ONG à Genève : La communauté internationale dit son exaspération face au détournement des aides à Tindouf

Genève – La communauté internationale est plus que jamais excédée face au détournement des aides humanitaires destinées aux populations vulnérables retenues dans les camps de Tindouf, ont souligné des experts et représentants d'ONG à Genève.

Lors d'une conférence-débat en marge de la 29e session du Conseil des droits de l'Homme (15 juin-3 juillet), ces chercheurs et acteurs de la société civile marocains et étrangers ont demandé à toutes les parties concernées d'"agir pour ne pas être complice dans ce crime qui doit être puni".

"Le monde en a ras-le-bol de la manipulation sans scrupule des aides internationales dans certaines situations de crise humanitaire", a lancé la présidente de l'ONG italienne Women's centrist democrat international, Anna Maria Stame.

Pour Mme Stame, il est incontestable aujourd'hui que de grandes quantités d'aide humanitaire sont régulièrement revendues dans des marchés de pays voisins par des responsables du polisario.

Un rapport de l'Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) a clairement établi la lourde responsabilité des autorités algériennes et des dirigeants du Polisario dans le détournement massif et régulier de l'aide financée par la communauté européenne.

Ses auteurs pointent du doigt la surestimation de la population des camps de Tindouf et le refus systématique des demandes de recensement formulées plusieurs fois par le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

"La justice doit être rendue aux contribuables européens et internationaux et les coupables doivent être identifiés et traduits en justice", a affirmé M. Lahcen Mahraoui, porte-parole de l'Association des tribus sahraouies marocaines en Europe (ATSME) et membre du Conseil Royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS).

"C'est sur la base de ce chiffe-là que la Commission européenne en charge des aides humanitaires (ECHO) a financé son assistance aux sahraouis des camps de Tindouf de 1975 à 2004", a précisé M. Mahraoui.

Il a rappelé qu'une étude commandée en 2004 par l'OLAF avait démontré que les habitants des camps né dépassait pas 90.000 alors que le gouvernement algérien évoquait un chiffre de 155.000 personnes.

Le rapport de l'office, a-t-il noté, révèle l'étendue géographique de l'aide internationale, les réseaux impliqués et l'ampleur des richesses cumulées par les dirigeants polisariens et certains responsables civils et militaires algériens.

Les panélistes, dont les experts italiens Gianluigi Focanti, Salvatore Baretta et Mario Biritognolo, se sont interrogés "de quel droit l'Algérie continuerait-elle de refuser aux organismes onusiens le recensement et l'identification des populations des camps ?". "Il est temps de connaitre combien parmi les 90.000 personnes sur place sont de vrais sahraouis si l'on enlève ceux originaires de Tindouf, de Mauritanie et du nord du Mali", ont estimé ces chercheurs qui avaient effectué une visite dans les provinces du sud.

Ils se sont aussi demandés "comment des ONG qui se respectent peuvent encore accepter de travailler avec les responsables du polisario qui exploitent frauduleusement l'assistance humanitaire et transgressent le droit humanitaire international".

Le jeune sahraoui Hamada El Baihi, qui a rallié la mère-patrie il y a un an, a de son côté appelé l'Algérie à assumer ses responsabilités à l'égard des populations des camps, devenus chaque jour le théâtre de manifestations de jeunes qui aspirent au changement et à la liberté.

"Ils ne veulent plus que l'Algérie décide en leur nom afin de servir ses ambitions hégémoniques dans la région ni plus ni moins", a lancé El Baihi, du Centre Sahara media pour les études et les recherches, basé à Laâyoune.

Il a relevé que sur le plan de la gouvernance, les sahraouis sont représentés par des milliers d'élus aux différents conseils et assemblées à l'échelle locale, régionale et nationale, le tout dans un climat de paix et de stabilité propice au développement.

01/07/2015