Il y a quelques jours, Khat Achahid avait appelé le roi à accélérer l’application de l’autonomie élargie au Sahara occidental. Pour en savoir plus, nous avons contacté le coordinateur du mouvement. Entretien.

Yabiladi : Qui est Khat Achahid ?

Mahjoub Salek : Le Front populaire Khat Achahid est un mouvement réformateur issu du combat et de la souffrance du peuple sahraoui. Sa création est la conséquence directe de la faiblesse de la direction du Polisario qui n’assume pas ses responsabilités. Cette direction n’a aucune stratégie claire à même de répondre à toutes les options possibles.

La création de Khat Achahid est également liée au changement radical de la position du royaume du Maroc qui a renié tous ses engagements et les accords auparavant signés avec la partie sahraouie sous l’égide des Nations Unies. Celle-ci n’assume plus sa mission d’organiser un referendum libre, juste et transparent à même de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination. En revanche, l’ONU est actuellement le gardien du statut quo. Elle ne fait rien quand nos citoyens sont humiliés et torturés sous les yeux de ses représentants.  

Qu’avez-vous réalisé depuis votre création ?

Notre évolution n’était pas une mince affaire. En cause, la campagne de dénigrement menée contre notre organisation par la propagande de la direction (du Polisario, ndlr), nous traitant à la fois d’être un mouvement tribal ou de collaboration avec l’ennemi (Maroc, ndlr). Heureusement, la suite des événements est venue démentir toutes ces accusations mensongères.

Malgré le peu de moyens dont nous disposons, tous nos biens sont entre les mains de l’actuelle direction, et l’interdiction de nos activités dans les camps de Tindouf, sans oublier les tentatives d’acheter la loyauté de certains de nos camarades, nous avons réussi à marquer des points. L’audience qu’avait accordée Christopher Ross à Khat Chahid en tant que mouvement d’opposition à la direction corrompue, est notre plus grande victoire. Ces entretiens de deux heures ont privé le Polisario du titre de seul représentant des sahraouis.

Est-ce que vous avez une présence à l’intérieur des camps ?

C’est justement cette présence qui a poussé la direction du Polisario à organiser des évènements au cours desquels elle a distribué des communiqués traitant les membres de Khat Achahid d’ennemis n°1. Elle a appelé à nous encercler et à nous boycotter sous prétexte de connivence avec l’ennemi. La preuve de notre forte présence dans les camps est le refus de la direction d’organiser un réel congrès qui ne dépend pas de sa tutelle ou d’organiser des élections libres et démocratiques pour permettre à nos citoyens dans les camps de choisir la direction qui les représente.

Avez-vous une présence au sein du Polisario ?

Nous sommes des militants du Polisario et présents à l’intérieur du Polisario parce que toutes nos familles sont dans les camps et elles constituent le Polisario. Mais le problème réside dans cette direction autoritaire qui commerce avec le nom du Polisario.

Certains vous accusent d’être une création des renseignements marocains, votre réaction ?

La direction du Polisario et les sionistes ont un point en commun : Toute personne qui remet en question l’holocauste est automatiquement accusée par Israël d’antisémitisme ; et tout opposant à la direction du Front est un agent du Maroc. La direction corrompue et dictatoriale commet, ainsi, une grave erreur. C’est la preuve la plus tangible qui récuse toute leur prose sur la révolution, le peuple et l’Etat. Ce sont eux les agents de l’Algérie.

Avez-vous des contacts avec les autorités marocaines ?

Jusqu’à présent non.

Quelle est votre évaluation des résultats du dernier congrès du Polisario ?

Ce fut un scandale burlesque. Ces résultats confirment ce que nous avions écrit à Khat Chahid sur l’absence de démocratie et la domination d’Abdelaziz et de ses pions.

Est-ce que vous subissez des pressions pour suspendre vos activités ? 

De nombreux camarades font face à des pressions de la part de la direction par le biais de la tribu, de leurs proches ou via les complications qu’ils rencontrent dans le renouvellement de leurs documents de voyage algériens.

Quant aux restrictions à l’intérieur des camps, elles sont nombreuses. Nous n’avons pas le droit de tenir des rassemblements, des conférences ou des meetings pour exprimer nos positions. Toute personne qui brave ses restrictions est remise aux autorités militaires algériennes de Tindouf qui se chargent ensuite de l’accuser de terrorisme, de coordination avec des groupes terroristes, de trafic de drogue ou de collaboration avec le Maroc.

Après plusieurs années de défense de l’indépendance du Sahara, vous avez appelé le roi du Maroc, il y a quelques jours dans un communiqué, à accélérer l’application de l’autonomie. Qu’est-ce qui a changé ?

Le dernier espoir des sahraouis s’est évaporé avec les résultats du congrès-scandale. Voilà ce qui a changé. C’est pourquoi nous avons demandé au roi du Maroc d’accélérer l’application de l’autonomie élargie pour sauver nos proches dans les camps des griffes de l’Algérie et de cette direction corrompue.

Que pense Khat Achahid du discours du roi de Laâyoune à l’occasion du 40ème anniversaire de la Marche verte ?

Nous souhaitons sa mise en place effective sur le terrain. Même s’il y a certains qui craignent pour leurs intérêts personnels et appréhendent une telle issue.

Que pensez-vous de la situation des droits de l’Homme au Sahara et dans les camps de Tindouf ?

En 40 ans de conflit, il y a eu de graves violations des droits de l’Homme aussi bien au Sahara que dans les camps. Il y a 800 sahraouis portés disparus entre Agdz, Kalaât Mgouna et la prison « Lakhel » de Laâyoune. Dans les camps, il y a plus de 750 sahraouis portés disparus dans les prisons de « Errachid », « Gara Bila », les « Tranches de Rabouni », l’« Ecole 12 octobre », « Bierate Laâtatfa ». Mon père et mes trois frères étaient des victimes des bagnes secrets du Maroc et moi j’ai été victime des prisons secrètes du Polisario.

Mais pour l’Histoire, nous saluons le courage du jeune roi Mohammed VI qui a tourné la page des années de plomb en offrant des réparations aux victimes et en autorisant les familles à se recueillir sur les tombes de leurs proches. En revanche, la direction du Polisario n’a rien entrepris de similaire jusqu’à présent. Elle n’a présenté ni excuses, ni offert d’indemnités, ni permis aux familles de visiter les sépultures des victimes. Cette position est logique quand on sait que les responsables directs de ces violations sont des membres de l’actuelle direction.

Pourquoi ne retournez vous pas aux camps pour poursuivre votre combat ?

Dès que j’ai déclaré mon opposition à la direction corrompue du Polisario, on m’a retiré mon passeport algérien. Nonobstant notre présence à l’étranger nous sommes en contact quotidien avec les habitants grâce aux moyens de communications actuels.

Les sahraouis sont-ils des réfugié ou des séquestrés ?

Les sahraouis des camps sont des réfugiés, sachant qu’ils ont quitté leur pays après avoir refusé le partage de leur nation entre le Maroc et la Mauritanie. Néanmoins, ils sont privés de tous les droits de réfugiés reconnus dans les conventions de Genève. Et ils sont des séquestrés de la direction du Polisario. Celle-ci refuse, depuis 40 ans, d’accorder aux sahraouis le statut de réfugiés.

A qui profite la prolongation du conflit ?

C’est la mafia du Polisario qui est le premier bénéficiaire de cette situation. Il y a également une mafia algérienne et une mafia au Maroc qui en profitent au détriment des femmes, enfants et les personnes âgées qui souffrent sous les tentes.

Quel est votre avis sur l’arrêt de la cour de justice de l’Union européenne annulant l’accord agricole entre le Maroc et l’UE ?

Si le Maroc se contente des slogans « le Sahara est marocain » et « le Maroc, de Tanger à Lagouira » sans fournir le moindre effort pour convaincre les Etats, il y aura des décisions similaires et peut-être plus graves que celle du verdict de la cour de justice européenne.

 

07/01/2016