Sur son site interne, l’ONG pro-Polisario Western Sahara Resources Watch (WSRW) a publié un rapport du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime daté d’octobre 2015 destiné à rendre compte l’UE de la mise en œuvre des projets financés dans le cadre de l’accord de pêche. WSRW interprète ce compte-rendu ministériel comme une exploitation des ressources du Sahara par le Maroc avec la caution financière de l’Union européenne. Or les données de ce rapport valide au contraire l'engagement du Maroc à ce que l'accord de pêche bénéficie à la population locale. Explications.

Petit récapitulatif pour bien prendre la mesure de la situation. Le 18 novembre 2013, le Maroc et l’Union européenne ont signé un nouveau protocole d’accord de pêche qui devra entrer en vigueur le 15 juillet de l’année suivante. Le nouveau protocole prévoit d’accorder pendant 4 ans, à des navires de pêche des pays de l’UE, l’autorisation de pêcher dans les eaux territoriales du Maroc. En contrepartie de cette autorisation, l’Union européenne devait verser 40 millions d’euros chaque an au Maroc dont 14 millions à titre de soutien sectoriel de la pêche. Seulement les détails de l’accord exigeaient, pour le versement de chaque tranche, qu'une commission mixte approuve une série de projets présentés par le gouvernement marocain avant d’être financés dans le cadre du soutien sectoriel.

 

WSRW dénonce un "détournement" de fonds de soutien sectoriel

 

C’est donc naturellement que le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime s’est fendu en octobre 2015 d’un rapport destiné à rendre compte l’UE, des projets mis en œuvre au cours l’année 2014 dans le cadre de ce financement européen. Ainsi, dans son rapport, le ministère de la Pêche fait part à l’UE que 20 projets en cours et 5 projets achevés ont été mis en œuvre au cours de la 1ère année de mise en œuvre du projet. Ces projets comprennent la construction ou l’alimentation en énergie solaire de Points de débarquement aménagés (PDA) notamment à Lamhiriz, Aftiessat, Amégriou, Boujdour, Imourane, Tibouda ou encore Tiguert. Ils comprennent également la construction de halles (Tan-Tan) ou leur mise à niveau (Lamhiriz) ou encore la construction de Comptoirs d'Agréage du Poisson Industriel (CAPI). 

 

C’est donc ce rapport que l’ONG pro-Polisario Western Sahara Resources Watch (WSRW) a fait fuité sur son site pour ensuite l’utiliser comme base de son argumentaire. Dans ce dernier, WSRW dénonce l’« exploitation » des ressources du Sahara. L’ONG estime le Maroc livre « les ressources naturelles du Sahara occidental y compris les riches stocks de poissons » à l’UE alors que la souveraineté sur ce territoire est contestée. D’un autre côté, l’ONG estime que les fonds alloués par l’UE sont destinés au financement d’infrastructures construites par le Maroc au Sahara, un territoire contesté. L’ONG en déduit donc qu’il sera difficile voire impossible de déterminer la partie de ces fonds qui sont effectivement allés aux territoires situés au Sahara puisque le Maroc ne fait pas la distinction entre les deux tout au long du rapport.

 

Démenti par le rapport fuité

 

Pourtant, le rapport fuité par l’ONG elle-même apporte des réponses aux interrogations qu’elle se pose. Le rapport spécifie en effet qu’à travers l’INH, l’ANDA et l’ONP, 63% des 14 millions d’euros du fonds d’appui sectoriel sont allés à des projets d’infrastructures, moins de 10% de cette enveloppe a été alloué à des projets de recherche et un peu plus de 2% sont allés à d’autres projets.

 

Suivant le rapport, les 14 millions d’euros (154,7 millions de dirhams) ont été répartis sur tout le territoire marocain. Ainsi, pour la première année de l’accord, 71 millions de dirhams ont été alloués à des projets situés au Sahara couvrant ainsi 11 projets sur les 25 répertoriés par le projet. 24,5 millions de dirhams ont été alloués à des projets hors Sahara et 59 autres millions ont été consacrés à des projets touchant des territoires situés au Sahara comme ceux hors du Sahara.

 

Suivant ces chiffres, le Sahara a même plus bénéficié des ressources issues du fonds de soutien sectoriel que les autres parties du Maroc. Si tel n’était pas le cas, les représentants de l’UE l’auraient souligné et contesté lors des rendez-vous de la commission mixte Maroc-UE. Ce rapport n'est-il pas la preuve que le Maroc fait en sorte que la population locale soit la première bénéficiaire de l'accord de pêche avec l'UE ? 

 

21/04/2016