Le Maroc a mobilisé une forte délégation, composée de ministres et d’experts, pour défendre la position du Maroc concernant le projet que l’administration américaine propose au Conseil de sécurité sur les droits de l’Homme au Sahara…

C’est une forte délégation, composée de ministres et d’experts chargés du dossier, qui s’est déplacée aux Nations unies, à New York pour défendre, officiellement ou coulisses, la position du Maroc concernant le projet que l’administration américaine propose au Conseil de sécurité sur les droits de l’Homme au Sahara… Elle est composée entre autres de Taieb Fassi-Fihri, Conseiller du Roi Mohammed VI, Youssef Amrani , ministre délégué aux Affaires étrangères et à la coopération, Mohamed Yassine Mansouri , directeur général de la DGED ( Direction générale des études et documentaires), ainsi que de plusieurs autres personnalités et experts. Plusieurs contacts ont été pris avec les représentants des 5 pays membres permanents du Conseil de sécurité et des  « pays amis » du Maroc…Sur instructions du Roi, il s’agit, comme nous l’a confirmé un membre de la délégation, de mettre en œuvre sur instructions du Roi, de défendre la position du Maroc dans le cadre d’une concertation avec les autres pays, ambassadeurs et délégués qui suivent le dossier. Ballotté entre partisans et adversaires du projet de résolution soumis par les États-Unis sur l’introduction du thème des droits de l’Homme dans la mission de la Minurso au Sahara, le Conseil de sécurité de l’ONU a écouté hier le rapport annuel que Christopher Ross, envoyé spécial de Ban Ki-moon, a présenté après son périple de plusieurs semaines au Sahara et dans la région. Les membres permanents, en l’occurrence les États-Unis, la France, la Russie, la Grande Bretagne et la Chine et plusieurs autres cooptés dans le cadre de la rotation, sont conviés à adopter le projet de résolution que le gouvernement américain leur soumet ! Le Conseil de sécurité avait aussi à statuer sur l’avenir de la MINURSO dans ce territoire, renouvelée chaque année depuis 1991, date à laquelle elle avait été créée en même temps qu’avait été signé un cessez-le-feu conduit sous la houlette de Pères de Cuellar , alors secrétaire général des Nations unies !  Si l’incertitude totale était maintenue jusqu’à la dernière minute, et notamment jusqu’au début de la réunion du Conseil de sécurité hier à 10 heures de New York (15 heures du Maroc), des informations contradictoires, parfois même fantaisistes, étaient publiées en milieu d’après-midi pour annoncer que « le projet de résolution américain visant à étendre les prérogatives de la Minurso au contrôle des droits de l’homme au Sahara aurait été retiré de la table des négociations » ! C’est peu dire : l’information, lancée comme un « scoop » par le site Atlasinfo, ne pouvait pas ne pas prendre les uns et les autres de très court. Le site parisien auquel participe Mouna Daoudi, ancienne correspondante de la MAP à Paris, se basait sur une prétendue « source onusienne » non précisé et, par ailleurs, de Christophe Boutin, directeur du Centre d’études sur la théorie et la régulation de l’État et professeur agrégé de droit public à l’université de Caen, qui affirmait que « le nouveau titulaire du Département d’État, ( en l’occurrence John Kerry), voulant peut-être marquer son territoire à peu de frais, aurait sans doute gagné à relativiser l’influence de certains lobbies ».  A l’heure où ces lignes étaient rédigées, rien n’était venu confirmer ou infirmer cette information dont le moins que l’on puisse dire aujourd’hui encore, est qu’elle relevait manifestement du sensationnel. On savait que deux au moins du cercle des « pays amis » du Sahara, en l’occurrence la France et l’Espagne, avaient exprimé leur réserve expresse sur le projet de résolution préparée par le gouvernement américain pour inclure la question des droits de l’Homme dans les prérogatives de la Minurso. Une telle prise de position enchantait bien évidemment l’opinion publique marocaine, elle apportait un baume à leur cœur. Mais pouvait-elle changer le cours des choses, l’irréversible mouvement désenchanteur créé par la décision du gouvernement des États-Unis , perçue comme une trahison, à vrai dire inacceptable et inacceptée… Quand bien même l’ambassadeur des États-Unis à Rabat Samuel Kaplan aurait soutenu ce week-end à Tanger que la position de son pays n’a pas changé – à savoir le soutien de Washington à une solution politique de paix dans le cadre de l’ONU – , rien n’y fait ! « La position des États-Unis concernant la question du Sahara est restée inchangée, en dépit de la proposition faite par Washington en vue d’élargir les prérogatives de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme », a-t-il affirmé, dimanche soir, à l’ouverture de la 12ème édition du Séminaire d’avril de l’Institut de la Légation américaine à Tanger pour les études marocaines (TALIM) . Mais, la césure est là, elle creuse un fossé aggravé entre le peuple marocain et le gouvernement américain qui n’a cessé de proclamer que sa politique « ne se base pas sur ce que dit ou non le gouvernement marocain, mais sur les sensibilités de l’opinion publique… » !  Et donc des associations, des ONG, des voix qui représentent la société civile dans ses larges et profondes franges…Eh bien ! Il ne croit pas si bien penser : les associations des droits de l’Homme au Maroc sont mobilisées , la déception et l’amertume aidant, pour dénoncer ce qui leur apparaît comme une opération d’alignement pur et simple sur l’injustice et la perversité…Cette déception était d’autant plus profonde que, dans le tout dernier rapport que le Département d’Etat américain vient de publier sur les droits de l’Homme à travers le monde, une place particulière est pour la première fois réservée aux prétendues violations commises par le Maroc au Sahara, comme s’il constituait un chapitre à devoir être mis en exergue ! De plus, le rapport en, question se base sur des faits qui se sont produits il y a déjà plusieurs années… Jusqu’à la fin de la journée d’hier, rien n’avait encore filtré sur la teneur des débats entamés au sein du Conseil de sécurité. Les rumeurs sur un ajournement ou un renoncement américain au projet de résolution n’ayant été ni démenties, ni confirmées, la réserve a été de mise. Jusqu’à nouvel ordre, on pouvait se consoler de la convergence entre la position de la France et celle de l’Espagne dont un haut responsable aurait annoncé que le projet de résolution américain n’était pas justifié… On pouvait également espérer que les responsables américains se raviseraient « in extremis », parce que jusqu’ici, ils avaient constitué l’un des alliés du Maroc et même un soutien précieux dans l’affaire du Sahara. On subodorait en revanche depuis septembre dernier un certain changement, perceptible au fur et à mesure que le lobby des Kennedy et Kerry se mobilisait avec les groupes de pression de l’Algérie et du Polisario pour entamer leur campagne au niveau de l’ONU… C’est ce que le Maroc s’efforce de démontrer depuis quelques semaines, autrement dit l’aberration qu’une grande puissance comme les Etats-Unis puisse verser dans le jeu d’une ONG, alors que de violations graves persistent dans les camps algériens de Tindouf….

23/04/2013