Une nouvelle tendance émerge au sein de la direction du Polisario appelant à la vigilance et à la nécessité d’anticiper une «mutation» de la politique algérienne dans le cadre de la lutte de succession et le changement de président en Algérie.

De retour à Rabouni, après une rencontre de plus d’une heure et demie à Alger avec le président Abdelaziz Bouteflika, Mohamed Abdelaziz semblait décidé plus que jamais à rester le leader du front Polisario. Fort des «assurances» qui lui auront été faites par le chef d’Etat algérien, lors de leur rencontre le 22 novembre, en présence du chef de cabinet de la présidence algérienne, Ahmed Ouyahia, du chef d’état-major de l’armée algérienne, Gaïd Salah, du ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra et du ministre délégué chargé des Affaires maghrébines, Abdelkader Messahel, le chef du Polisario s’est empressé de réunir, le 24 novembre à Rabouni, son Bureau politique pour lui dévoiler la teneur de cette rencontre.

Une sorte de débriefing pour ses «camarades» sur cette rencontre qui a eu lieu à la demande et à l’initiative du chef de cabinet de la présidence algérienne, Ahmed Ouyahia, connu pour son attachement à la ligne orthodoxe de la politique algérienne en ce qui concerne la contestation du Sahara marocain et le soutien inconditionnel du Polisario. «La rencontre avec Bouteflika a été organisée à la demande et l’initiative d’Ahmed Ouyahia, après avoir reçu une lettre de Mohamed Abdelaziz, qui a évoqué les préoccupations du peuple sahraoui à propos des rumeurs sur des modifications éventuelles de la position de l’Algérie sur le conflit du Sahara», précisent les sources de Le360.

De son voyage à Alger, Mohamed Abdelaziz est donc retourné à Tindouf «sûr de la constance» de la position algérienne sur le conflit saharien. C’est ce qu’il a d’ailleurs tenté de transmettre lors de sa réunion le 24 novembre avec le Bureau politique du Polisario. Or, ce n’est pas de cet œil que l’ont vu ses camarades au BP du front, du moins un segment important d’entre eux. Mohamed Abdelaziz a donné un résumé de sa rencontre avec Bouteflika devant le Bureau politique du Polisario. En faisant son compte rendu à ses camarades, Mohamed Abdelaziz affichait un air rassuré et optimiste.

Mais voilà, certains membres du secrétariat général du front ont développé une position plus nuancée. Ils constatent que la réunion entre Mohamed Abdelaziz et Boouteflika, étant donné le contexte algérien de rumeurs inquiétantes, prouve au contraire que "la politique de l’Algérie sur le Sahara est maintenant l’objet d’un débat interne en Algérie", révèlent les sources de Le360. Plus encore, «la ligne orthodoxe adoptée par Ouyahia, qui tente de se tailler un poste pour lui-même comme le gardien des positions traditionnelles de l’Algérie et, ainsi, augmenter ses chances dans la course à la succession, n’est pas partagée par un segment important de la classe politique algérienne», ont relevé les membres du secrétariat général du Polisario, exigeant que «les organes de la direction du Polisario devraient être plus vigilants, afin d’être en mesure d’anticiper l’émergence d’une nouvelle position de l’Algérie qui pourrait être plus nuancée, distante et peu enthousiaste à propos du conflit du Sahara».

Pour précision, cette tendance au sein de la direction du Polisario, qui s’est exprimée pour la première fois ouvertement sur un éventuel changement de la position d’Alger sur le contentieux saharien, ne s’est pas arrêtée à ce stade. Selon nos sources, "elle s’est prononcée dans les réunions préparatoires du 14ème congrès du Polisario, prévu le 15 décembre, et sera sans doute présente lors des débats" d’un congrès qui promet bien des empoignades.

Et pas vraiment à tort! Face à un Mohamed Abdelaziz qui, malgré sa maladie et son impopularité grandissante dans les population de Tindouf, ne cherche qu’à rempiler pour un énième mandat, des fissures commencent déjà à se déclarer dans le QG de Rabouni pour des raisons internes au front, mais aussi et surtout face à l’avènement d’une nouvelle tendance dans la classe politique algérienne qui ne fait plus aucun mystère de son agacement devant le coût politique, diplomatique et financier que vaut la poursuite du soutien d’une entité séparatiste en rupture de ban. Les dernières déclarations du patron du FLN, Ammar Saâdani, combinées à celles de la SG du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, pour appeler à l’abandon du Polisario et à la normalisation des relations entre Alger et Rabat, se veulent l’expression la plus éloquente de ce changement de cap annoncé en Algérie.

08/12/2015