bennis conduisent à s’interroger sur les motifs véritables de Mme Kennedy. 

Avant d’utiliser sa célébrité et l’héritage de sa famille pour plaider en faveur des Sahraouis, Mme Kennedy a défendu la cause des peuples autochtones en Équateur.

 

Activisme intéressé

En 2009, Mme Kennedy a lancé une campagne médiatique contre le géant pétrolier américain Chevron, qui avait acquis la branche compagnie équatorienne de la compagnie américaine Texaco en 2001, affirmant que l’entreprise, dans sa quête pour le pétrole, fait des ravages sur la forêt tropicale de Lago Agrio et a causé des problèmes environnementaux pour les populations autochtones. Elle a appelé le préjudice «Tchernobyl de Chevron en Amazonie équatorienne».

Dans un article paru dans l’édition du 4 novembre 2009 du journal américain The Huffington Post, Mme Kennedy a écrit: «J’avais entendu parler de ce qu’on a appelé “Tchernobyl de Chevron en Amazonie” pendant des années. Mais rien ne pouvait me préparer à l’horreur que j’ai vue cette semaine en Équateur». Elle a déclaré que les employés de Chevron-Texaco violent les femmes et infligent des souffrances atroces à la population indigène. Pour gagner le soutien du public, Mme Kennedy a formulé la lutte de la population indigène en Équateur comme une question de droits de l’Homme et de l’autodétermination. Kerry Kennedy a fondé ses allégations sur des «preuves scientifiques» d’un expert indépendant, Richard Stalin Cabrera Vega.

La campagne de Kerry Kennedy portera ses fruits puisqu’en février 2011, la cour équatorienne a condamné la compagnie pétrolière américaine Chevron à verser 19 milliards de dollars aux Équatoriens lésés. 

Peu de temps après, il s’est avéré que Mme Kennedy a été embauchée par le cabinet d’avocats basé à New York qui représentait les Équatoriens, Steven Donziger. Cinq tribunaux fédéraux américains ont trouvé des preuves que le procès Équateur a été compromis par la fraude de Donziger, l’avocat des plaignants de Lago Agrio, qui aurait embauché Kerry Kennedy comme son consultant en relations publiques.

 

Faux plaidoyer

En mars 2011, une cour fédérale de New York a émis une injonction préliminaire bloquant l’exécution de la décision de la cour équatorienne. L’enquête a révélé que les arguments utilisés par Kerry Kennedy se sont basés sur les rapports qui ont été post-écrits par les représentants des plaignants. L’avocat Donziger ne lâche pas prise et pousse Chevron à un règlement. Il s’est servi en cela des liens politiques de Mme Kennedy avec le contrôleur des comptes de l’État de New York, Thomas DiNapoli. À la demande de Kennedy, en mai 2011, DiNapoli a appelé Chevron à négocier un «accord équitable qui rétablit la réputation de l’entreprise».

Pour preuve, dans un courriel daté d’août 2009 cité par le New York Post, l’avocat Donziger écrit à ses clients équatoriens pour les informer de la participation de Mme Kennedy. Comme il l’a déclaré: «Kerry Kennedy... vient en Équateur et veut nous aider... Cela pourrait nous donner un véritable coup de fouet ... Cela coûtera de l’argent, mais pas beaucoup.»  

Selon une correspondance de Randy Mastro, l’avocat de la compagnie pétrolière Chevron, Kennedy a reçu au moins 50.000 dollars de l’avocat Donziger en échange de son plaidoyer en faveur des demandeurs de Lago Agrio et qu’il y a également des preuves qu’on lui aurait promis une quote-part de tout règlement avec Chevron. Dans le Huffington Post du 16 janvier 2012, tout en admettant qu’elle avait reçu un «prix modique» pour sa défense des droits de l’Homme, Mme Kennedy a nié avoir aucun intérêt financier dans le litige. 

Les manœuvres de Kennedy tombent finalement à l’eau, puisqu’en date du 11 avril 2013, le cabinet de consultants Startus a désavoué le rapport de l’expert indépendant Cabrera, et a fourni un témoignage au sujet du litige fomenté de l’Équateur. 

L’affaire de Lago Agrio conduit à penser de manière plus critique à l’implication de Mme Kennedy, pendant plus de quatre ans, dans la défense des droits de l’Homme de la population vivant au Sahara. Elle utilise les mêmes tactiques que celles utilisées dans le cas équatorien. Elle a affirmé que les forces de l’ordre du Maroc violent des femmes sahraouies et leur font subir les pires souffrances. Comme dans le cas de Chevron, elle a écrit un éditorial dans The Huffington Post, où elle a fustigé le Maroc. Dans une vidéo postée sur YouTube, elle étaye ses allégations de violations à l’aide de séquences vidéo tournées en Tunisie durant les premiers jours du Printemps arabe.

 

De Lago Agrio au Sahara

Le 28 août 2012, elle a publié un article dans The Huffington Post, où elle avance que sa fille et les autres membres de sa délégation, qui étaient à l’époque en visite au Sahara, ont été victimes aussi d’exactions commises par la police marocaine. Dans le rapport préliminaire, qu’elle a publié après sa visite au Sahara et dans les camps de Tindouf, elle s’est abstenue de formuler toute critique contre la direction du Polisario pour sa répression contre les voix dissidentes dans les camps. Aucune mention n’a été faite soit sur le détournement par la direction du Polisario de l’aide humanitaire vers le marché noir en Mauritanie, au Mali et d’autres pays d’Afrique sub-saharienne.

Le précédent de l’affaire équatorienne soulève des doutes sur la sincérité et la crédibilité des affirmations de Mme Kennedy et surtout ses motivations réelles

20/05/2013