Pays quasiment sans président depuis une demi-décennie, avec une économie fortement ébranlée par la chute drastique de ses revenus pétroliers, et qui ne doit sa stabilité apparente qu’à une «manne de corruption sociale» devenue tarissable, l’Algérie va droit vers l’incertain.

Avec son «Enquête sur le pays le plus mystérieux du monde», comme il le titre lui-même, l’hebdomadaire français Le Point du jeudi 16 novembre consacre un numéro spécial à l’Algérie. Une plongée visant à explorer les différentes facettes d’un pays, dont «l’économie est au ralenti, la situation politique incertaine, la société civile entravée… et qui vit des heures cruciales».

 

Ce reportage-enquête commence par le silence assourdissant qui règne dans les travées du palais présidentiel de la Mouradia. Non pas que les tapis persans et locaux étouffent les pas de son personnel pléthorique, mais parce que son principal locataire, Abdelaziz Bouteflika, n’y a plus fait acte de présence depuis son accident vasculaire cérébral de 2013 et son hospitalisation d’urgence au Val de Grâce de Paris, puis aux…Invalides.

 

Depuis, c’est désormais à sa résidence de Zéralda, une clinique hyper-équipée, que Bouteflika est de temps en temps artificiellement requinqué, pour «faire semblant» de recevoir un visiteur de marque.

 

En dehors de ces petites minutes d’apparition qui jalonnent rarement une interminable absence pour maladie incapacitante, le pouvoir de Bouteflika semble être aux mains de son frère Saïd, qui passe du statut de chaouch qui «transmettait» les ordres de son aîné à l’homme fort du régime qui «se charge» désormais de les donner.

 

Mais Saïd doit compter sur les «pions» des généraux de l’armée qui se tiennent en embuscade en surveillant la feuille du «malade». En attendant, ces gradés faiseurs de présidents-marionnettes en Algérie s’activent à fructifier le quart du budget de fonctionnement algérien qui leur est toujours consacré, bon an mal an, soit quelque 10 milliards de dollars. Une manne corruptive dont l’Algérie à l’habitude pour taire tout mécontentement, d’où qu’il vienne.

 

 

Le Point cite aussi, à titre illustratif, l’exemple de 25 milliards de dollars versés, en 2011, à l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes et qui ont été utilisés, selon l’hebdomadaire comme «manne de corruption sociale», car le taux chômage des jeunes Algériens est (officiellement) de 26.7% pour un pays dont la croissance atteint à peine 0.6% contre un taux d’inflation annuel de 7.7%. Ce dernier taux est appelé à s’aggraver sous l’effet de l’activation «dangereuse», selon Le Point, de la planche à billets. 

 

Cette situation politique, économique et sociale est d’autant plus délétère que la SONATRACH, la vache à traire de l’Etat algérien, est un «concentré de pouvoir et de corruption», dont les malversations les plus connues du public, surtout dans les affaires Farid Bedjaoui et Chekib Khelil, sont remises au goût du jour par Le Point.

 

Seul espoir dans cette morosité, les écrivains algériens, naguère honnis par le grand public car accusés d’être «aux ordres du pouvoir», sont aujourd’hui les plus virulents critiques de celui-ci. C’est pourquoi l’hebdomadaire clôt son «Spécial Algérie», en dernière page, par une chronique de l’écrivain Kamel Daoud. Un dernier mot dans lequel l’Algérie de Bouteflika est décrite comme «un pays opaque, silencieux et triste», en plus d’être «une dictature contre les élites et un populisme pour les désœuvrés».

18/11/2017