Au milieu des avalanches habituelles de recueils pieux et de livres de cuisine, notre chroniqueur a déniché une «pépite» au récent Salon du livre du Caire. Il nous en parle.

 

Ce sont deux «orientalistes», comme on disait avant, deux «chercheurs», ainsi qu’on doit dire si on veut «faire moderne», bref deux universitaires encore jeunes, l’un Marocain, docteur en histoire de l’université de Provence, bon connaisseur de la puissante confrérie soufie des Tidjanes, Jilal El Adnani; l’autre, pas mal lu déjà, parmi les amateurs de regards audacieux, depuis son Israël, l’enfer du décor (éditions du Cygne, Paris, 2011), Sébastien Boussois.

 

Une curiosité commune pour les «oubliettes» de la question saharo-marocaine, pendante depuis 1975, a réuni ces deux plumes, et cela a donné ce dense essai historique, A la conquête du Sahara marocain, découvert au Salon du livre.

 

Un Lyautey ambivalent

 

Nos deux prospecteurs, ayant eu accès à des archives françaises, peu ou pas exploitées, sont remontés bien plus loin que l’époque du roi Hassan II et du caudillo Franco. Jusqu’à Lyautey, dont l’action saharienne fut tour à tour négative puis positive en faveur de l’Etat nommé alors «Empire chérifien».

 

Commandant militaire  en Oranie, avant le traité de Protectorat (1912), le futur maréchal-résident, conseilla à son pays, et sur ce point il fut écouté, de mordre sur les marches occidentales du Maroc, au bénéfice de l’Algérie, française depuis 1830. Après sa retraite en France, Lyautey, au contraire, notamment en 1932, conseilla secrètement au nouveau et jeune sultan, Mohamed Ben Youssef, de protester contre les empiètements français sur les marches méridionales de la Chérifie, où se trouvaient alors aussi les Espagnols du roi Alphonse  XIII.

 

Il était trop tard! La France au zénith de son influence ultramarine, ne pouvait reculer sans risquer de perdre la face. Toutefois, en 1956, lors de la récupération par Rabat de sa souveraineté, la bourgade de Tindouf fut théoriquement placée sous le commandement d’Agadir. Il était là aussi un peu tard: c’est dès 1934 qu’il aurait fallu le faire, lorsque les militaires français parvinrent pour la première fois à Tindouf, où les habitants se dirent sans ambigüité, «fidèles à Sa Majesté chérifienne»…

 

Alger imite Paris

 

A présent, Alger invoque à chaque occasion sa «souveraineté» sur Tindouf, ce qui fait dire à Boussois et Adnani que l’Algérie  indépendante observe au Sahara exactement la même attitude que la France coloniale, celle-ci étant pourtant vilipendée à chaque occasion par les porte-paroles de la «République algérienne démocratique et populaire»… Oxymore, quand tu nous tiens!

 

 

 

Jilal El Adnani et Sébastien Boussois,  A la conquête du Sahara marocain. Deux siècles de convoitises étrangères. Les nouvelles révélations des archives françaises, Edition B. Casa-Express, Rabat et Paris, 200 pages, 100 DH.

24/02/2017