Bruxelles – Plusieurs eurodéputés ont appelé l’Union européenne à jouer un rôle positif dans le conflit du Sahara et à œuvrer pour l’organisation d’un recensement de la population séquestrée dans les camps de Tindouf auquel s’oppose farouchement l’Algérie depuis plus de quarante ans.
‘’L’impasse dans laquelle se trouve le conflit du Sahara est directement liée à l’absence de recensement dans les camps de Tindouf’’, ont souligné ces eurodéputés de différents groupes politiques dans une lettre ouverte adressée à la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne Federica Mogherini, à la veille de la tenue à Bruxelles du Conseil d’association Maroc-UE.
La lettre ouverte est signée par l’eurodéputé socialiste français et président du groupe d’amitié UE-Maroc au Parlement européen, Gilles Pargneaux, l’eurodéputée allemande du groupe PPE et présidente de la commission du contrôle budgétaire au Parlement européen, Ingeborg Grassle, l’eurodéputée Rachida Dati du groupe PPE et ancienne ministre française de la Justice, Frédérique Ries eurodéputée belge du groupe ALDE, Robert Rochefort, eurodéputé français du groupe ALDE et vice-président de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs au Parlement européen et l’eurodéputé britannique du groupe Socialistes et Démocrates Sion Simon.
Les signataires de la lettre, dont la MAP a reçu une copie, font observer que personne ne connait le nombre exact des personnes vivant dans les camps de Tindouf, relevant que le Parlement européen a mis l’accent sur cette situation problématique à maintes reprises, notamment dans un rapport sur l’exécution du budget général de l’UE pour l’exercice 2013.
Dans ce rapport, ont-ils rappelé, une grande majorité des membres du Parlement européen a invité la Commission européenne à contribuer à l’organisation d’un recensement dans les camps de Tindouf afin d’éviter le détournement de l’aide humanitaire.
Ils ont également souligné que le Conseil de sécurité de l’ONU a aussi imputé dans sa résolution du 28 avril 2015, la situation de statu quo au Sahara à l’absence de recensement de la population des camps de Tindouf.
Le conflit du Sahara a ralenti le renforcement des relations UE-Maroc et impacté négativement la population de Tindouf qui vit dans des conditions humanitaires exécrables, ont-ils regretté, relevant que les dernières inondations enregistrées dans les camps de Tindouf ont montré que cette situation de blocage est totalement inacceptable.
Dans cette lettre, les eurodéputés ont de même attiré l’attention de Mme Mogherini sur les activités de contrebande et de trafic de tout genre qui prolifèrent dans la région du Sahel et qui constituent une source importante de financement du terrorisme, notant qu’un tel trafic à quelques encablures des frontières de l’UE est ‘’encore plus inacceptable’’.
Les défis qui pèsent sur la région imposent à l’Europe d’être un acteur international fort, en particulier dans son voisinage proche et à jouer un rôle positif dans le conflit du Sahara qui a déjà duré trop longtemps, ont-ils plaidé, appelant à cet égard les Etats membres de l’UE à inclure la question du recensement de la population de Tindouf dans les conclusions du prochain Conseil d’association UE-Maroc prévu lundi à Bruxelles.
Un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), rendu public en janvier 2015, fait état d’un détournement massif et organisé de l’aide humanitaire internationale destinée aux camps de Tindouf au profit des dirigeants du polisario et de hauts officiels algériens.
L’OLAF attribue ces détournements à la surestimation par l’Algérie et le polisario du nombre de la population de Tindouf et donc de leurs besoins en aides humanitaires.
Pour continuer de tirer profit de la manne humanitaire, l’Algérie et le front polisario se sont toujours opposés à tout recensement de la population des camps de Tindouf malgré les demandes formelles du HCR en 1977, 2003, 2005 et 2015.
Le conflit du Sahara dit occidental, rappelle-t-on, est un conflit imposé au Maroc par l’Algérie qui finance et qui héberge sur son territoire à Tindouf le mouvement séparatiste du polisario.
Le polisario soutenu par le pouvoir algérien revendique la création d’un Etat factice au Maghreb. Cette situation bloque tous les efforts de la communauté internationale pour une intégration économique et sécuritaire régionale.

13/12/2015