Allal Najem est un artiste dissident au Polisario. Depuis des années, il mène un combat contre les amis de Mohamed Abdelaziz. Avant même l'apparition des vidéos du Mouvement de jeunes pour le changement, les chansons de Najem dénonçaient la dérive d’une direction affairiste. Yabiladi l’a rencontré. Entretien.

Comment le changement s’est-il opéré chez-vous, du fervent partisan du Polisario à l’opposant que vous êtes aujourd’hui ?

Cela s’est passé quand j’ai compris qu’il n’y a aucun espoir à continuer à suivre la direction du Polisario. C’est le résultat d’un long processus de réflexion qui a commencé lorsque le grand rêve que je caressais s’est dissipé. J'ai pris acte qu’il n’y a pas d’espoir à l’horizon, sachant que nous vivons selon leurs intérêts (ndlr: les membres dirigeants du Polisario) et les intérêts de l’Etat algérien qui nourrit des ambitions de souveraineté sur notre Sahara. Or cela nous ne pouvons l’accepter.

Le changement est donc la conséquence logique de 50 ans de politique de marginalisation menée par cette direction vile et méprisable. Une réalité qui nous a été cachée, pendant des années, à cause du blackout médiatique.

Est-ce qu’il y a un changement dans votre parcours artistique ?

Par le passé nous avions une confiance aveugle en la direction du Front. Nous avions cru que nous étions capables de bâtir un Etat en s’appuyant sur elle. Ce n’est qu’en accédant à la responsabilité d’un service au sein du « ministère de la Culture », que j’ai pris connaissance du degré de notre ignorance de ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir : destruction des biens, torture, abus, tyrannie et arrogance. Le tout est mené sous la protection algérienne. Et je tiens à préciser que je n’ai jamais chanté les louanges de la direction mais j’ai chanté en faveur de la thèse.

Quant au changement dans mon parcours artistique, je ne crois pas qu’il s’est produit. Tout de qui s’est passé c'est que par le passé je chantais pour des convictions et aujourd’hui je le fais pour d’autres convictions.

Vous aviez été victime d’une tentative de meurtre de la part d’éléments du Polisario…

Cela s’est produit durant l'hiver 2011. Après une journée de sit-in devant le siège de la délégation HCR, je retournais à ma khaima à bord de ma voiture, une Mercedes. Sur la route, j’ai été surpris de voir une voiture de la même marque que la mienne percutée par un véhicule militaire qui ne portait pas de plaques minéralogiques. Après cet incident, une source digne de foi m’avait dit que j’étais la cible de l’accident.

Vous avez subi des restrictions de la part de la direction du Polisario…

Tout rebelle qui s’oppose à un pouvoir et dévoile publiquement son vrai visage, doit s’attendre au blocus et à la diffamation, notamment lorsqu’il jouit d’une popularité. En voici un exemple : de retour en Mauritanie, j’ai été assigné à résidence surveillée dans ma khaima. Un décret « ministériel » m’a interdit d’animer toute activité culturelle. Ce qui m’a contraint à recourir aux médias électroniques pour médiatiser mon combat.

C’est durant cette période que j’ai subi des humiliations de la part de la direction et ses partisans. Ils ont volé mon instrument De. musique, ensuite ils ont récidivé en volant cette fois la khaima, le lieu de mon sit-in devant la délégation du HCR. Ce qui ne m’a pas empêché de continuer ma lutte jusqu’à ce que l’ONU me réponde ne pas avoir de solution à mon problème.

Ensuite, je suis allé à Nouakchott pour enregistrer mon deuxième album qui appelle au changement. De retour dans les camps, le pouvoir m’a empêché de rencontrer des membres de la fondation Robert Kennedy. Et lorsque je voulais parler avec Christopher Ross, j’ai été tabassé, humilié et insulté. Mes enfants ont également subi des restrictions. Et pourtant, ils n’ont rien fait. Leur seul tort c’est d’être les enfants d’un homme qui a osé dire tout haut ce que la majorité pense tout bas.

Récemment des vidéos sont postées sur le net, dénoncent la direction du Polisario. Ces enregistrements sont-ils des cas isolés ou reflète-t-ils un malaise général ?

Tout ce qui est diffusé exprime la réalité des camps. Les vidéos qui dénoncent la direction sont un indicateur d'une ébullition populaire qui est sur le point d’exploser.

Les camps de Tindouf vivent sous le blocus de l’armée algérienne…

Sous prétexte de combattre le terrorisme et lutter contre la contrebande, l’Algérie a décidé de mettre les camps sous blocus. Ils ont ainsi édifié des barrières de sables entre un camp et un autre pour y installer des check-points de son armée et enfin en construisant un mur de sable tout autour des camps avec des points de surveillance de l’armée algérienne. Ils ont peur de la fuite des réfugiés.

Enfin, que pensez-vous du plan d’autonomie proposé par le Maroc ?

C’est une proposition qui pourrait être la base de négociations entre les deux parties concernées mais sans l’ingérence d’une tierce partie. L’autonomie est une solution soutenue par la communauté internationale. Mais je pense qu’avant toute initiative de ce genre, il faut éloigner les réfugiés de cette région, de l’Algérie et de tous ses alliés. Ces derniers sont la cause du problème. Le salut ne peut être réalité qu’en écartant la direction du Polisario et de l’Algérie pour que le dialogue soit sahraoui-marocain.

04/05/2014