Bien que cela puisse paraitre étrange, une journaliste libanaise, qui milite également pour les droits de l’homme, a fait du conflit du Sahara son principal cheval de bataille. Rowaida Mroue, également fondatrice du Centre International du développement et de la formation et la résolution des conflits, défend depuis plusieurs années la marocanité du Sahara, ce qui lui vaut souvent des critiques très virulentes même de la part de Marocains. Pour comprendre ce qui motive cette jeune journaliste, nous avons pris contact avec elle pour lui poser quelques questions. Interview. 

Yabiladi.com : Quel est le secret derrière votre intérêt pour ce qui se passe au Maroc et qu’est-c e qui vous motive au juste pour défendre l’affaire du Sahara ?

Rowaida Mroue : J’ai déjà répondu à cette question épuisante plus d’une fois. Pour moi, ça n’a rien d’étrange, au contraire c’est le fait de poser cette question qui est plutôt étrange. Tout le monde sait que les journalistes libanais en particulier ont un grand écho en dehors de leur pays et qu’ils s’intéressent à des questions autres que celles relatives au Liban. Les affaires politiques au Liban sont très limitées, ce qui pousse les intellectuels libanais à s’intéresser plutôt à ce qui se passe à l’étranger.

On trouve par exemple beaucoup de journalistes arabes, de différentes nationalités, qui sont devenus aujourd’hui des chercheurs spécialistes de la Turquie, ou des groupes islamistes. Aussi, les plus grands analystes de la crise syrienne sont Libanais. Pourquoi ceux là n’ont pas été interrogés sur leur soutien, ou leur opposition au régime de Bachar Al Assad ? Pourquoi eux ne voient pas ma relation avec le Maroc de cet angle ?

C’est peut être à cause de la proximité géographique et les relations politiques qu’a le Liban avec ces pays, contrairement au Maroc qui est, lui, loin géographiquement et politiquement.

Bien sûr, cette question m’est posée à chaque fois pour une simple raison : le Maroc se trouve, en effet, loin de l’Orient. Si le sujet concernait la Libye par exemple, personne n’aurait été aussi surpris parce que, historiquement parlant, il y a eu plusieurs conflits diplomatiques entre le Liban et la Libye datant l’époque de la disparition de l’imam Moussa Sader (Ndlr : philosophe et dirigeant chiite libanais, porté disparu le 31 août 1978 lors d'une visite officielle en Libye). Idem pour la Tunisie, bien avant la chute de l’ancien régime, la société civile tunisienne était déjà très connue, et la politique en Tunisie pouvait compter sur plusieurs plumes qui écrivent pour des journaux réputés au Liban.

Pour ce qui est du Maroc, c’est un pays loin, non pas que du Liban, mais de tout l’Orient, parce qu’ils estiment que la culture marocaine est très éloignée de la notre et aussi, parce que les médias marocains n’ont pas réussi à exporter leurs sujets politiques, sociales ou culturels vers l’Orient.

Je m’intéresse au dossier du Sahara, ce qui m’a obligé à m’approcher plus de la politique marocaine, parce qu’il est impossible de débattre du dossier du Sahara sans connaitre la nature de la vie politique des partis marocains ou la mentalité du Palais ou sans que je comprenne le rôle joué par la diplomatie populaire et est-ce que celle-ci existe vraiment ou ce n’est qu’une illusion.

Pourquoi cet intérêt pour le Sahara en particulier ?

La question du Sahara, j’ai commencé à travailler dessus il y a quatre ou cinq ans par hasard, et par la suite les événements se sont accumulés. C’est là que je me suis vraiment intéressée au sujet. J’ai commencé à écrire sur le Sahara après l’avoir visité et après m’être assise avec plusieurs catégories de la population sahraouies dont des cheikhs de tribus, des commerçants locaux et des gens normaux rencontrés dans la rue. Cela a fait que mes écrits sont aujourd’hui basés sur la réalité et non sur des discours superficiels et c’est ce qui a fait aussi qu’ils attirent l’intérêt des Marocains.

Depuis 2007 et jusqu’à aujourd’hui, plusieurs délégation étrangères, provenant principalement d’Europe et des Etats-Unis, mais aussi de l’Asie et de l’Australie, ont visité la ville de Laâyoune. Parmi eux, des militants, des journalistes et des avocats et tous organisent (après leurs visites) des conférences de presse et rédigent des articles sur l’affaire du Sahara et personne n’y a vu quelque chose d’étrange.

Et pour quelle raison à votre avis ?

Peut être parce que je suis la seule Arabe qui s’intéresse au sujet. Il n’y a pas d’autres Arabes qui ont un intérêt pour le même sujet, c’est un problème dû au fait que ces derniers ne s’intéressent pas au Maroc. Ils ne veulent pas comprendre le Maroc ou peut être, vu qu’ils sont plus proches des pays du Moyen-Orient, ils s’intéressent plus à ce qui se passe en Egypte et en Palestine. Le Maroc a également préféré adopter une position de neutralité au cours des dernières crises arabes, ce qui a fait que les Arabes se sont désintéressés à leur tour des affaires internes du Maroc.

Certains vous accusent de toucher de l’argent pour rédiger des articles en faveur du plan marocain pour le Sahara. Que leur répondez-vous ?

Beaucoup m’accusent, en effet, de percevoir de l’argent pour rédiger mes articles et beaucoup d’autres pensent le contraire. La plupart de mes articles ne contiennent aucune glorification du Palais, ni de la gestion de la diplomatie marocaine dans ce dossier. Au contraire, ils proposent un éclairage sur les défauts de cette diplomatie parce que j’ai travaillé sur le terrain, j’ai assisté aussi à des événements liés à la question au Maroc et à l’étranger. Mon expérience dans ce domaine, je l’ai acquise sur le terrain et non en observant de loin.

Ceux qui m’adressent ces accusations n’ont qu’à présenter des preuves à l’opinion publique, en guise de service rendu à son pays et à son peuple. Pourquoi ces derniers ne mettent pas en doute les nombreux autres articles rédigés sur le Sahara ? Pourquoi ne parlent-ils pas des dizaines de Sahraouis qui sont impliqués dans des affaires de corruption relative à plusieurs millions de dirhams ? C’est parce qu’ils ne voient que ceux qui sont faciles d’accès. Ça ne me gène pas. 

18/04/2014