L’Algérie et sa création le Polisario refusent de procéder au recensement des populations de Tindouf pour continuer de détourner les aides humanitaires. C’est ce qu’affirme un récent rapport confidentiel de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), cité par le Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité (ESISC). L’ESISC précise, dans un document publié sur son site Internet, lundi 26 avril, que «si le refus injustifiable de l’Algérie» de procéder au recensement des populations de Tindouf «peut s’expliquer facilement eu égard à l’état de ses relations avec le Maroc et par son besoin de propagande politique sur la question des réfugiés présents sur son sol, le refus du Polisario est, quant à lui, principalement motivé par les profits illégaux que les dirigeants du front séparatiste opèrent grâce à une surestimation du nombre de réfugiés et, par voie de conséquence, à une aide humanitaire plus importante».

Le document de l’ESISC, élaboré par Claude Moniquet, président du Centre, et Dimitri Dombret, chercheur associé à ce Centre, rappelle que «le recensement des réfugiés est une obligation statutaire du HCR, répétée à plusieurs reprises par des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies qui réaffirment aussi que c’est au pays d’accueil qu’il incombe au premier chef de préserver le caractère civil et humanitaire de l’asile, de veiller à ce que le caractère civil et humanitaire des camps des réfugiés ne soit pas compromis par la présence ou les activités d’éléments armés et de veiller à ce que les camps ne soient pas utilisés à des fins incompatibles avec leur caractère civil et par des recommandations du Comité exécutif du HCR». Selon l’ESISC, le rapport 2009 de l’OLAF met en exergue la persistance, depuis le début du conflit, des mêmes problèmes, à savoir l’ incertitude sur le nombre réel de réfugiés, absence d’enregistrement et de recensement, manque de transparence et de responsabilité du Croissant-Rouge algérien et le déficit du monitoring.

D’après le Centre européen, ce rapport, inaccessible en raison des nombreuses violations du droit international et des règles européennes, est le fruit d’une enquête de six mois menée à Bruxelles, en Algérie, à Tindouf, au Maroc et dans d’autres pays de la région. L’Algérie affiche, selon le Centre européen, depuis de longues années «un mépris total face aux demandes réitérées du HCR» puisqu’elle conditionne le recensement à un règlement global du conflit au Sahara alors qu’en tant qu’«Etat d’accueil» des camps, les autorités d’Alger ont des obligations légales, politiques et morales vis-à-vis des populations sahraouies. «En l’absence d’un recensement fiable, l’aide humanitaire ne se base sur aucune donnée vérifiable», souligne l’ESISC. Le Centre européen affirme que l’Union européenne a constaté un détournement massif de l’aide humanitaire. «Le décalage entre la population réelle et la population estimée pose de nombreux problèmes. Il rend l’ajustement de l’aide impossible.

Or, il est crucial de pouvoir fournir, notamment aux enfants en bas âge, un régime nutritionnel adapté. Il contribue à entretenir les trafics en tous genres et le détournement de l’aide humanitaire puisque le HCR ne dispose pas d’une présence permanente dans les camps de Tindouf et que, de façon générale, les visites «étrangères» dans les camps sont très largement limitées et contrôlées par l’Algérie», note le Centre européen, précisant que «les populations sahraouies sont les premières victimes de ces pratiques de détournement de l’aide internationale». «Le constat du Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité est réel. En tant que défenseurs sahraouis des droits de l’Homme, nous avons toujours dénoncé le détournement systématique des aides humanitaires par l’Algérie et le Polisario.

Nous estimons que pas plus de 10% des aides humanitaires seulement parviennent aux séquestrés à Tindouf alors que le reste profite aux dirigeants du front séparatiste», précise Mohamed Taleb, secrétaire général de la Ligue des défenseurs sahraouis des droits de l’Homme, dans une déclaration à ALM. «Comment se fait-il que les dirigeants du Polisario puissent acquérir des résidences et des voitures de luxe en Europe alors qu’ils affirment qu’ils militent pour la libération du Sahara. C’est un paradoxe flagrant. Il faut noter qu’outre l’Algérie et le Polisario, certaines associations étrangères sont elles aussi impliquées dans le détournement des aides humanitaires consistantes», ajoute-t-il.

Des moyens sophistiqués pour localiser les caches de stockage de l’aide détournée

L’ESISC affirme que l’Office européen de lutte anti-fraude a utilisé les moyens les plus sophistiqués pour prouver le détournement par l’Algérie et le Polisario des aides humanitaires destinées aux camps de Tindouf. Selon la même source, l’OLAF est allé jusqu’à dissimuler des balises de géo-localisation dans des containers destinés au Polisario. «A l’arrivée, les découvertes qui ont été faites valaient bien cet effort inédit : ainsi, une fois que l’aide humanitaire arrive à Oran, elle met en moyenne 48 jours pour être finalement acheminée aux camps de Tindouf alors qu’une grande partie des chargements ne parvient jamais aux populations sahraouies dans le besoin».

L’ESISC rapporte que «le récent rapport de l’OLAF détaille comment le Croissant-Rouge algérien est le premier bénéficiaire du détournement de l’aide, suivi par les dirigeants du Front Polisario qui profitent de cette manne financière pour acquérir des armes, mais aussi et surtout des biens immobiliers personnels aux Canaries ou en Espagne». «Les enquêteurs de l’OLAF sont allés jusqu’à localiser avec précision les caches utilisées par les chefs du Polisario pour stocker l’aide détournée avant de la redistribuer sur les marchés subsahariens. Ils ont également identifié les responsables du front Polisario coupables de ces détournements et ont retrouvé une partie des villas de luxe achetées dans le sud de l’Europe», note l’ESISC.

23/06/2013