Avant l’adhésion du Maroc à l’Union Africaine et encore plus après, le Polisario a tenté de présenter cette nouvelle comme une victoire. Néanmoins, les ex-leaders du front indépendantistes ne le voient pas du même œil : l’adhésion du Maroc à l’institution continentale et les tournées royales intensifiées affaiblissent la position de la «RASD» et ses alliés africains. Témoignages.

 

L’affaire du Sahara est revenue sur le devant de la scène avec l'activisme diplomatique du Maroc pour son adhésion à l'Union africaine. Encore aujourd'hui, les multiples visites du roi Mohammed VI dans les pays africains contribuent à maintenir l’attention sur ce conflit vieux de près de 45 ans. Si le Polisario et son parrain algérien tente de présenter cette entrée du Maroc au sein de l'UA comme une victoire, les autres soutiens du mouvement séparatistes (Afrique du Sud, Zimbabwe,...) n'hésitent pas à parler de défaite et de menace pour la cause qu'ils défendent. 

 

Mahjoub Salek : l’adhésion du Maroc à l’UA aura des conséquences

 

Mais quel est l'avis des anciens cadres du Polisario ? Comment ont-ils vécu les derniers évènements ? Contacté par Yabiladi, le chef du mouvement Khat Achahid, Mahjoub Salek, opposant du front Polisario a affirmé que l’adhésion du Maroc à l’UA aura des retombées sur le conflit du Sahara Occidental.

 

«Les leaders du Polisario peuvent tirer profit du fait que le roi marocain et le président sahraoui se retrouvent dans la même pièce et sous le même toit, à 100 mètres, ainsi que les drapeaux des deux entités soient côte à côte, dans la salle et dehors (…). Le changement se trouve dans la présence marocaine et de la fin de la politique du siège vide. Le Polisario et ses alliés ne pourront plus jouir de la même liberté et l’atmosphère qui régnaient pendant l’absence du Maroc et qui leur permettaient de passer des décisions contraires à la position marocaine.»

 

Sur les déplacements du roi Mohammed VI dans des pays reconnaissants la «RASD», Mahjoub Salek explique qu’ils auront des suites, en assurant que «les visites et les intérêts économiques communs entre le Maroc et les pays africains n’impacteront les positions de ces derniers sur le conflit du Sahara occidental, que s’ils retirent leur reconnaissance à la ‘République Sahraouie’, du moins, à court terme».

 

Malgré cet impact attendu, Salek ajoute que l’Algérie est le premier bénéficiaire de l’adhésion marocaine à l’entité continentale, considérée comme une acceptation de la charte de l’Union Africaine et donc une reconnaissance des frontières héritées de l’occupation et que le Maroc n’a pas approuvée depuis 1972. Ces frontières tracées représentaient l’un des points de désaccord les plus dangereux entre les états voisins depuis quatre décennies, ajoute Mahjoub Salek.

 

Au sujet du discours victoirieux qu’adopte le Polisario à propos de l’adhésion marocaine, l’ex leader renchérit que : «chacun voit midi à sa porte, la victoire est élue de tous alors que la défaite reste orpheline». Il poursuit qu’il est trop tôt pour juger les retombées immédiates de l’événement et que les prochains mois sauront répondre à cette interrogation.

 

Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud : Le Polisario doit avouer son échec

 

L'ancien responsable au sein du Front Polisario, Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud qui se trouve actuellement en Mauritanie après avoir été écarté des camps de Tindouf a déclaré à Yabiladi un avis similaire. Il rattache l’adhésion du Maroc à l’UA à deux facteurs principaux :

 

«Le premier qui est stratégique, se rapporte au marché continental porteur d’opportunités d’investissement et soutient la complémentarité entre les pays africains prônée par l’Union africaine à l'image de l’Union Européenne. Le second facteur est tactique et concerne essentiellement l’affaire du Sahara : l’absence du Maroc de l’UA a été une arme retournée contre lui. Sur ce point, les alliés du Maroc ne pouvaient pas le soutenir en son absence à l’encontre des alliés de l’Algérie qui utilisaient l'adhésion de la "RASD", comme celle d’un pays qui subissait l’injustice du Maroc absent.»

 

L’ex-leader voit donc en l’adhésion marocaine, une opportunité pour changer la donne : «Ce sera un début avec deux parties adverses ayant les mêmes droits et pouvant se défendre dans les institutions de l’Union, ce qui changera un certain unanimisme sur l’affaire du Sahara du point de vue de l’Algérie et du Polisario.»

 

L’adhésion marocaine résultera pour Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud sur une division au sein de l’UA, car le Maroc et sa récente offensive diplomatique réussiront à retourner des d’alliés du Front. Il constate que «depuis deux décennies aucune nouvelle reconnaissance n’a bénéficié à la "RASD" et qu’au contraire certains pays ont même retiré cette reconnaissance malgré l'absence du Maroc de l’UA». Le leader poursuit en ajoutant que le seul bénéfice que le Polisario détenait avant était l’appui indéfectible de l’UA où il siège.

 

Il développe la nouvelle configuration au sein de l'Union : «Le Maroc pourrait parvenir à faire oublier l'image d'occupant des territoires sahraouis que l’Algérie a ensemencé dans les mentalités africaines, au profit de la définition des Nations Unies considérant le Sahara comme un territoire non autonome et revendiqué. Une affaire jouable, puisque le Maroc adhère aux négociations onusiennes auxquelles il réagit positivement et rendra la reconnaissance de l’"Etat Sahraoui" injustifiée». Selon Moustapha Salma, la diplomatie marocaine a grignoter du terrain sur le continent au détriment de la diplomatie algérienne.

 

«L’intelligence marocaine s’est manifestée lorsque le royaume a choisi de faire le dos rond alors que ses adversaires étaient à l'apogée de leur puissance. Il (le Maroc, ndlr) a attendu que l’Algérie faiblisse économiquement et politiquement pour mener sa mener sa campagne diplomatique dans un continent en manque de soutien et incapable d’en fournir. Nous sommes dans une période où les Etats africains ont besoin d'investissements en réponse aux peuples qui privilégient le développement avant la politique.»

 

Pour Moustapha Salma, l’adhésion du Maroc à l’UA et la reconnaissance du Sahara n’ont aucun lien. La preuve, poursuit-il, que cet état des choses est présent dans tous les rassemblements continentaux, y compris l’UA, le Maroc n’étant pas le seul à ne pas reconnaître la «RASD», et son adhésion n’étant pas conditionnée par cette reconnaissance. Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud conclut que le mouvement indépendantiste aurait dû avouer son échec. Il rappelle que désormais les règles ont changé :

 

«Aujourd’hui, le Maroc gagne au sein de l’Afrique alors l’Algérie et le Polisario sont en retrait, la meilleure preuve étant l’adhésion du Maroc à l’Union avec l’aval de 38 pays, malgré les efforts de ses rivaux de bloquer cette adhésion.»

23/02/2017