Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, accuse les leaders africains d'avoir "favorisé les intérêts économiques au dépens des principes idéologiques" à travers leur soutien à la réadmission du Maroc à l'Union africaine. Décryptage.

 

Robert Mugabe, qui détient le record mondial de longévité à la tête du pouvoir, n'a pas manqué l'occasion de la réadmission du Maroc à l'Union africaine pour émettre son  «opinion». Les dirigeants africains, en répondant favorablement au retour du Maroc à l'UA, ont favorisé «les intérêts économiques au dépens de l’idéologie», a commenté Mugabe, cité par le quotidien gouvernemental The Herald.

Partant de la jugeote du plus ancien président au monde -admirez l'exploit!-, les leaders africains auraient dû continuer à s'accrocher aux oripeaux idéologiques quoique dépassés, éculés, voire fossilisés, puisqu'hérités de la défunte époque de la guerre froide. A peine Mugabé, vestige lui aussi de cette tristement célèbre époque de la guerre froide, n'eut-il pas accusé ses pairs carrément de trahison à ces sacro-saints principes, bons pour le «musée» puisque continuer à y donner crédit reviendrait à insulter le présent et l'avenir du continent.

 

Parlons clair, parlons vrai: la vieille garde dont Mugabe est l'illustration la plus affligeante est celle qui a paralysé les instances de l'Union africaine,  «réussissant» une retentissante prise en otage du continent pour satisfaire les egos démesurés et la soif de pouvoir dévorante de dictateurs en rupture de ban. Mugabe, à 91 ans, se reconnaîtrait parmi ces Bokassa-gueules-de-loups, avec ce que cela comporte d'égocentrisme, de culte de la personnalité, d'autocratie, de mépris envers les peuples...

 

Il est bien clair que Mugabe, triste symbole de cette vieille garde, n'a pas compris que les temps ont changé, à la faveur d'une nouvelle génération de leaders africains pragmatiques regardant vers le progrès de leurs pays, l'essor de leurs peuples, à travers la promotion des valeurs de démocratie, de liberté et de modernité.

 Or, ce sont là des idéaux que Mugabe et consorts méprisent à la faveur d'un discours tiers-mondiste passé de mode, basé sur le ressassement des vieux-nouveaux slogans anti-colonialistes, démagogiques et populistes. Ils ne peuvent d'ailleurs en aucun cas les cautionner, ils savent évidemment que pareille éventualité sonnerait le glas de leur «règne» imposé à leurs peuples.

 

Petits rappels nécessaires ...

 

Mais passons, car une piqûre de rappel s'impose. Mugabe, entre autres dinosaures devenus amnésiques, semble oublier les sacrifices qui ont toujours été consentis par le Maroc en faveur de l'Afrique. L'action menée par le roi Mohammed VI durant les dix-sept dernières années sur le chantier du développement en Afrique s'inscrit dans le prolongement du rôle précurseur de son grand-père, feu Mohammed V, quand le défunt roi a rassemblé, en janvier 1961 à Casablanca, les leaders africains Gamal Abdel Nasser (Egypte), Ahmed Sékou Touré (Guinée), Modibo Keïta (Mali) et Kwame Nkrumah (Ghana). Cette réunion a constitué le premier pas décisif dans la construction de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ancêtre de l’UA. En ce temps-là, l’Algérie était un département français et Nelson Mandela se trouvait au Maroc pour récolter les armes et les financements qui l’aideraient à soustraire l’Afrique du Sud au régime de l’apartheid.

 

Dans la lignée de son grand-père, Mohammed VI a fait de l'Afrique le principal sujet de la politique extérieure du royaume. Pour s'en apercevoir, il n'est qu'à constater que le souverain a effectué, depuis son accession au trône en 1999, des visites dans pas moins de vingt-cinq pays africains. Et à chaque occasion, Mohammed VI, a contrario d'autres dirigeants qui parlent plus qu'ils n'agissent, arrivait avec des projets structurants, conformément à une approche novatrice inspirée du sentiment d'appartenance commune et du sens de la générosité que le Maroc a toujours fait sien.

 

L'annulation en  2000, lors du Sommet Afrique-Europe, des dettes des PMA (Pays les moins avancés) africains et la suppression des barrières tarifaires en provenance de ces pays est l'expression la plus noble de l'altruisme marocain envers les pays africains frères.

 

Or, qu'ont-ils apporté, Mugabe et consorts, à l'Afrique, en dehors du ressassement de discours éculés et stériles? L'Afrique est en effet lassée de ces laïus tiers-mondistes à merci et l'arrivée du Maroc au sein de l'UA, en plus de la fraîcheur qu'elle y apporte, promet de recentrer son action autour de l'essentiel: une Afrique des peuples et non un «syndicat» pour défendre des dictateurs sans scrupules. Voilà justement ce qui dérange Mugabe et consorts.

02/02/2017