Dimanche, la ville de Kenitra accueillera une conférence organisée par l’association pour la défense des Marocains expulsés d’Algérie. Trente-huit ans plus tard, le dossier ne parvient pas à s’extirper des tentacules du statut quo. Retour sur un événement tragique.

Entre le 8 et le 30 décembre 1975, 40 mille familles marocaines ont été expulsées par les autorités algériennes laissant derrières eux presque tous leurs biens. Une opération qui avait été précédée par le recensement et l’identification des ressortissants marocains, initiée juste après le discours du roi Hassan II du 16 octobre 1975 annonçant la Marche verte.

Bien que le dossier soit assez médiatisé et a même pu se frayer un chemin dans les instances internationales (parlement européen et conseil des droits de l’homme de l’ONU, notamment), force est de constater que les choses avancent très peu. Le drame de ces familles chassées d’Algérie sans préavis et sans ménagement à cause du différend politique entre les deux régimes sur le Sahara occidental est encore très loin de connaître une issue.

Victimes des deux Etats

Trente-huit ans plus tard, plusieurs familles expulsées de l’Algérie vivent dans la précarité. « Aujourd’hui, elles sont obligées de quitter les classes d’écoles ou les petites maisons relevant des ministères de la Santé ou de l’Equipement qui leur servaient de logement, au moment du retour au Maroc. Elles sont à nouveau menacées d’expulsion mais cette fois sur ordre des tribunaux marocains »,  nous confie Mohamed El Harouchi, président de l’association pour la défense des Marocains expulsés d’Algérie.

« Après la mort du père ou sa mise à la retraite, les administrations veulent récupérer leurs biens, sauf que les familles n’ont pas de moyens financiers pour s’offrir de nouveaux appartements», déplore-t-il. Dépité, il reconnait qu’elles sont « victimes des Etats marocain et algérien».

Soumis à une hypothétique normalisation des relations

De 1975 à 2005, le dossier des expulsés d’Algérie a été en totale hibernation. Certes en 2003, le gouvernement Jettou avait demandé à son homologue algérien de créer une commission pour plancher sur cette question. Mais la démarche  avait essuyé une fin de non recevoir des autorités algériennes qui considéraient la demande nulle et non avenue.  Et ce n’est qu’en 2005, que les victimes ont décidé de prendre leur destin en main. L’ADEMAE a alors vu le jour pour tenter de secouer le cocotier.

Aujourd’hui, on peut même compter quatre associations qui défendent, en rangs dispersés, le même dossier. Une situation  qui profite aux Algériens mais également à « certains responsables marocains qui ne souhaitent pas que notre cause soit très médiatisée et source d’inquiétude pour les autorités du voisin de l’Est », souligne El Harouchi.

Dépendant d’une hypothétique normalisation des relations avec l’Algérie, le dossier des expulsés en paie un lourd tribut. La flamme du rêve des 40 mille familles de récupérer leurs biens perdus est sur le point de s’éteindre complètement. Elles continuent par contre d’espérer qu’elles conserveront le « logement de fonction » octroyée au père au lendemain des expulsions d’Algérie. Et ça serait là sans doute le seul lot de consolation. Même le projet de plainte contre Abdelaziz Bouteflika devant l'Audience Nationale de Madrid, vient de tomber à l'eau.

27/12/2013