Laâyoune TV a donné une visibilité médiatique au « Mouvement des jeunes pour le changement » qui s’oppose aux cadres du Polisario. La dernière vidéo en date annonce la création de la « branche militaire » du mouvement. Mohamed Laghdaf Eddah, directeur de la chaine, explique ce coup médiatique.

Depuis quelques semaines, le «Mouvement des jeunes pour le changement» (MJPC) réclame un renouvellement à la tête du Polisario. Les contestataires se disent victimes de «40 années de souffrance» et se sentent lassés d’une direction qui s’est offert «des maisons luxueuses en Algérie et en Mauritanie». Le MJPC a annoncé, le 14 mai, la formation d’une «branche militaire». Inconnu jusque là, ce mouvement s’est fait connaître à la faveur de la couverture médiatique de Laâyoune TV, chaine régionale du pôle public qui défend la thèse officielle sur la question du Sahara.

TelQuel : Qu’est-ce qui vous a poussé à diffuser ces vidéos?

Mohamed Laghdaf Eddah: Ce sont les jeunes formant le groupe qui nous ont contactés. Notre chaine est très vue dans les camps de Tindouf, nous étions le relais médiatique idéal pour leur message. Ce mouvement réclame quelque chose de tout à fait légal, ils veulent du changement à la tête d’un mouvement vieux de 40 ans.

Avez-vous vérifié l’authenticité de ces vidéos ?

Nous avons utilisé des méthodes que je ne peux pas divulguer pour  garantir la sécurité de nos sources. Nous disposons d’un réseau fiable. La vérification de l’authenticité de ces vidéos est l’étape qui a pris le plus de temps et nécessité le plus de travail.

Quelle a été la réaction de la population sahraouie dans les camps?

Selon les échos qui nous sont parvenus, cette vidéo a été un coup dur pour le Polisario. Le message dérange la direction du Front d’autant que ce mouvement de jeunes ne défend pas le projet d’autonomie. Suite à la diffusion de cette vidéo, il y’a eu beaucoup d’arrestations dans les camps. Des incidents ont également eu lieu lors du FiSahara (festival de cinéma organisé annuellement dans les camps de Tindouf).

Est-ce qu’un mouvement similaire au Maroc aurait bénéficié d’une telle couverture ?

On ne peut pas comparer le Maroc au Polisario. Il y’a beaucoup de groupuscules politiques dans le royaume qui peuvent s’assurer une couverture médiatique contrairement à ces jeunes.

N’avez-vous pas peur d’être perçu comme un outil de propagande ?

Notre chaine n’est en aucun cas un outil de propagande. Nous ne couvrons pas les activités gouvernementales, et nous ouvrons nos plateaux à toutes les franges politiques du pays. Nous gênons aussi bien les autorités que les groupes séparatistes.

 

23/05/2014