Maroc-Espagne Entre le risque et l’opportunité

Crise économique oblige chez nos voisins, la visite du chef de la maison des Bourbons, accompagné d’une importante délégation de chefs d’entreprises et des grands groupes, et des présidents d’universités, aura une tonalité fortement économique. Investissements, échanges commerciaux, ouverture aux marchés publics et aux appels d’offres publics, plus grande sécurité de l’investissement, sécurité législative, accords agricoles, accords de pêche seront au menu, défendus bec et ongles par un patronat espagnol, dont le meilleur avocat reste… le souverain espagnol. Autre sujet à l’ordre du jour, les possibilités de colocalisation en Amérique latine et en Afrique, le Maroc étant aujourd’hui un acteur clé dans la chaine de valeur ajoutée industrielle des entreprises espagnoles, notamment dans les secteurs automobile et textile, pays clé également dans l’internationalisation des entreprises ibériques même s’il ne faut pas sur ce dernier point se faire trop d’illusions et revenir aux réalités ; les réalités que rappellera la présidente de la CGEM, Miriem Bensalah Chaqroun, ce sont les déficits de la balance commerciale, le déséquilibre dans les relations, l’absence des grands groupes espagnols, la volatilité des relations essentiellement commerciales. Il reste, comme le soulignait récemment le ministre Youssef Amrani, que «nos deux pays possèdent les instruments et les atouts nécessaires pour tirer profit de ce contexte de crise économique et financière et fonder un avenir commun», d’autant qu’à l’heure des négociations pour l’accord de libre-échange complet et approfondi, l’Espagne se trouve en pole position.

 

Ce rapprochement permettra-t-il de réduire l’une des frontières les plus inégalitaires au monde, se demande Larabi Jaidi, qui nous présente une radioscopie complète des relations économiques Maroc-Espagne et qui nous rappelle que le PIB espagnol qui représentait 4 fois celui du Maroc a été multiplié par 3, représentant aujourd’hui 15 fois le PIB marocain ? Réduire cette frontière, c’est contribuer à une intégration équilibrée, à la réussite d’une convergence multidimensionnelle, à réduire l’émigration et à exploiter le formidable potentiel qui existe dans les deux économies. En somme, donner du sens à un véritable partenariat dont les objectifs seraient le codéveloppement, la coresponsabilité, la codécision entre Rabat et Madrid. Autre élément clé d’un véritable partenariat, le transfert technologique à l’image de ce que demandent la Chine et les pays émergents à leurs partenaires.

 

Une note dont nous publions un extrait du service économique de l’ambassade d’Espagne (voir encadré) affirme que «le Maroc et l’Espagne ont également pu renforcer leurs liens économiques à travers le partenariat technologique». Il reste qu’il y a là un immense potentiel à développer comme dans le domaine financier. En attendant peut-être la création d’une banque méditerranéenne à capital public-privé, Joan Rosas, directeur d’institutions financières internationales de la Catalane, la Caixa Caisse d’épargne et de retraite de Barcelone qui est la première caisse d’épargne d’Europe, la troisième entité financière et bancaire d’Espagne et la première de Catalogne et qui possède de nombreuses participations financières au travers de a Criteria CaixaCorp, a annoncé lors de la rencontre du CDS et IEMed à Barcelone son intention d’étendre son réseau au Maroc et d’ouvrir une seconde succursale au Maroc. Après Casablanca, c’est Tanger qui a été choisie. Reste que ce cap ne peut être atteint si la méfiance se perpétue, si de grands dossiers continuent à plomber l’avenir de ces relations et de celui de toute une région.

 

Des dossiers qui seront décryptés, Sahara, Sebta et Melilla, droit de la mer du Maroc pour l’exploitation du pétrole canarien par les deux souverains à l’aune d’une nouvelle situation, celle du Sahel et de la sécurité euro-méditerranéenne. Et plus que jamais, c’est une vision stratégique à long terme qui doit prévaloir pour éviter les capacités de nuisance, préserver une région hautement sensible, celle du détroit de Gibraltar qui est la route maritime la plus fréquentée au monde… Miguel Angel Moratinos, ancien ministre des Affaires étrangères et de la coopération, qui accompagne le souverain Juan Carlos dans sa visite au Maroc, soulignait que «l’avenir de la région euro-méditerranéenne peut être le fléau de la balance des changements géostratégiques que l’on pressent pour le XXIe siècle. Il est aussi sans nul doute un livre ouvert dans lequel il faut tirer les leçons du passé et écrire le présent, avec une volonté citoyenne et une détermination politique en imaginant un avenir de coopération et de cohésion». Dans cette région euro-méditerranéenne, laboratoire de la mondialisation, il faut justement tout faire pour raison garder, pour construire cet espace de paix et de sécurité. Cette visite au sommet et la rencontre des deux Souverains en constituent une opportunité qu’il faut saisir pour préserver l’avenir.